Expédition humanitaireMarche des femmes au Népal
par
Karine Dubois et Marie Léger

À l’initiative du Centre canadien d’étude et de coopération internationale (CECI) et d’organisations népalaises, un groupe de Canadiennes a eu la chance de partir au Népal en 2008 afin de rencontrer des femmes des régions montagneuses dans le cadre du Trek pour le développement et la paix. Organisatrices communautaires, infirmière, travailleuses sociales, conseillère municipale, artiste, retraitée… Des femmes de tous les horizons ont formé trois équipes pour trois treks thématiques: santé, leadership et femmes autochtones. Chacune de ces expéditions a eu lieu dans différentes régions du pays. Un an après le retour au bercail, Karine Dubois et Marie Léger, deux des participantes, racontent cette grande aventure.
Faire la démocratie, se défaire des castes
La société népalaise est marquée par un système de castes hindouistes apparenté à celui de l’Inde. Au sommet de cette hiérarchie se trouvent les membres de la caste brahmane également omniprésents dans les sphères politique, économique et administrative. Au bas de cette échelle se trouvent les dalits, dits «intouchables», considérés comme des serviteurs ou des travailleurs subalternes. Les dalits sont économiquement exploités, socialement intouchables et n’ont pas accès aux ressources sociales, économiques et politiques. Les autochtones, appelés «janajatis», sont quant à eux exclus du système de castes, ce qui contribue à leur isolement. Pour plusieurs membres des castes inférieures, la nouvelle Constitution est une occasion unique de faire inscrire leurs droits et d’aspirer à une reconnaissance légale et sociale.
La constitution: une aspiration démocratique
En novembre 2006, un traité de paix est signé entre le gouvernement et les rebelles maoïstes qui se sont affrontés dans un conflit civil long d’une décennie. Ce traité permet entre autres aux Maoïstes d’avoir accès à des postes gouvernementaux et signe la transformation d’un mouvement armé en parti politique. L’autorité du roi complètement minée par le conflit, la population descend dans la rue en avril 2006 et le «mouvement du peuple» provoque la fin de la monarchie. Le Népal aspire, à partir de ce moment, à un système démocratique, dont les paramètres devront être définis dans une nouvelle Constitution. Pour rédiger ce document historique, une assemblée constituante doit être élue. Une élection est prévue d’abord en novembre 2007. L’expression New Nepal commence alors à circuler, le pays est en voie de changer une tradition vieille de plusieurs siècles.
Reportée deux fois, l’élection a finalement lieu en avril 2008 et voit le parti maoïste élu majoritairement. La scène internationale est partagée, le mouvement maoïste reste associé à une période de violence et d’intimidation, même si plusieurs le perçoivent comme le parti qui a libéré le pays d’une monarchie oppressante. L’assemblée constituante élue est structurée de façon à représenter la population du Népal. Cette élection marque l’entrée sur la scène politique de plusieurs minorités – femmes, autochtones, dalits. Mais dans ce pays reconnu pour ses sourires, son calme et sa spiritualité, le changement s’opère lentement. Qui peut prédire quand l’assemblée constituante accouchera de cette nouvelle Constitution porteuse d’espoir?