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Canot, Destinations

Abitibi: la rivière d’une vie

27-08-2020

L’été dernier, des clients m’ont approché avec une demande claire. Ils voulaient que je les guide en vue de descendre la rivière Chochocouane dans la réserve faunique La Vérendrye. Pour eux, c’était la réalisation d’un rêve qu’ils caressaient depuis 30 ans. Pour moi, c’était l’occasion d’explorer une rivière dont j’avais bien souvent entendu parler sans jamais avoir eu l’occasion de la pagayer.

À l’origine de ce projet d’expédition, il y a Charles Cloutier, un entrepreneur de l’Abitibi-Témiscamingue. Depuis des décennies, ses beaux-frères, Yvan et Serge Blais, lui disaient qu’ils aimeraient un jour descendre la Chochocouane, sans pourtant lancer le projet. Les deux frères rêvaient à ce cours d’eau parce que leur camp de chasse se situe à la tête de la rivière. Chaque année, ils l’observaient en se promettant de la parcourir en canot.

Décidant de passer à l’action, . « Si l’expédition est organisée et les dates fixées, mes beaux-frères ne pourront pas se désister. Il faut bien faire cette descente avant d’être trop vieux et de regretter de n’avoir jamais osé », m’a confié l’homme d’affaires de 65 ans.

Il avait bien raison d’insister. Après quelques valses-hésitations, Yvan et Serge, tous deux dans la soixantaine, ont embarqué. Au cours d’une journée où je pagayais à côté des deux frères, Yvan m’a révélé qu’il avait failli ne pas participer. « Vivre l’inconfort d’une expédition de canot ne me tentait pas. Toutefois, j’ai compris qu’à mon âge, c’était maintenant ou jamais. Je réalise maintenant à quel point j’aurais manqué une occasion unique », m’a-t-il dit.

 

Le trésor caché de La Vérendrye

Située à l’extrémité nord de la réserve faunique, la rivière Chochocouane ne constitue pas le circuit le plus populaire offert par Canot-camping La Vérendrye. Statistiques à l’appui, Stéphanie Lavergne, coordonnatrice des opérations pour l’organisme spécialisé dans les expéditions de canot, confirme que « seulement 6 % de ] des canoteurs  naviguent sur la Chochocouane ». L’éloignement du point de départ, à 200 km du Domaine, le camp de base de Canot-camping La Vérendrye, puis la difficulté technique du parcours qui en fait une rivière intermédiaire ainsi que le temps nécessaire pour effectuer la descente, soit de quatre à sept jours, tout cela en rebute plusieurs.

Pourtant, il s’agit d’un trésor caché. « Elle est sans doute une de nos plus belles rivières parmi celles que nous proposons, précise la coordonnatrice. Ceux qui y vont ne le regrettent jamais. Les chutes, les rapides et la nature sauvage qui bordent ses berges en jettent. En plus, tout est aménagé, le long du trajet : les portages, les campings, etc. C’est une chance rare pour une expédition de cette durée. » Aussi, la qualité de la pêche y serait extraordinaire, a-t-elle ajouté, parce que seuls les pagayeurs accèdent aux portions isolées. De quoi surexciter mes coureurs des bois !

Stéphanie Lavergne n’avait pas tort. Durant notre périple, nous n’avons pas rencontré âme qui vive. Pas un son d’origine anthropique, pas un signe de vie, aucune trace de civilisation… la sainte paix. Et que dire des majestueux rapides qui ponctuent le parcours. Vraiment, j’étais content d’être payé à titre de guide pour me trouver à cet endroit !

En revanche, je comprends pourquoi les longs voyages en canot intimident les gens. Si le fait de dormir sous la tente peut s’avérer une expérience dépaysante pour plusieurs, le faire pendant une semaine sans avoir accès à une douche, devient encore plus déroutant. Comme guide, le défi est de s’assurer que tout le monde soit bien. Les petits gestes qui sont pour moi devenus des réflexes ne le sont pas pour tous. Mes clients se sont adaptés rapidement. Par exemple, ils ont vite compris l’importance de bien refermer leur sac étanche immédiatement après usage afin d’éviter que l’eau y pénètre. Une nuit passée dans un sac de couchage humide a été bien plus efficace que tous mes avertissements répétés !

Nous sommes partis une semaine, durant laquelle la température a été peu clémente, avec un mercure oscillant entre 0 et 5 oC. Il a plu presque tous les jours. Dans ces conditions, rester au sec et au chaud représente un défi. Comble de malheur, le quatrième jour de notre aventure, une roche au milieu d’un petit rapide a fait chavirer une des embarcations. Dans le but de préserver l’honneur de ces canoteurs, je tairai ici leurs noms. Dès que j’ai constaté l’incident, j’ai sauté à l’eau pour leur venir en aide. Au diable mes bottes et mes vêtements secs. Les seuls dommages : une petite blessure d’orgueil chez nos deux pagayeurs, une ecchymose sur la fesse de l’un deux et des vêtements qui sécheront très lentement. Le pire a été évité.

Dans les minutes qui ont suivi le dessalage, nous avons retrouvé tout notre matériel, à l’exception d’une belle canne à pêche, qui gît maintenant au fond d’un rapide. Elle fera peut-être le bonheur d’un avironneur qui tombera dessus par hasard la saison prochaine. Cette perte n’en est pas une, finalement. À chacun de nos campements, nous avons tenté notre chance avec les poissons, sans succès. De petites touches, mais rien de plus. L’excellente pêche promise par l’isolement s’est avérée une chimère dans notre cas. Un jour, peut-être, prendrons-nous notre revanche sur le doré qui nous a boudés.

Eau calme, rapide de classe 1 ou 2, portage afin de contourner les classes 3 et 4, eau calme encore, rapide, portage, campement : notre petite routine quotidienne. Le faible débit a transformé la plupart des rapides en champs de roches, ce qui nous a forcés à portager la plupart du temps. Au total, nous avons descendus ou portagés une quinzaine de rapides.

Pour cette expé, j’avais choisi de parcourir des distances journalières oscillant entre 10 et 15 km. De cette façon, chaque jour vers 14 h, nous arrivions à notre site de campement. Cela nous donnait amplement le temps de relaxer. De mon point de vue, le plus important dans une expédition de canot, c’est de décrocher, de fuir le train-train quotidien.

Après six jours de pagaie, nous sommes arrivés au pont qui surplombe la rivière, juste avant que celle-ci ne se jette dans le réservoir Dozois. J’ai regardé mes aventuriers, que je considérais désormais comme des frères. J’ai perçu l’émotion et la fierté dans les yeux de Serge et d’Yvan. Ils venaient de réaliser ce rêve qu’il chérissait depuis tant d’années.

En tant que guide, c’est un privilège d’amener des gens à se dépasser et à vivre des moments qu’ils jugeaient impossibles. Et à rendre tangible ce qu’il percevait comme une idée saugrenue qui ne verrait jamais le jour. Sur la route du retour, nous nous sommes arrêtés à Louvicourt pour manger la poutine de fin d’expédition. Déjà, Charles Cloutier se faisait aller les méninges. Après la dernière bouchée, il s’est tourné vers moi en me demandant : « L’an prochain, on descend quelle rivière ? »

 

 

EN BREF

La rivière Chochocouane se trouve en Abitibi-Témiscamingue et s’étend sur 96,6 km. Canot-camping La Vérendrye y propose des circuits de 4 à 10 jours.

Attraits majeurs

L’isolement et la tranquillité de la rivière Chochocouane ne laisseront personne indifférent. Parallèlement, la qualité des sentiers de portage et les sites de camping sur le trajet sont irréprochables.

Coup de cœur

À mi-parcours, une imposante chute sans nom nous a offert la plus spectaculaire des vues. Nous avons choisi de nous arrêter à cet endroit, même s’il n’était que midi.

canot-camping.ca

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