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Une destination ski à découvrir

Pyrénées

On ne pense guère aux Pyrénées pour le ski. Et pourtant.


Pierre Sormany - 02/01/2018
Grâce au nombre et à la diversité de ses stations, la France se classe au premier rang des destinations internationales pour le ski. Mais les skieurs ciblent d’abord les grands domaines alpins comme Val D’Isère, les Trois Vallées, Chamonix, Avoriaz-Porte du Soleil, Mégève ou Alpe-d’Huez.

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On ne pense guère aux Pyrénées pour le ski. Trop au Sud, se dit-on. Pourtant, une consultation rapide sur Internet, à la mi-janvier 2017, plaçait quatre stations des Pyrénées en tête de liste pour l’enneigement au bas des pentes, dont Le Grand Tourmalet (village de La Mongie) au tout premier rang. C’est le plus grand domaine skiable des Pyrénées françaises avec 1 100 mètres de dénivelé, 36 remontées mécaniques et plus de 100 km de pistes, sur les deux versants du Col du Tourmalet.

En fait, on recense plus d’une quarantaine de stations de ski alpin dans les Pyrénées françaises, dont neuf avec un dénivelé de 800 m et plus, l’exigence minimale des Olympiques. La petite république d’Andorre compte deux stations, dont Le Grand Valira, la plus grande de toutes les stations pyrénéennes, avec 128 pistes sur plus de 210 km, et 1230 m de dénivelé. Ajoutons 16 stations pyrénéennes en Espagne, dont trois sont de catégorie olympique. De quoi y passer l’année, sans jamais dévaler le même parcours !

Si les stations alpines reçoivent encore en moyenne plus de neige au sommet que leurs rivales pyrénéennes, ce ne fut pas le cas en 2013, 2014 et 2015, trois années record pour l’enneigement de la chaîne de montagne franco-espagnole. En fait, il fallait aller au nord du Japon pour trouver autant de neige quelque part, ces années-là !

Baqueira-Beret, la plus accessible
C’est dans ces conditions exceptionnelles que j’ai pu explorer, pendant une semaine en mars 2015, mes premiers sommets pyrénéens. Le Ski club international des journalistes s’était donné rendez-vous à Baqueira-Beret, la plus grande station d’Espagne (33 remontées mécaniques, 104 pistes sur plus de 150 kilomètres et 1000 m de dénivelé) à l’occasion du 50e anniversaire de la station.

À cette époque, nos hôtes espéraient que Barcelone présente sa candidature pour organiser les Jeux Olympiques d’hiver 2026. Pour les compétitions, on n’aurait sans doute pas choisi Baqueira, trop loin de la capitale catalane, mais l’événement aurait en évidence la qualité de l’offre de l’ensemble des sommets pyrénéens et attiré une nouvelle clientèle internationale. Barcelone a renoncé depuis à son projet olympique hivernal. C’est peut-être tant mieux pour les skieurs, qui profitent de l’achalandage encore modeste de cette région et de prix raisonnables.

Située dans le Val d’Aran, une région tournée vers la France (voir encadré), Baqueira-Beret, à 167 km de l’aéroport de Toulouse, est la plus accessibles des trois grandes stations pyrénéennes. À peine deux heures d’auto (ou 3 h ½ en autocar ou en train).

La station comprend trois domaines reliés par des télésièges. L’impressionnant Cap de Baqueira (2 500 m) domine le village du même nom, 1000 mètres plus bas, et offre des belles descentes de calibre olympique, en plus de quelques murs pour les amateurs d’émotions fortes. Au Nord, le Pla du Beret (1 850 m) est une prairie alpine où la Garonne prend sa source. On y trouve un centre de ski de ski de fond avec sept kilomètres de pistes aménagées, et plusieurs remontées mécaniques déployées en éventail donnant accès à cinq pics (« tucs » en langue aranaise) dont deux dépassent les 2 600 m. Ici, plusieurs pentes sont douces, idéales pour un ski en famille. Et quelques restos de montagne offrent de belles terrasses à ceux qui veulent profiter du soleil. Le troisième domaine se trouve au Sud-est, au col de Bonaigua (2 072 m), dominé par le Tuc de Llanca (2 650 m). On y trouve plusieurs pistes de niveau avancé à expert, avec les amoncellements de neige les plus généreux, et les plus beaux champs de poudreuse.

La saison de ski dure de décembre à avril… quoique, en novembre dernier, avant l’ouverture, j’ai vu quelques skieurs de haute randonnée s’amuser librement sur les flancs du col de Bonaigua.

Dévaler les « tucs » du Val D’Aran
Parcourir la station sur toute sa longueur, sans pause, peut prendre plus de cinq heures. La station offre d’ailleurs trois suggestions de « safaris skis », des parcours guidés de niveau intermédiaire, avancé ou expert, à travers ses différents domaines. Mais attention : la qualité de l’expérience varie selon les conditions de neige, la température et l’ensoleillement. Une piste exceptionnelle sous la poudreuse du matin peut être désagréable après une pleine journée d’exposition au soleil. Au contraire, un mur glacé impraticable le matin peut ramollir au soleil, et devenir accessible en fin de journée. Pour notre premier jour, nous avons eu recours à un guide de la station pour diriger nos parcours, une suggestion que je ferais à toute personne qui arrive dans un tel domaine encore inconnu.

Avec notre guide, nous avons donc pu explorer à la fois les larges pistes damées du Cap de Baqueira offrant sur sa face nord-ouest plus de 1000 mètres de descente ininterrompue, et les cuves de poudreuse du flanc sud-ouest du même cap. Puis à mesure que le soleil faisait son œuvre et rendait ce flanc sud plus spongieux, nous avons exploré les zones moins fréquentées autour du Col de Bonaigua, à la recherche de poudreuse encore vierge.

Le lendemain, nous avons exploré à fond le secteur nord, autour du Pla du Beret.  Mais en route, j’ai découvert une crête rocheuse d’altitude plus modeste (le Saumet), dont le flanc Sud rocailleux offre plusieurs corridors skiables non balisés, assez techniques, mais rendus faciles par l’abondance de la neige. Un espace peu fréquenté où j’ai tôt fait d’emmener mon groupe pour plusieurs descentes dans un espace où nous avions l’impression d’être tout seuls !  C’est un des grands plaisirs du ski dans les vastes domaines de montagne : trouver un coin peu fréquenté, de bon niveau technique, et en tirer tout le potentiel.

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Il n’a pas neigé cette semaine-là. Le premier jour, notre guide nous avait indiqué l’entrée de quelques couloirs extrêmes, balisés double ou triple diamant, dont l’accès était interdit faute de neige fraîche. En effet, quand des « murs » sont exposés au soleil, la neige s’y gorge d’eau, puis le gel nocturne transforme ces corridors en champs de bosses glacées. Avec un angle de plus de 40o, ça ne pardonne pas. Tant qu’il ne tomberait pas de nouvelle neige, ces pistes allaient demeurer inaccessibles. Pendant toute la semaine, j’ai regardé avec frustration ces entrées interdites. Au dernier jour, alors que la météo est remontée à un improbable 17o C au sommet, ils ont enfin ouvert un de ces corridors-défi (la piste Escomacrabes). Je n’allais pas laisser passer ma chance : je me suis accordé une descente toute en adrénaline dans un étroit passage coincé entre deux parois rocheuses… un peu limite je l‘avoue parce que les segments ombragés n’avaient pas complètement dégelé, malgré la température ambiante. Mais j’imagine fort bien le plaisir, si nous avions pu profiter d’un lendemain de tempête.



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Infos pratiques
> On peut se rendre à Baqueira-Beret à partir de Barcelone, mais il faut compter au moins quatre heures de route, si la météo est clémente (330 km). L’autobus (39 €) prendra près de 7 heures. De l’aéroport international de Barcelone, choisissez plutôt la station du Grand Valira, en Andorre, à 200 km.  Mais dans tous les cas, l’idéal est de transiter par Toulouse, accessible par vol direct depuis Montréal (autour de 700 $). Baqueira-Beret est à moins de 167 km (2 heures de route), La Mongie à 176 k et Grand Valira à 195 km.

> Les tarifs quotidiens varient selon l’âge, le nombre de jours de ski ou les forfaits hôteliers. Mais le tarif quotidien maximum est de 35 euros pour la journée à Baqueira Beret (environ 50 $), 42 € au Grand Tournalet (60 $) et 45 € au Grand Valira d’Andorre (64 $). On est bien loin des prix demandés dans les grandes stations nord-américaines comparables.

> Il ne fait jamais très froid dans les stations pyrénéennes. La meilleure saison pour avoir de la poudreuse sera entre la mi-janvier et la fin février, mais la neige continue de s'accumuler jusqu'à la fin mars… et même en avril. J'y ai fait du ski début mars, dont une journée sous un thermomètre de 17oC au sommet !
 


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