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Axes polaires
Les grands explorateurs polaires

par Gary Lawrence


Le moins qu’on puisse dire – sans jeu de mots facile –, c’est qu’ils n’avaient vraiment pas froid aux yeux, ceux qui ont pour la première fois parcouru les terrae incognitae les plus hostiles du globe. Narguer la froidure et les gerçures, esquiver les esquifs de glace, trouver son chemin sur la banquise, puis se rapprocher des extrémités de l’axe du monde avec des moyens qui nous apparaissent aujourd’hui désuets… Il fallait le faire.

Contrairement à ce qu’on serait porté à penser, les explorations polaires ne datent pas des derniers siècles. Déjà, en 330 av. J.-C., Pythéas – un Grec de Massilia, l’antique Marseille – aurait franchi le cercle arctique et accosté sur une terre qu’il baptise Thulé (probablement les Orcades, les Shetland, l’Islande ou le nord de la Norvège), avant de redescendre en mer Baltique.
Plusieurs siècles plus tard, ce sont les Vikings qui explorent les mers du nord, et c’est l’un des plus célèbres d’entre eux, Érik le Rouge, qui découvre ainsi le Groenland, en 982. Par la suite, bien des siècles s’écoulent avant que le Français Nicolas de Lynn s’offre une incursion dans le Grand Nord, en 1360. En 1497, c’est au tour de l’Anglais John Cabot de prendre la mer, en quête du passage du Nord-Ouest, ce qui l’amène à découvrir le Labrador.

Au cours des siècles suivants, l’engouement va d’ailleurs croissant pour cette route maritime et pour le passage du Nord-Est, qui séparent respectivement les continents américain et eurasien de l’Arctique. Dans ce dernier cas, les Willoughby (1553), Barents (1594-1597), Hudson (1607-1610) et Behring (dès 1725), entre autres explorateurs, tentent vainement d’y parvenir, ce que réalise finalement le Suédois Otto Nordenskjöld, en 1879.

Objet d’autant de convoitise, le passage du Nord-Ouest attire quant à lui les Baffin (dès 1615), Munk (1619), Parry (dès 1818) et Franklin (1845-1848), pour ne nommer qu’eux. De 1850 à 1854, l’Irlandais Robert John Le Mesurier McClure réussit à le traverser d’ouest en est, mais sans son navire. C’est finalement Roald Amundsen qui accomplit véritablement cet exploit le premier, en 1906.

Le magnétisme d’un pôle

Tandis que certains s’acharnent à trouver leur chemin en bateau, d’autres y vont de pied ferme. Ainsi l’Anglais Parry – encore lui – parvient à atteindre 82° 45' N. en traîneau amphibie, en 1827, avant que son compatriote James Clarke Ross repère l’emplacement du pôle Nord magnétique, quatre années plus tard. En 1881, après s’être rapproché du pôle Nord au terme de deux hivernages, George Washington De Long abandonne son voilier La Jeannette, broyé par les glaces, et périt avec la quasi-totalité de son équipage au cours d’une interminable marche de 140 jours.

En 1897, le Suédois Salomon August Andrée s’envole en montgolfière pour le pôle Nord, où il périt. Deux ans plus tard, l’Italien Luigi Amedeo prend la tête de la première expédition à hiverner dans l’Arctique, avant que son compatriote Umberto Cagni atteigne 86° 33' N., l’année suivante. Il faudra finalement attendre 1908 et 1909 pour que Frederick Cook et Robert Peary revendiquent tous deux la conquête du pôle Nord, ce qui continue encore, près d’un siècle plus tard, à susciter la controverse.

Pendant ce temps-là, aux antipodes…
C’est bien plus tard que l’autre extrémité de l’axe polaire suscite l’intérêt des explorateurs. Après les expéditions de l’Italien Vespucci (1501), du Portugais Magellan (1519), des Anglais Drake et Fletcher (1587) et Davis (1592), qui ne dépassent pas les latitudes de la Terre de Feu, on croit que c’est l’Anglais Wafen qui croise le premier les icebergs de l’hémisphère Sud, en 1687. Puis, au XVIIIe siècle, de nombreux explorateurs – dont plusieurs Français – découvrent les îles subantarctiques (Kerguelen, Bouvet, du Prince-Édouard, Crozet…).

En 1771, le capitaine anglais James Cook franchit le cercle polaire antarctique, avant de parachever une première navigation circumpolaire, en 1775. En 1820, l’Américain Nathaniel Palmer et le Russe Fabian von Bellingshausen atteignent, chacun de son côté, la péninsule antarctique, mais sans y débarquer, ce qu’on attribue à l’Américain John Davis, en 1821.

En 1831, l’Anglais James Clarke Ross localise le pôle Nord magnétique, mais il faudra attendre jusqu’en 1898 pour que le Belge Adrien Victor de Gerlache de Gomery effectue le premier hivernage en Antarctique, à bord de La Belgica. Quatre ans plus tard, les Anglais Scott, Wilson et Shackleton tentent pour la première fois d’atteindre le pôle Sud, mais ils abandonnent à 82° S. La même année, le Suédois Otto Nordenskjöld réalise le premier grand voyage en traîneau en terre antarctique en franchissant 600 km. Un an plus tard, Scott récidive et effectue le premier périple sur la calotte glaciaire, avant que les Australiens David, Mawson et McKay atteignent le pôle Sud magnétique, en 1909. Enfin, c’est une fois de plus Roald Amundsen qui s’illustre en ralliant le premier le pôle Sud, le 14 décembre 1911.

Loin d’étancher la soif de gloire des autres aventuriers, toutes ces réussites ne font que les encourager à y aller de leurs propres expéditions polaires. Au cours des décennies suivantes, celles-ci se multiplient donc sur, au-dessus ou sous la banquise, que ce soit à pied, à skis, en traîneau, en avion, en dirigeable, en parachute, en motoneige, en ULM (ultraléger motorisé) ou en sous-marin. Parce que les extrêmes fascinent. Parce que les espaces infiniment blancs grisent l’imagination. Et parce qu’il est profondément humain de toujours vouloir relever des défis.


De grands pionniers des glaces
Roald Amundsen (1872-1928)
C’est lui, l’empereur des pôles. Non seulement ce Norvégien a-t-il conquis le premier le pôle Sud (en 1911), mais encore avance-t-on qu’il aurait survolé le pôle Nord à bord du dirigeable Norge avant l’Américain Richard E. Byrd, d’après une étude minutieuse du journal de bord de ce dernier. Entre autres exploits, Amundsen a également été le premier à franchir le passage du Nord-Ouest (en 1906) et il a réussi à déterminer l’emplacement du pôle Nord magnétique. Il connaît une fin tragique lorsque son hydravion s’écrase au cours d’une expédition visant à secourir son ami, l’explorateur italien Umberto Nobile – qui l’avait accompagné à bord du Norge – dont le dirigeable s’est abîmé sur la banquise arctique.

Fridtjof Nansen (1861-1930)
En 1888, cet autre explorateur norvégien s’offre le Groenland à skis, avant de commander la construction du Fram, un étonnant vaisseau en bois terriblement bien adapté à la pression des glaces de la banquise. Grâce à ce fabuleux navire – sur lequel on peut s’embarquer au Frammuseet d’Oslo –, Nansen se laisse dériver pendant trois ans le long des côtes de Sibérie, en compagnie de Fredrik Hjalmar Johansen. En 1895, tous deux mettent le cap sur le pôle Nord en traîneau à chiens, sans toutefois dépasser les 86° 13' N. C’est néanmoins leur navire, le Fram, que Roald Amundsen utilisera pour gagner le pôle Sud. Devenu par la suite homme politique et bienfaiteur humanitaire, Nansen reçoit le prix Nobel de la paix en 1922.

Robert Edwin Peary (1856-1920) et Frederick Albert Cook (1865-1940)
Après avoir atteint le pôle Nord en traîneau le 6 avril 1909, l’Américain Robert E. Peary croyait bien être le premier homme à s’être rendu si loin. C’était avant d’apprendre que son compatriote, le docteur Frederick A. Cook, avait réalisé le même exploit avant lui, le 21 avril 1908. Du moins, c’est ce que ce dernier prétendait, puisqu’une polémique éclata bientôt. L’histoire retiendra cependant que c’est bien Peary qui réussit le premier à poser le pied sur l’extrémité nord de l’axe terrestre… même s’il n’a jamais été établi avec certitude qu’il ait bel et bien rejoint le site exact du pôle Nord. Encore aujourd’hui, certains croient que ni l’un ni l’autre n’a véritablement atteint son objectif, alors que d’autres penchent en faveur de Cook… Ce qui est sûr, c’est que Peary a exploré le Groenland (notamment avec Cook, en 1886!) et qu’il fut le premier à prouver l’insularité de ce territoire.

À voir sur le Web Transpol’Air (http://transpolair.free.fr), une sorte de Wikipédia sur les aventures polaires, foisonne d’information et d’illustrations d’époque. Vraiment intéressant, malgré quelques petites coquilles.




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