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Un GPS, qu’ossa donne ?

Débat
Jean-Sébastien Trudel - 28/02/2018

Le nombre de gens perdus, voire disparus, parce qu’ils se fient trop à la technologie, augmentera au cours des prochaines années.


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Imaginez ceci : vous partez en randonnée et, après quelques heures de marche, une envie vous prend. Évidemment, il n’y a pas de toilettes à des kilomètres à la ronde. Que faites-vous ?

Vous vous éloignez du sentier afin de vous soulager. Imaginez maintenant qu’en tentant de retrouver le sentier, vous vous perdiez. Pour vrai.

C’est ce qui est arrivé à Geraldine Largay, sur le Sentier international des Appalaches, dans les montagnes du Maine. La femme, âgée de 66 ans, est morte – probablement de faim – 26 jours plus tard. C’était à la fin de l’été 2013. Son corps a été retrouvé après trois ans de recherche.

Tragique, vous dites ? Mettez-en ! Pire, elle avait tenté de contacter les autorités et sa famille à l’aide de son cellulaire. Malheureusement, la réception n’était pas d’assez bonne qualité pour que les messages se rendent. Pire encore, elle avait un compas avec elle… Sauf que les autorités se demandent si elle savait s’en servir.

Orientation 101
C’est un cas sérieux, mais certainement pas isolé. Nous sommes devenus tellement dépendants de ces gadgets que nous nous aventurons de plus en plus loin sans comprendre les risques auxquels nous nous exposons.

Surtout quand on ne se donne plus la peine d’apprendre les bases de l’orientation sur le terrain. Ou de se préparer adéquatement pour une expédition, même s’il ne s’agit que d’une simple randonnée de quelques heures.

Comme cette famille de Français qui, en 2015, est partie pour une randonnée dans le parc national des White Sands, au Nouveau-Mexique. Ce qui devait être une sortie mémorable dans le désert pour le couple et son fils de neuf ans s’est transformée en cauchemar. La température dépassant les 38 degrés a eu raison des deux parents, qui sont morts déshydratés. Ils ont probablement donné le peu d’eau qu’ils avaient apporté avec eux à leur fils, parce qu’il a été le seul survivant trouvé par les Rangers.

Le jeune garçon a raconté que son père croyait être sur le point de retrouver le stationnement. En réalité, il était encore loin. Selon les autorités, il aurait souffert de désorientation causée par la déshydratation. L’histoire ne dit pas s’il avait un compas ou un GPS, mais je doute que cela lui aurait été utile.

Et c’est là tout le problème.

Sécurité trompeuse
Les entreprises qui proposent ces appareils vendent la sécurité. « Ne soyez jamais perdus » ou « Évitez de vous perdre de nouveau », disent les publicités qui vantent les mérites des GPS. Bien sûr, quand ça marche, c’est vrai que ça peut vous aider.

J’ai bien dit « quand ça marche »… Il me semble que tant les entreprises qui fabriquent ces gadgets que celles qui les vendent ont la responsabilité de s’assurer que leurs clients ne mettront pas leur vie en danger. Je ne dis pas que le gouvernement devrait légiférer. Mais c’est ce que qui risque d’arriver si les principaux acteurs ne prennent pas la chose au sérieux.

Il suffirait d’un seul cas médiatisé pour qu’un coroner recommande de mieux encadrer la pratique du plein air. Oui, un GPS peut être utile quand on se perd. Il peut même vous sauver la vie. Mais si vous n’êtes pas prêt à laisser votre GPS à la maison, peut-être vaudrait-il mieux suivre une formation adéquate avant de vous lancer dans votre expédition.
 


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