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Canot-camping » Abitibi-Témiscamingue
Les beautés de la rivière Mégiscane

Sophie DeCorwin
Une aventure conjuguant le train et le canot-camping vous propose de savourer les beautés de la rivière Mégiscane, avant qu'Hydro-Québec ne pompe ses eaux vers le réservoir Gouin.

La nuit est tombée. Abandonnés sur le bord de la voie ferrée, à 302 km (189,2 milles) de la gare de Fitzpatrick, mon compagnon et moi n'entendons plus que le cliquetis des roues s'éteindre au loin. Un froid silence règne sur le bord de la rivière Kékek, sous un ciel couvert, par cette nuit sans lune.

Il aura fallu plus de 13 heures de voyage pour atteindre ce but tant convoité. D'une gare à l'autre, les retards s'accumulent, en juillet, sur la ligne Montréal-Senneterre. Pêcheurs et canoteurs, bagages et canots emplissent les wagons. La promenade en train avive le charme de notre destination. Elle offre à notre vue des paysages inoubliables de lacs, de rapides et de forêts. Nous jouissons d'un panorama spectaculaire lorsque nous traversons un pont ferroviaire de 196 pi de hauteur.

La voie est balisée à tous les milles à partir de la gare de Fitzpatrick. Ces bornes servent de point de repère pour les arrêts sur demande. À la lumière des frontales, nous découvrons un terrain plutôt marécageux, hostile aux campeurs. Le sort en est jeté, nous chargeons le canot et pagayons jusqu'à l'emplacement d'une ancienne scierie, un kilomètre et demi en aval. La descente elle-même nous enivre, entre les rangées de conifères qui se profilent à peine contre le ciel obscur. Nous humons à pleins poumons l'air odorant.

Notre voyage sur la superbe Mégiscane s'étendra du 25 juillet au 9 août 1998, avec une paresseuse moyenne de 11 km par jour. Commencé sur le bord de la voie ferrée, il y prendra fin après 165 km d'enchantement. La Mégiscane trace une grande courbe qui permet le tour de force d'arriver et de repartir en train. La Kékek, dans son état actuel - elle a souffert d'une coupe de bois abusive - , n'est véritablement qu'une voie d'accès à ce majestueux cours d'eau.

Des kilomètres 186 à 100 de la rivière, pas la moindre colline. Nous traversons la région des « grands lacs ». Des myriades d'îles rompent seules l'immensité liquide. Les fines dentelles aériennes des mélèzes de la Kékek ont fait place à la dense verdure de l'épinette.

La Mégiscane convient bien au repos. Très peu de rapides interrompent son large cours et des portages permettent généralement de les contourner. Seule exception, une section de 600 m cotée RIII-IV. Quelle n'est pas notre surprise de constater l'absence du portage indiqué sur la carte-guide! Les canoteurs expérimentés peuvent descendre le long de la rive droite ou cordeler en suivant la rive gauche. La descente colore le voyage de quelques émotions fortes tant est puissante l'eau en mouvement. La Mégiscane est un large cours d'eau au débit imposant.

Le lac Faillon est en soi un beau cadeau : 14 km de long sur plus de 2 km en son point le plus large, une nappe d'eau ininterrompue, sans îles, rectiligne et des plages désertes à couper le souffle. À l'extrémité ouest de cet élargissement de la rivière se campe un lieu de villégiature couru des gens de la région. La masse de sable blond est digne d'une plage océanique. Nous sommes sur la Méditerranée québécoise!

Tandis que les Montréalais peinent à 40 °C, sur le lac Faillon nous jouissons de la vie avec une douce température qui doit osciller autour de 25 °C. Et, oh miracle, les mouches noires, brûlots, moustiques, mouches à chevreuil, mouches à vache et autres créatures diaboliques brillent par leur absence tout au long du voyage!

Partout, des traces récentes d'animaux, le vol et le chant des oiseaux. L'orignal hante discrètement les lieux. Un matin, un ours s'aventure à quelques pas de notre campement. Les terrains de camping sont visiblement peu fréquentés. Pourquoi un parcours aussi beau et facile d'accès est-il si peu connu ?

La rivière Mégiscane se jette dans le lac Parent, qui arrose Senneterre. On peut aussi sortir de la rivière au pont ferroviaire qui la croise à 65 km de l'embouchure. C'était notre choix. La dernière section de la rivière, dit-on, manque d'intérêt.

Ponctuels, nous attendons notre train à l'heure prévue à l'horaire. Nos barils, notre canot et nos sacs étiquetés sont placés en rang d'oignons. Le temps de lever la tête, notre train traverse déjà le pont et fonce sur nous à une vitesse effrayante. Son sifflet nous perce les oreilles. Le cur dans la bouche, je me rends compte qu'il ne s'arrêtera pas! Ce qu'il fait finalement, au loin, avant de faire marche arrière.

J'aurais presque souhaité qu'il nous oublie.

Il est permis de se faire déposer le long des itinéraires des trains L'Abitibi (Montréal-Senneterre) et Le Saguenay (Montréal-Jonquière). Assurez-vous que l'arrêt demandé soit enregistré et que le code SSR (special service request) soit inscrit sur votre billet.

Le site Web de Via propose quelques idées d'aventure accessibles par train, les tarifs et les départs durant la prochaine saison.
Tél. : (514) 989-2626.
"www.viarail.ca/aventures
 

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