Gaétan Fontaine
Lorsque Denis Brochu, du centre local de développement du Haut-Saint-Laurent, m'a proposé de canoter sur la rivière Châteauguay, j'ai cru à un poisson d'avril. Mais le monsieur a insisté : «Il y a de jolis rapides dans un environnement des plus surprenants», a-t-il garanti.
Denis Brochu avait raison. La rivière Châteauguay prend sa source en sol américain, dans le lac Upper Chateauguay, au pied du mont Lyon, dans les Adirondacks. La rivière chahute ses eaux sur près de 100 km le long desquels quelques beaux rapides dévalent vers son embouchure au lac Saint-Louis, en Montérégie. Les plus importants rapides (en sol québécois) se situent à proximité de la frontière, près du minuscule village de Athelstan. Les rapides doivent leur existence à la géographie particulière de cette région du sud-ouest du Québec où les premiers coteaux délimitent le piémont des Adirondacks. La colline de Covey Hill, accoudée à la frontière, en est la limite septentrionale. Les terres, légèrement surélevées, font le bonheur des pomiculteurs, fort nombreux dans la région.
L'aventure débute exactement à la frontière. Ce secteur de la rivière est pratiquement inconnu des canoteurs québécois. Pourtant, l'endroit vaut le détour, ne serait-ce que par son côté exotique. En effet, difficile d'imaginer que nous sommes au pays du suroît. Les premiers coups de pagaie se donnent dans une surprenante forêt. Érables, cèdres et magnifiques pins blancs bordent une rive étonnamment escarpée. Ça s'annonce bien! Nous entamons la rivière tout doucement. N'étant pas familiers avec les lieux, nous préférons débarquer des canots pour les passages plus techniques afin d'examiner la voie idéale.
Mieux vaut être averti : lorsque les eaux sont hautes (au printemps ou après de fortes précipitations), certains passages frôlent les R3. Mais ne partons pas en peur. Normalement, les rapides sont assez faciles à négocier et une personne ayant un minimum d'expérience (ou accompagnée d'un canoteur plus chevronné) y passe sans problème. Nous poursuivons vers le hameau de Powerscourt, où nous passons sous l'un des plus vieux ponts couverts au Québec (il date de 1861).
Au moment de notre passage, les pêcheurs ont démontré une grande curiosité à notre égard. Étions-nous parmi les premiers à canoter sur cette portion de la rivière? Arrivés au village d'Athelstan, les rapides s'amenuisent. En aval, les eaux sont plutôt calmes et coulent dans un environnement agricole. Les vaches broutent le décor champêtre. Pour les empêcher de traverser la rivière, certains agriculteurs ont posé des fils métalliques à travers celle-ci. Vous pouvez passez en dessous, mais aussi les frapper de plein fouet si vous n'êtes pas vigilant! Bref, idéalement, il serait bien que de petits drapeaux voyants nous informent de la présence de ces fils, non?
La balade se prolonge jusqu'à Huntingdon, sur des eaux calmes à travers un paysage bucolique. Toutes mes excuses, Denis Brochu. Ce n'était pas un poisson d'avril!
Comment s'y rendre : de Montréal, prendre le pont Mercier et rejoindre la 138. Poursuivre jusqu'à Huntingdon et emprunter le pont enjambant la rivière Châteauguay (route 202). Aussitôt le pont traversé, vous apercevrez sur votre droite le parc de la piscine. Vous pouvez y garer la voiture de retour. Juste après le parc, virer à droite sur le chemin Athelstan. Continuer jusqu'au bout (une quinzaine de kilomètres) ; la route se termine en cul-de-sac à la frontière. Vous pouvez y garer la seconde voiture. Pour rejoindre la rivière, marcher le long du sentier délimitant la frontière. Un petit 100 m de portage en guise de réchauffement!