Poulpe fiction
Les capacités cognitives des primates, nos cousins génétiques les plus proches, sont évidentes. Pour s’en convaincre, on note, par exemple, leur utilisation d’outils variés – du bâton pour extirper des termites à la pierre frappée contre les noix dures pour en extraire les graines. Nous partageons avec les grands singes – le chimpanzé, le bonobo, l’orang-outang et le gorille – maintes structures similaires du cerveau.
Lorsqu’on évoque l’intelligence animale, on pense moins spontanément aux oiseaux. La vivacité de certains d’entre eux est néanmoins stupéfiante. Eux aussi ont recours aux outils, tel ce héron vert vu en train de jeter des bouts de pain à l’eau pour attirer à lui des poissons et ensuite les capturer d’un rapide coup de bec. La mémoire et la capacité à résoudre des problèmes des psittacidés (famille des perroquets et compagnie) et des corvidés (corneilles, corbeaux, etc.) sont également bien documentées.
Dans les océans, reconnaître et observer l’intellect animal à l’œuvre est nettement plus difficile. Par contre, on sait que dauphins et céphalopodes possèdent de grandes facultés de réflexion, de jugement et de perspicacité.
Les céphalopodes, ce groupe d’animaux marins qui compte les calmars, les seiches et les pieuvres, ont fait l’objet de nombreuses études scientifiques, dont celle rapportée dans un article savant paru en 2021 et dans laquelle des seiches ont réussi un test cognitif conçu, à l’origine, pour évaluer les capacités de planification et de maîtrise de soi des enfants humains.
L’expérience, appelée le test du marshmallow, un classique en psychologie, consiste à mesurer la capacité des sujets à retarder une gratification lorsqu’ils comprennent que le fait d’attendre un peu plus longtemps leur permettra d’en avoir une plus grande.
Un enfant, seul dans une pièce, a devant lui une guimauve. On lui explique que s’il parvient à ne pas la manger durant 15 minutes, il en obtiendra une deuxième. L’adaptation du test pour les seiches suivait le même protocole, à deux exceptions près : 1) des crevettes replaçaient les guimauves ; 2) les collations étaient cachées derrière des portillons affichant un jeu de symboles indiquant aux céphalopodes le temps restant avant leur ouverture. En peu de temps, les seiches ont appris non seulement à décoder la signification des symboles, mais aussi à attendre le portillon le plus lent à s’ouvrir pour profiter de récompenses plus généreuses.
En dépit d’un système nerveux très différent de celui des vertébrés, seiches, calmars et pieuvres sont dotés d’un cerveau volumineux leur permettant de développer des compétences intellectuelles étonnantes.
La vie sur la terre ferme est destinée à s’éteindre à un moment ou à un autre. Conflits nucléaires potentiels, changement climatique, intelligence artificielle, chute d’un astéroïde de grande taille (une probabilité assez élevée, d’après les experts) : la fin de notre civilisation est inéluctable. (Pas de panique : on parle ici de milliers, voire de millions d’années.) Si l’humain disparaît de la planète, quel serait l’animal ou le groupe d’animaux en mesure de le remplacer en tant qu’espèce dominante ? Selon plusieurs chercheurs : les poulpes ! Elles ont en main toutes les cartes pour prendre le relais dans un lointain avenir : dextérité (huit bras, c’est pratique), sens de l’initiative, curiosité intellectuelle, utilisation d’outils (on y reviendra dans une prochaine chronique) et capacités de communication entre individus. Fiction poulpeuse ? Qui sait ?




