Destination

Visiter ce Saint-Laurent qu’on ne connaît pas…

La plongée sous-marine fait rêver. Et pas que dans des contrées exotiques : des aventuriers des profondeurs explorent aussi les eaux du Québec.


par Amélie Cléroux - 05/07/2017
Cinéaste et photographe du monde sous-marin, Mario Cyr gagne sa vie depuis 1991 en explorant les profondeurs. Il a travaillé pour le National Geographic, la chaîne Discovery et même la BBC.

S’il a plongé partout sur la planète, il ne tarit pas d’éloges sur la richesse marine du Québec. «On peut y vivre des expériences et y admirer des trésors sous-estimés ; des épaves, des anémones, des phoques, des paysages fascinants.» Les plus aguerris font des plongées dans le courant ou en dérive, ou des plongées profondes. «Nous n’avons rien à envier aux autres», s’enthousiasme le Madelinot.

On ne valorise pas assez cette richesse. Plusieurs plongeurs étrangers, une fois dans nos eaux, sont émerveillés par nos fonds marins. Parmi eux, David Doubilet, réputé photographe américain pour National Geographic. « Il y a un manque d’effort pour développer la plongée comme activité touristique. D’autant plus qu’elle pourrait favoriser l’activité économique des régions », assure Mario Cyr.

Plonger partout, même sous la glace
De fait, les régions sont choyées. La Route du Fleuve regorge de beauté. Les Escoumins et Percé sont reconnus pour leurs merveilles : étoiles, anémones, phoques... Mario Cyr mentionne d’autres sites : Pointe à la Perche, sur la Côte-Nord (au-delà de Sept-Îles), où le plongeur découvrira des populations de morue et de homard. Le Saguenay, pour ses espèces uniques au monde, dont des invertébrés. Les Îles-de-la-Madeleine, sa terre natale : la plongée y est superbe pendant les mois d’été ; leurs eaux foisonnent d’espèces variées. «Mais les conditions de visibilité sont difficiles. Il faut au moins trois jours de calme pour y voir clair.»

Spécialiste des explorations en eau froide, il encourage les plongeurs à découvrir ces eaux où la combinaison étanche (drysuit) n’est pas un luxe. C’est la meilleure façon de tirer profit de nos richesses en tout confort.

Et pour pousser à fond l’expérience, pourquoi ne pas tenter la plongée sous la glace ? Cette activité propre aux pays nordiques attire d’ailleurs quelques touristes européens. « Ce n’est pas encore très répandu, même pour les plongeurs québécois. Pourtant, c’est fait de façon extrêmement sécuritaire. C’est une plongée magnifique et, en plus, c’est une activité très conviviale à organiser », clame Mario Cyr.

Ce n’est pas le Mexique !
Il est le premier à l’admettre, plonger ici est plus compliqué que sur une plage du Mexique. Se rendre aux sites demande de faire beaucoup de route, les conditions sont plus difficiles, les plongées demandent une bonne technique et le matériel est encombrant (cagoule, gants, épaisseur de la combinaison, lestage important). « En contrepartie, à l’échelle du globe, les plongeurs québécois sont excellents. Quand je travaille avec un plongeur qui a fait plusieurs plongées au Québec, je sais qu’il est bien préparé », explique le cinéaste, également instructeur de plongée sous-marine.
Pour ceux qui vivent près de Montréal et ne peuvent pas toujours faire autant de route, il est possible de plonger en périphérie. Et la combinaison humide (wetsuit) y est suffisante. On y trouve des épaves et autres objets d’intérêt. L’est de l’Ontario est aussi couru pour ses épaves et ses eaux agréables. Un petit tour dans les groupes Facebook de plongeurs ou dans des sites spécialisés comme Scubapedia.ca permet d’avoir une idée des possibilités.

Il y a aussi la plongée dans les lacs ou les anciennes carrières. On n’y trouvera ni anémones, ni phoques, ni épaves, et alors ? Plonger, c’est parfois pour le plaisir de l’activité comme telle. Nager avec des palmes et respirer sous l’eau dans un monde de silence. « Quand on contrôle bien sa technique, sa flottabilité, on se sent bien, on s’abandonne et on profite de cet état d’apesanteur. On ressent un sentiment de liberté. Ça devient viscéral, comme aller courir. Plus tu plonges, plus tu veux plonger », résume le plongeur passionné.

Peu de plongeurs locaux
Si le nombre de Québécois qui s’adonnent aux bulles, salées ou non, chaudes ou froides, est difficile à évaluer, la Fédération québécoise des activités subaquatiques (FQAS) estime qu’un peu plus de 100 000 Québécois possédaient une carte de plongeur en 2010, et que de 4000 à 5000 nouveaux plongeurs ont été certifiés chaque année depuis. On compte ainsi quelque 125 000 adeptes aujourd’hui.
En 2016, toutes agences confondues, près de 400 moniteurs ou instructeurs  enseignent la plongée au Québec. Bien entendu, certains plongeurs se forment à l’étranger, ne rêvant que des eaux cristallines du Sud, et ne plongeront jamais ici.
Alors combien plongent au Québec après leur formation? Un certificat de qualification du Québec est obligatoire depuis 2004 pour plonger ici en toute légalité. On connaît le nombre de certificats actifs (nouvellement autorisés ou renouvelés tous les trois ans) et on estime qu’il y a tout au plus 10 000 plongeurs locaux.

Pour l’ex-directeur de la Fédération, Steve Blais, ce n’est pas entièrement vrai, car on peut bien obtenir le certificat et ne jamais plonger au Québec de façon régulière. Certains y plongent peut-être même dans l’illégalité. «Il n’y a pas de gardien à tous les points d’eau ! Ce n’est pas impossible de rencontrer un agent du gouvernement qui vous demande votre carte, mais je ne cacherai pas que c’est très rare», convient-il.
Reste que moins d’un plongeur certifié sur dix explore les fonds d’ici. Les neuf autres ne savent pas ce qu’ils manquent.
 
Plonger à Montréal : Pourquoi pas?
par Pierre D’Amours

Plates, sales, stériles, les fonds marins de la région de Montréal et des environs ? Ravisez-vous, ces eaux qui suivent une rigole créée par la dernière glaciation en ont vu des choses, et elles sont prêtes à les partager avec les plongeurs, s’ils se donnent la peine d’aller à leur rencontre.

J’ai commencé à plonger en 1973 avec la Société Santa Maria, à Ottawa, un club d’amateurs mis sur pied par des archéologues marins, rattachés à Parcs Canada. Pas fous ces mecs : ils avaient embrigadé des jeunes enthousiastes pour les aider à répertorier les épaves de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent. Des dizaines de clubs ont pris la relève depuis et, aujourd’hui, plus d’une cinquantaine d’épaves sont répertoriées dans le fleuve et les rivières Richelieu et des Outaouais entre Montréal et Kingston, en Ontario.

Plonger sur une épave, c’est remonter le temps. Quelque 300 ans d’histoire maritime gisent dans ces eaux, témoignant de la vie commerciale et militaire, de l’époque de la Nouvelle-France à nos jours. Dans la région immédiate de Montréal, le parc sous-marin du lac Saint-François, près de Valleyfield, est un endroit populaire. On y découvre des barges utilisées pour le transport de marchandise et d’équipement, ainsi que les restes d’un charbonnier, où la faune marine locale trouve refuge.

À Noyan, sur le Richelieu, quatre bâtiments rappellent le commerce intensif qui se faisait entre New York et Montréal, par la voie du canal Érié et du Richelieu. Un peu plus au sud, dans le lac Champlain, des épaves datant de la guerre de Sept Ans et de la révolution américaine sont répertoriées ; on peut y louer les services de guides pour les explorer.

Jusqu’à Toronto
En remontant les autoroutes 20 et 40 vers Toronto, plus d’une trentaine de sites attendent les plongeurs avides d’exploration. Le plus populaire est le Conestoga, à Cardinal, près de la ville de Prescott, à environ deux heures de route de Montréal. Construit en 1878, il a sombré en 1922. C’est une plongée du bord, facile et peu profonde (10 à 12 m), avec un léger courant. On peut accéder aux entrailles du navire de 252 pi de longueur, car le pont, très abîmé, a été ravagé par un incendie et soufflé par l’explosion qui a suivi.

Le degré de difficulté de ces plongées varie selon la profondeur et la vitesse du courant. Si le Conestoga  et le charbonnier de Valleyfield sont accessibles aux plongeurs de tous calibres, certaines épaves, comme le Eastcliffe Hall, un peu en amont du Conestoga, nécessitent une certification supérieure en raison de la profondeur (20 à 25 m) et d’un courant de 3 à 6 nœuds, exigeant une technique plus avancée.

Ce type de plongée ne s’improvise pas. Pour bien préparer une plongée dans ces endroits, le site Scubapedia.ca est un must. Sorte de Wiki pour plongeurs, il est géré par des bénévoles passionnés et fournit toute l’information pour la planification de la plongée. On y retrouve les coordonnées de boutiques et de clubs locaux, pour réserver bateaux et équipements spécialisés, selon les besoins.

Et dans les carrières
En plus des rivières et des lacs, certaines carrières ont été aménagées pour le plus grand plaisir des émules de Cousteau. La carrière Kahnawake, qui a servi à la construction du pont Mercier, est un site aménagé où l’on peut encore apercevoir des arbres momifiés, datant de son inondation. La carrière Morrison, près de Wakefield, en Outaouais, recèle un avion et un bateau de plaisance, coulés pour divertir les plongeurs.

La faune est aussi plus intéressante qu’on le pense. Outre les crapet-soleil, perchaude et brochet bien connus, nos rivières et nos lacs cachent aussi des trésors insoupçonnés. Soyez aux aguets pour découvrir le poisson-castor (Amia calva), le plus vieux poisson d’eau douce du monde, inchangé depuis le Crétacé supérieur (65 millions d’années), et son compagnon à peine plus « jeune », le lépisosté osseux, aux allures insolites, sorte de clarinette aquatique avec une longue bouche en aiguille.
Mi-musée, mi-aquarium de cusiosités marines, les rivières et les lacs du sud du Québec et de l’est ontarien ont de quoi tenir les plongeurs passionnés occupés pour un sacré bout de temps !

Plongeur certifié depuis 43 ans, Pierre D’Amours a écrit sur la plongée et les épaves pour divers magazines. Il a signé des documentaires sous-marins pour Découverte, Nature of Things et le réseau Discovery.



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