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Les monts Groulx, l’autre goût du monde

Toiser l’« œil du Québec », sillonner des sommets dans la toundra, voici les défis proposés par les monts Groulx aux aventureux en quête de contrées sauvages.


texte et photos Sylvain Sarrazin - 07/04/2017
Carte à l’appui, situez d’abord la rivière Manicouagan et les monts Groulx qui la jouxtent. Première pensée qui effleurera probablement votre esprit : « C’est loin en [sacre de votre choix] ! » Mais ne vous y trompez pas. Les randonneurs motivés qui consacreront de longues heures de route pour atteindre ce coin reculé de la Côte-Nord y découvriront des panoramas habituellement réservés à ceux qui s’offrent de lointaines expéditions, requérant un déplacement aérien. « Ce qui rend les monts Groulx uniques, c’est qu’ils permettent une immersion dans le Grand Nord, avec des paysages s’apparentant au Nunavik, tout en restant accessibles par la route. Le trajet, c’est un moindre mal pour atteindre un tel joyau encore à l’état sauvage », assure Louis Turcotte, guide pour le compte de Monts Groulx Aventure. La route 389, qui serpente sur plus de 300 km depuis Baie-Comeau, vous mène donc directement au pied du massif. Vu de loin, masqué par les conifères, difficile de se figurer ce qu’il recèle de si particulier. Ça tombe bien, ces longues heures de conduite (au moins 12 heures depuis Montréal) donnent plus que jamais l’envie d’aller s’y dégourdir les mollets.

De style hostile
Notre objectif du jour : atteindre le plateau coiffant le mont Harfang, un des sommets occidentaux des monts Groulx (également appelés Uapishka), un perchoir idéal pour embrasser le panorama des lieux.

Et nous voilà engouffrés dans un étroit sentier forestier, aussi spongieux que détrempé, équipés pour passer la nuit sur les cimes. Bien que pies et autres volatiles nous espionnent, la faune reste discrète. « Loups, lagopèdes, ours noirs et caribous fréquentent les environs, mais le territoire étant peu giboyeux, il est rare d’en croiser », indique Louis Turcotte, soulignant notre chance d’avoir surpris deux loups durant le trajet en auto.

En revanche, côté flore, la nature ne verse pas dans la timidité. Thé du Labrador, arbustes et fougères nous giflent en cours de chemin, surplombés par bouleaux, épinettes et conifères. Très humides, les lieux font naître de volumineux champignons, mais aussi des mousses gorgées d’eau ; autant de pièges sournois pour marcheurs distraits. « En bas des monts, nous sommes dans un climat boréal, mais le décor va bientôt changer », annonce le guide. Avant cela, il faut vaincre le dénivelé du sentier qui raidit progressivement.

À l’approche du sommet, on franchit soudainement une barrière invisible, et la magie opère : l’environnement boréal s’évanouit au profit d’un climat alpin.

Tendre toundra
En cela réside le secret des monts Groulx : au-delà de 800 m d’altitude se déroule sous nos pieds un tapis de toundra aux nuances uniques. Aux gris du granit et des rochers typiques du Bouclier canadien se greffent le vert pâle des lichens, les feuilles rougissantes des busseroles et la blancheur des mousses, berceau pour une foule d’arbrisseaux et de conifères rabougris. Mettre un pied devant l’autre devient presque crève-cœur, d’autant que des milliers de bleuets sauvages, surabondants, se logent sous nos semelles. En un clin d’œil, on en récolte de pleines poignées, accompagnement acidulé idéal pour la petite récompense réservée par le guide : deux bières Uapishka de la microbrasserie locale St-Pancrace.

« Sur les plateaux, l’environnement est hostile et exposé aux vents, ce qui se répercute sur la végétation », explique Louis Turcotte, n’ayant pas besoin d’en préciser les effets pour les visiteurs : sous la tente, ça brasse en masse pendant la nuit ! Outre des cadres de randonnée somptueux, la végétation clairsemée procure aussi des vues très dégagées depuis les sommets. Juché sur le mont Harfang, on peut ainsi admirer, à l’est, les silhouettes d’une partie des monts Groulx, qui s’étendent sur 5000 km2. Les valeureux peuvent y tenter une traversée du territoire en reliant les monts Provencher et Jauffret (44 km). « Cette expédition nécessite au moins quatre jours en autonomie complète », estime-t-il.

À l’ouest, se dessine un magnifique panorama du réservoir Manicouagan, « l’œil du Québec » – un gigantesque cercle aquatique formé par la chute d’une météorite, il y a 24 millions d’années. C’est justement ce cours d’eau qui accueillera nos kayaks, dès le lendemain.

Réservoir d’émotions
Sur la route des monts Groulx, des colosses se dressent devant nous : quatre barrages fournissant certes des milliers de mégawatts, mais aussi de nombreux kilomètres de réservoirs accessibles aux kayakistes. Un parcours guidé de 8 km aller-retour permet ainsi de remonter le réservoir de Manic-3 pour aboutir au pied du barrage géant Daniel-Johnson, le plus grand barrage à contreforts du monde, qui jouxte la centrale hydro­électrique Manic-5. « C’est la portion la plus sécuritaire, équipée de nombreux sentiers de sortie », précise le guide de Monts Groulx Aventure. Certains tiqueront au sujet de ces édifices érigés en pleine nature par les humains, mais ils sont rapidement occultés au fil de l’eau par d’autres géants de pierre bordant les rives, soit de larges falaises vierges. Lorsque tranquille, le lit de la rivière permet de profiter pleinement de la beauté sauvage des lieux, mais les vents contraires et les courants lâchés inopinément par les centrales hydroélectriques peuvent changer la donne à tout moment !

On retrouve là tout le paradoxe de cette région de la Côte-Nord, inhospitalière et pourtant si amène. Et c’est certainement pour ça qu’on l’aime...
 
Une région qui s’active
Jadis, les Québécois effectuaient généralement un aller-retour dans le secteur pour admirer la centrale Manic-5 et le barrage Daniel-Johnson, le plus grand barrage à voûtes multiples au monde. Ils en profitaient pour passer tout au plus une nuit au Motel de l’Énergie. Aujourd’hui, l’offre d’activités s’est épanouie grâce aux responsables des lieux et justifie des séjours plus longs. Randonnée, kayak, mais aussi pêche pour les amateurs de l’hameçon... une palette qui devrait même s’élargir dans les mois et les années à venir, puisqu’il est question de camps d’été pour les jeunes et d’activités hivernales (raquette, ski, escalade de glace, kayak d’hiver…). À suivre !
www.hydroquebec.com/visitez/cote_nord/manic-5.html
www.motelenergie.com

REPÈRES
S’y rendre et s’y loger : par la route 389, partant de Baie-Comeau. La centrale Manic-5, le Motel de l’Énergie et l’auberge de jeunesse
se trouvent au km 211.

Accès : toute l’année et gratuit ; accès au sentier du Harfang :km 365 ;
pour le Provencher : km 348 ; pour le Jauffret : km 365.
Ces trois parcours sont aménagés et balisés.

Activités : Monts Groulx Aventure propose des randonnées, des expéditions guidées et du kayak sur la Manicouagan, de juin à la mi-septembre. Des activités hivernales devraient être mises sur pied prochainement (raquette, escalade).
www.facebook.com
Monts-Groulx-Aventure-­1407469612905148




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