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Débats

Tire le coyote (pis écrase l’écureuil)

03-10-2018
Débat coyote

Un jour, à la fin de l’année scolaire, mon fils m’annonce qu’il a croisé un coyote. «Il était tout près de moi», me dit-il avec un grand sourire. Si lui était excité, j’étais plutôt pris de panique. J’ai aussitôt téléphoné à l’école. Je n’étais pas le premier parent inquiet. La direction avait reçu des dizaines d’appels de gens relatant avoir vu un coyote rôder autour de l’établissement.

Quelques minutes plus tard, une vidéo de l’animal traversant la rue devant l’école circule sur Facebook. Dans les commentaires, une mère angoissée demande: «Qu’attend-on pour éliminer ces coyotes ? La mort d’un enfant ?»

La suggestion m’a frappé. Devrions-nous vraiment envisager l’élimination de ces animaux sauvages ? Ou devrions-nous apprendre à cohabiter avec eux, comme le suggèrent de nombreux experts ?

On constate que le nombre de rencontres avec un coyote et, surtout, le nombre de cas de blessures infligées à des enfants par cet animal sont à la hausse. Malgré la visite de policiers dans les classes pour informer les élèves. En moins de deux semaines en juillet dernier, trois bambins de trois à cinq ans ont ainsi été mordus. Des animaux domestiques, des petits chiens, ont aussi été attaqués. Julie Hébert, biologiste et directrice de l’éducation au zoo de Granby, expliquait à La Presse que cette situation est un effet de l’étalement urbain. Il faudra s’y habituer, disait-elle

Des municipalités sont aux prises avec une surpopulation de cerfs de Virginie. Ailleurs, ce sont des ours qui fréquentent les poubelles et les dépotoirs. En banlieue, les mouffettes détruisent les belles pelouses à la recherche de vers blancs. Et à peu près partout, les écureuils dévorent les potagers.

Je comprends que cela en incommode plusieurs. En tant que parent, je comprends aussi l’inquiétude de savoir que des coyotes rôdent dans les parcs. Devrait-on pour autant écraser les écureuils, empoisonner les mouffettes et tirer sur les coyotes ?

UNE MENACE NATURELLE?

Cette perception de la nature comme étant une menace à supprimer appartient, à mon avis, à une autre époque. L’humain dominant, parce qu’il se sent en danger, se donne le droit d’exterminer toute autre forme de vie. Aujourd’hui, ce vieux réflexe anthropocentrique persiste, malgré le nombre alarmant d’espèces qui disparaissent jour après jour. Certains experts parlent de la sixième grande extinction, et l’humain en serait responsable.

L’occasion est belle pour développer une nouvelle mentalité. Nous devons enseigner une vision qui nous permet de comprendre l’importance de protéger toutes les espèces vivantes, petites et grandes (pas uniquement les pandas et autres animaux mignons). Nous devons apprendre à ne pas nourrir les animaux sauvages, en pensant les aider. Nous devons savoir à quoi ressemble un espace urbain qui inclut la nature sauvage.

Ce message est déjà véhiculé de brillante manière dans la plupart des parcs, dans les espaces naturels et autres lieux de plein air. La majorité des biologistes et des environnementalistes font beaucoup de sensibilisation auprès du public. Ce n’est malheureusement pas assez. Les responsables du cursus scolaire, le gouvernement, les médias, les autorités, tous ont un rôle à jouer. Il me semble que si nous avions collectivement une vision positive de la nature, nous n’accepterions plus la destruction de milieux humides au profit d’un développement immobilier. Il ne nous passerait pas par la tête d’envisager l’éradication comme une solution pour protéger nos enfants (ou nos pelouses). Nous reconnaîtrions l’importance d’investir dans la construction de ceintures vertes dans les milieux urbains afin de favoriser les migrations territoriales et d’assurer une plus grande diversité génétique

Il y a, de toute évidence, encore beaucoup à faire. En tant qu’amateurs de plein air, nous avons une responsabilité plus grande, parce que davantage sensibilisés. Pour de nombreux citadins, dormir en pleine nature, protégés par la simple toile d’une tente, alors que s’y trouvent des loups et des ours, est un «risque» inimaginable.

En partageant notre passion pour la nature, en invitant des amis à nous suivre ou en accompagnant un groupe scolaire à une activité de plein air, nous pouvons certainement changer les choses.

Bon, je dois y aller. Un écureuil est en train de dévorer mes tomates !

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