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La Gaspésie au long cours

La Gaspésie, c'est “le” terrain de jeux parfait pour s’initier aux grandes expéditions avec nuitées en refuge.

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Osez les zecs des Laurentides

Avis aux canoteurs, kayakistes, randonneurs et adeptes de vélo de montagne et de gravelle, c’est le temps de défricher ces territoires naturels que sont les zecs.

L’art du damage

  • Photos Simon Diotte

En raison du mercure qui joue toujours davantage au yo-yo, les conditions de neige sont de plus en plus changeantes au Québec. Heureusement, les dameuses modernes arrivent à métamorphoser la glace en douce neige. Pour qu’il y ait encore de la glisse…

Quelques jours après la journée de Noël, la saison de ski débutait timidement dans les Laurentides, comme un peu partout au Québec. Au nord de Montréal, aux abords de l’autoroute 15, une fine couche de neige recouvrait le sol. Les centres de ski de fond n’étaient que partiellement ouverts ou carrément fermés.

Était-ce le cas de tous ? Non ! Un centre de ski résiste aux changements climatiques tel un petit village gaulois face aux légionnaires romains. Il s’agit du Centre Gai-Luron, qui se situe à Saint-Jérôme, à 50 km de Montréal. Là-bas, le réseau de plus de 25 km de pistes était entièrement ouvert. Skis aux pieds et tourtière dans l’estomac, je constatais que les conditions étaient excellentes malgré la faible épaisseur de la neige. J’en étais le premier étonné.

Quelle est la potion magique du Gai-Luron ? Ce n’est pas la fabrication de neige, comme le font les centres de ski alpin, ni l’ensemencement des nuages, comme on le fait en Chine pour combattre la sécheresse, mais l’utilisation d’une dameuse dernier cri – une PistenBully 100 flambant neuve, pour les connaisseurs –, une machine imposante se détaillant pas moins de 300 000 $.

 

Sans cet équipement, Maxim Cloutier, 42 ans, propriétaire de ce centre de ski (il vient de prendre la relève de l’entreprise familiale) et unique opérateur de dameuse de son centre, ne serait plus en affaires : « Je trace les pistes depuis que j’ai l’âge de 17 ans et j’ai vu nos hivers se transformer. La neige se raréfie, et les grands écarts de température se produisent plus souvent. Sans dameuse, il serait vraiment trop dangereux d’envoyer du monde sur les pistes. »

Les redoux, plus fréquents, transforment la neige en bloc de glace. C’est là que la dameuse arrive à la rescousse grâce à son « reconditionneur à neige », une roue dentée qui tourne à toute vitesse à l’arrière du véhicule à chenilles, broyant la glace pour la briser en cristaux skiables. Un travail impossible à faire au moyen d’une simple motoneige tirant un traceur.

Toutefois, tracter le reconditionneur à neige et le traceur nécessite un véhicule de grande puissance, et cette machinerie lourde n’emprunte que des pistes larges comme des chemins. Le Centre Gai-Luron a donc dû élargir ses pistes au début des années 2000 lorsque la famille Cloutier a acquis sa première dameuse, qui était à l’époque une machine usagée récupérée d’un centre de ski alpin.

« J’ai été l’un des premiers centres des Laurentides à prendre ce virage technique », relatait Maxim Cloutier. L’arrivée de cette dameuse a sécurisé la saison de glisse et entrainé une importante hausse d’achalandage au Gai-Luron, les conditions de neige de grande qualité attirant les fondeurs. Dans la communauté de la glisse, on se passe le mot.

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Le pire hiver depuis longtemps

Au parc national du Mont-Orford, qui se trouve à l’extrême sud du Québec, on subit de plein fouet les changements climatiques. Pendant l’hiver 2021-2022, les précipitations de neige ont été rares et les redoux fréquents. L’opérateur de dameuse Marc Poirier, 58 ans, qui travaille les pistes depuis 27 ans, estimait que c’était le pire hiver de sa carrière. « Nous avons ouvert à la mi-janvier, et nous continuons en février à frapper de la roche sur les sentiers. Nous travaillons avec le minimum de neige. C’est dur pour la machinerie », témoignait-il pendant qu’il pilotait sa dameuse en ma compagnie.

À la mi-février, lors d’une visite de Géo Plein Air, non seulement le manteau neigeux était à son plus mince, mais les prochains jours ne s’annonçaient pas de tout repos : sur les images radars apparaissait une grande quantité de pluie suivie d’un rapide refroidissement. Un scénario cauchemardesque quand il s’agit de pistes de ski de fond.

Malgré tout, François-Xavier Regnault, responsable du service de la maintenance et des infrastructures dans ce parc de la Sépaq, restait positif. Le secret : oui, les dameuses, mais également le mode opératoire. Car la machinerie, si elle est mal utilisée, peut faire plus de mal que de bien. « La clé, lorsqu’il pleut, c’est de ne jamais sortir damer. Sinon, l’eau sort de la neige et se transforme en glace. Il faut au contraire la laisser pénétrer dans le sol avant de faire une sortie. C’est pour cette raison que parfois, nous fermons totalement le réseau sans travailler les pistes. Ce n’est pas par paresse, comme l’insinuent certains internautes, mais pour ne pas empirer la situation », précisait-il.

Ramener le réseau à des conditions skiables est une question de timing. « Lorsque la neige s’assèche et que le sol a absorbé l’eau, mais juste avant que la neige regèle, nous passons les dameuses sur les pistes, sans les tracer. Nous créons ainsi du relief dans le tapis de neige. Puis, quand ça gèle complètement, nous cassons cette meringue et refaisons un beau tapis blanc », détaillait ce passionné de ski de fond, qui connaît son réseau comme le fond de sa poche.

C’est un travail colossal. Le réseau du parc comporte 50 km de pistes pour le pas classique et 26 km pour le pas de patin. Dans les pires conditions, les opérateurs de dameuse limitent leur vitesse à 5 à 6 km/h, afin de laisser le temps à la machine de faire son travail. Le traçage de l’entièreté des pistes prend donc six heures en fonctionnant à deux dameuses, générant une facture très salée. « Une dameuse coûte en frais d’exploitation de 175 à 200 $/h, sans compter l’usure de l’appareil et l’augmentation du prix du carburant. Les fondeurs doivent comprendre que nous ne pouvons pas être constamment sur les pistes. Sinon, nous dépasserions le budget annuel », mentionnait François-Xavier Regnault.

Le parc national du Mont-Orford explique ses stratégies de damage au public, histoire de dissiper les malentendus. La page internet dresse aussi les grandes lignes de sa politique de traçage, indiquant entre autres que le réseau n’est que partiellement tracé pendant les jours de semaine, sauf en cas d’accumulation de neige.

Le traçage se fait habituellement au beau milieu de la nuit. Merci aux Marc Poirier et Maxim Cloutier de ce monde, qui écourtent leur sommeil pour que nous puissions skier. « Notre récompense, c’est de rendre ce sport le plus souvent accessible et de voir les skieurs qui s’émerveillent des conditions de glisse après du mauvais temps », a dit François-Xavier Regnault.

Les grosses dameuses s’imposent peu à peu dans les centres de ski de fond, au détriment des motoneiges qui n’arrivent plus, dans certains centres moins enneigés, à procurer des conditions de glisse satisfaisantes. Grâce à de généreux programmes de subventions, plusieurs petits centres de ski de fond québécois ont mis la main sur une dameuse lors du dernier hiver, notamment le Centre golf et ski Vieux-Lennox (Sherbrooke), La Tuque Rouge (La Tuque) ainsi que le Club sportif Appalaches (L’Islet). En espérant que ces véhicules chenillés, qui fonctionnent malheureusement au diesel faute de mieux en attendant la prochaine génération électrique, puissent nous permettre de continuer pendant longtemps de jouir de ce sport merveilleux.