Devine qui vient de piquer
La plupart sont inoffensifs, et l’humain les effraie au point qu’ils décampent en le voyant. D’autres, plus audacieux, recherchent sa présence et possèdent le sang-froid nécessaire pour lui dérober son sang chaud. D’autres encore ne le tolèrent aucunement dans leur espace privé et n’hésitent pas à le lui faire savoir avec férocité. Rencontre avec quelques arthropodes qu’Homo sapiens n’impressionne pas du tout.
Les vampires ailés…
Probablement le plus exécré de tous les insectes piqueurs, le moustique porte également le nom de maringouin. Il s’agit ici d’un terme générique qui englobe de nombreuses espèces de la famille des culicidés. Le Québec compte une cinquantaine des quelque 80 espèces de moustiques présentes au pays. On les reconnaît aisément à leur corps allongé, leurs longues pattes et leur trompe caractéristique. Seule la femelle est munie de pièces buccales lui permettant de percer l’épiderme des animaux pour en sucer le sang riche en protéines, essentiel à la formation des œufs.
Ah, ces satanées mouches noires ! Elles trouvent toujours le chemin vers les menues parcelles de peau exposée. On les nomme également simulies, et, tout comme les moustiques, il en existe des dizaines d’espèces dans la province. La femelle simulie ne perfore pas l’épiderme : elle en entaille plutôt une section à l’aide de ses pièces buccales tranchantes afin d’aspirer le sang qui perle en surface. De taille moindre que les moustiques – les plus petites espèces font à peine 1,5 mm de longueur –, les simulies s’en prendraient davantage aux oiseaux qu’aux humains. Mince consolation !
Difficile de dire à quoi ressemble un brûlot tant il est minuscule. Les anglophones le surnomment à juste titre no-see-um, certaines espèces n’atteignant pas même 1 mm de longueur. À la manière des simulies, la femelle incise la peau pour se gaver de sang : c’est une fois repue qu’elle devient parfois possible à voir. Malgré la petitesse de ces mouches, leurs morsures laissent une impression désagréable de brûlure, d’où leur nom français. Microscopiques, ces diptères appartiennent à la famille des cératopogonidés ; le Québec en compterait une centaine d’espèces.
On ne plaisante pas avec les taons ! Désignés familièrement par des noms évocateurs – mouches à cheval, mouches à chevreuil, frappe-à-bord –, ces gros insectes de la famille des tabanidés sont reconnus pour leur morsure douloureuse. Ici encore, c’est la femelle qui recherche le sang des vertébrés, et de manière particulièrement insistante par les journées chaudes, humides et sans vent. Attirées par la peau mouillée, elles font horreur aux baigneurs qui, pour leur échapper, plongent sous l’eau mais en vain, le taon rôdant toujours au moment de l’émersion.
… et les autres
Pour l’abeille, piquer est un sacrifice ultime, car elle en mourra. Pour les guêpes, piquer, à répétition si nécessaire, n’est pas mortel, et c’est pourquoi ces hyménoptères sont davantage à redouter. Ce sont les nids souterrains de guêpes sociales – et non pas ceux de guêpes fouisseuses, des espèces généralement moins agressives – qu’il faut éviter de piétiner. En pleine randonnée, difficile pourtant de savoir où se situe le guêpier ! En cas d’attaque, il faut s’éloigner rapidement, les mains protégeant le visage, ce qui prévient du même coup d’agiter les bras en tous sens et de surexciter les guêpes.
Assez méconnu du grand public, Orius insidiosus est néanmoins familière des agriculteurs, qui en font bon usage dans leurs champs comme agent de contrôle de certains ravageurs tels les pucerons et les thrips. Ne mesurant que de 2 à 3 mm, cette punaise de la famille des anthocoridés est cependant capable d’infliger une piqûre déplaisante, hors de proportion avec sa taille, lorsqu’elle insère sa trompe dans la peau. Son nom scientifique évoque son caractère insidieux, car elle pique sans provocation, n’aspirant pas de sang et n’injectant aucun venin. Juste pour tâter le terrain !
Les fourmis font partie de l’ordre des hyménoptères, comme les abeilles et les guêpes, et certaines espèces sont pourvues d’un aiguillon venimeux. C’est le cas de la fourmi rouge Myrmica rubra, dont le nom anglais fire ant dérive de la douleur cuisante causée par sa piqûre. Introduite au Massachusetts au début du XXe siècle, cette espèce européenne envahissante est maintenant établie au Québec. Avis aux pique-niqueurs en quête d’endroits ombragés qui auront la mauvaise fortune de s’asseoir près d’un nid : petite mais agressive, cette fourmi ne craint rien ni personne et dardera à répétition.
À strictement parler, les tiques ne sont pas des insectes mais des arachnides. De fait, nymphes et adultes ont huit pattes et se rapprochent ainsi des araignées et des opilions. La tique à pattes noires est l’espèce dont il faut le plus se méfier, car elle est désormais abondante dans le Québec méridional et est porteuse de zoonoses, dont la maladie de Lyme. Afin de réduire les risques de morsure, il est conseillé, entre autres, de porter des chaussures fermées, un pantalon et un chandail à manches longues de couleur pâle et d’enfermer le bas du pantalon dans les chaussettes.
Pierre Bonneau est rédacteur en chef du magazine Nature sauvage.












