DÉBAT

En avez-vous vraiment besoin?

Jean-Sébastien Trudel - 17/05/2018

Très bonne question. Particulièrement quand vient le temps d’acheter de l’équipement de plein air.


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Bien sûr, on peut se demander si nous avons réellement besoin d’un sac de couchage conçu pour résister à de température de –35 degrés Celsius quand on ne fera jamais – voire une fois ou deux – de camping sous zéro. Dans une chronique précédente, j’ai déjà fait référence à ce problème que j’appelle le «syndrome de l’exception».

Nous sommes victime de ce syndrome, rappelons-le, quand nous achetons un produit pour l’exception, comme le sac de couchage pour des froids extrêmes. Comme le gros pick-up pour tirer sa roulotte au camping une fois par printemps. Comme le réchaud capable de brûler du carburant d’avion et conçu pour l’Everest alors qu’on se limite à un canot-camping en juillet chaque été...

Dans son livre «En as-tu vraiment besoin ?», le chroniqueur Pierre-Yves McSween suggère, avec raison, d’acheter moins, mais d’acheter mieux. C’est aussi mon propos quand je parle du syndrome de l’exception. Ainsi, mieux vaut louer un canot de rivière pour la fois où l’on ira s’amuser dans un rapide classé R3 si on prévoit surtout faire du lac avec les enfants derrière le chalet.

Mais il y a aussi l’autre aspect de la question: a-t-on vraiment besoin d’un parka à 600$ quand il existe des imperméables à une fraction de ce prix?

Acheter mieux
C’est la question que s’est posé Joe Jackson, rédacteur pour le magazine Outdoors. Il a comparé la performance d’un manteau de 600$, à celle d’un modèle à 93$. Il en a testé la respirabilité, l’étanchéité et la facilité de transport.

Pour tester l’imperméabilité, il a mis à tour de rôle les deux manteaux avec le capuchon sur la tête et a passé cinq minutes sous la douche. Résultat: il était parfaitement sec avec les deux manteaux.

La principale différence s’est surtout fait sentir (sans jeu de mots) sous les aisselles. Le manteau bas de gamme n’a pas passé le test d’aération. Son chandail était mouillé (alors qu’il ne pleuvait pas) après seulement 8 minutes d’une ascension qui devait en durer 30. En revanche, le manteau haut de gamme respirait si bien qu’il a pu le garder avec la fermeture éclair complètement fermée jusqu’au sommet, et pour le retour, alors qu’il faisait tout de même 16 degrés Celsius.

Donc, dans ce cas précis, il y a une différence de performance non négligeable. Vaut-elle une surcharge de 645 % ?

Qu’en est-il des autres produits, dont la différence de performance serait moindre, mais la différence de prix est tout aussi grande ? C’est à ce demander si le vieil adage qui dit : «Tu paies pour ce que tu as» est encore valide.

Utiliser longtemps
À mon avis, la vraie question qui devrait nous aider à déterminer le prix à payer pour un produit (à partir du moment où il a été déterminé que l’on en a vraiment besoin) est celle de la durabilité.

L’obsolescence programmée est bien connue des amateurs de technologie. Des imprimantes sont conçues pour briser après un certain temps, des téléphones dont les mises à jour rendent un modèle de plus de 24 mois inutilisable, etc. L’obsolescence programmée force le consommateur à renouveler ses produits souvent, soit parce qu’il brise, soit parce qu’il n’est pas réparable ou parce qu’il n’est plus au goût du jour.

Cette pratique est aussi présente dans l’équipement de plein air. Quand une fermeture éclair vous lâche en pleine montagne par un froid sibérien, c’est dangereux. C’est arrivé à un ami l’hiver dernier. Si votre semelle décolle au kilomètre 8 d’une sortie de 15 kilomètres, c’est fâchant. C’est là où il peut valoir la peine de payer plus cher… Encore faut-il avoir l’intention de porter ses bottes de marche ailleurs que sur le Mont-Royal.

Mais, attention! Pierre-Yves McSween analyse dans son livre l’argument de la qualité, et il se montre sceptique. « Un objet de luxe peut durer longtemps, oui, mais un produit standard aussi. Le prix est parfois un gage de qualité, mais très rarement de façon proportionnelle », écrit-il.

Ainsi, le parka à 600 $ devrait durer six fois plus longtemps pour être une « bonne affaire ». En supposant que le modèle bon marché a une durée de vie de trois ans, ça signifie que l’autre devrait être porté pendant 18 hivers!

De manière générale, je pense que nous succombons trop facilement pour des produits qui ne répondent pas à nos vrais besoins et, par conséquent, nous payons trop cher.

Si vous prévoyez vous acheter du matériel de plein air pour vos vacances, rendez-vous service et posez-vous la question: «En ai-je vraiment besoin?».
 


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