Auberge classique qui a une âme
Institution locale depuis les années 1930, le Garnet Hill Lodge vaut le détour en hiver, même quand la neige se fait désirer.
Juste avant les fêtes de l’année 2023, la neige abondait dans l’État de New York. La saison de ski de fond battait son plein depuis quelques semaines. J’ai décidé d’en profiter pour découvrir le sud des Adirondacks, où se trouve le hameau de North River et sa vénérable auberge, le Garnet Hill Lodge, qui compte un imposant réseau de pistes de ski de fond de 50 km. Du ski in/ski out à son meilleur, semble-t-il.
Or, le jour de mon départ, le mercure a attrapé la fièvre, grimpant au-delà de 15 ℃. Une pluie diluvienne s’est ensuivie. Si bien qu’au moment de partir de Montréal, j’apprends que le tapis blanc de Garnet Hill a complètement disparu. Je refuse d’admettre l’évidence et j’embarque les skis de fond de la famille. Sait-on jamais, peut-être qu’une tempête réparera tout. La tempête ne se matérialisera pas. N’empêche, en aucun temps nous n’avons regretté notre déplacement de 270 km au sud de Montréal.
Visite guidée
Construite en 1936 pour servir de petit hôtel en nature, l’auberge Garnet est un exemple typique du style architectural traditionnel des Adirondacks. L’omniprésence de matériaux naturels, tels les poutres apparentes et les planchers et lambris en bois, donne un caractère rustique aux lieux, tandis que le foyer de pierre réchauffe l’atmosphère. Dès qu’on franchit la porte, on a le goût d’ouvrir un livre, de prendre le temps de ne rien faire et de placoter avec les autres villégiateurs, qu’on adopte immédiatement comme membres de la famille.
Et on n’a même pas besoin de sortir et d’affronter la météo. Le restaurant The Log House offre un menu alléchant dans une salle à manger procurant une vaste perspective sur le lac Thirteenth, les sommets environnants et les cerfs de Virginie qui s’alimentent juste devant les convives. Les déjeuners sont également très généreux, avec des portions à l’américaine.
Randonnée cramponnée
À la porte de l’auberge se déploient 50 km de pistes de ski de fond entretenues mécaniquement. Il s’agit de l’un des plus beaux réseaux des Adirondacks et du nord-est des États-Unis, certifient plusieurs articles de la presse états-unienne. Son altitude élevée, suspendu qu’est l’établissement à plus ou moins 600 m au-dessus du niveau de la mer, assure normalement une bonne qualité d’enneigement. Le centre de ski propose de la location d’équipement et des leçons. Son bar à l’étage accueille les fondeurs qui partagent leur expérience de la journée. On a l’option, après avoir atteint le bas-fond du réseau, de revenir en autobus, évitant la pénible montée du retour. C’est l’équivalent d’une remontée mécanique en ski de fond. Une rareté.
Malheureusement, faute de neige, l’exploration des pistes de ski n’a pas été possible, mais les conditions étaient parfaites pour la randonnée en crampons. L’auberge possède en propre 15 km de pistes aux vues panoramiques. Nous nous sommes attaqués, en nous extirpant péniblement du confort douillet de notre lieu d’hébergement, au sommet de Balm of Gilead, un aller-retour de 3,5 km qui mène à un promontoire rocheux à partir duquel la vue fait du bien.
En faisant un petit détour, les vestiges d’une mine de grenat désaffectée se dévoilent à travers le sentier Hooper Mine. C’est l’exploitation de mines, dont certaines sont encore actives dans les parages, qui a favorisé le développement économique du secteur au début du XXe siècle, bien avant les touristes en quête de neige. Les chalets actuels servaient autrefois à loger les mineurs. L’auberge a d’ailleurs été érigée par les anciens propriétaires miniers.
Aujourd’hui, ce centre de villégiature appartient à un couple originaire d’Angleterre, qui a acquis la propriété en 2016, presque par inadvertance. « Nous avions un chalet tout près, et quand le Garnet Hill Lodge a été mis en vente, je me suis informé du prix juste par curiosité. Finalement, je n’ai pas pu résister ! » rigole Jim Rucker, copropriétaire avec son épouse.
L’établissement est une véritable institution locale qui souffrait depuis quelque temps d’un manque de « tender loving care », selon les mots du propriétaire. « Tous les gens du coin ont vécu ici des épisodes marquants de leur vie, comme un mariage, un anniversaire ou des leçons de ski », raconte ce retraité du monde de la finance. Jim Rucker et sa femme ont beaucoup investi de leur poche pour remettre l’auberge sur les rails. « Des investissements majeurs qui devraient garantir la pérennité du lodge », mentionne l’homme avec fierté.
Dans une réserve naturelle
La beauté des lieux, c’est que le terrain de jeu du Garnet Hill Lodge se connecte à la réserve naturelle Siamese Ponds, étendue sur 460 km2, l’une des plus grandes des Adirondacks. Une quinzaine de pistes balisées arpentent ce territoire qui possède la même assise rocheuse que la région des High Peaks, mais dont les plus hauts sommets dépassent à peine 1000 m d’altitude. Plutôt que les cimes dénudées, ce sont les nombreux ruisseaux et rivières qui font le charme de l’endroit, ainsi que sa fréquentation nettement moindre.
J’ai eu la chance de courir dans quelques pistes, me perdant dans le dédale de sentiers, m’immergeant profondément dans une forêt aux arbres majestueux. Le clou du voyage a été cependant la randonnée vers Peaked Mountain, dont le sentier embrasse les rives du lac Thirteenth puis longe un ruisseau en cascades entrecoupé de milieux humides qu’on traverse en se mouillant les pieds. Puis on atteint le sommet rocheux de Peaked Mountain, à 900 m d’altitude, par un segment fortement pentu de 300 m qui nécessite l’usage des mains pour s’agripper à la roche mère. Une balade magique, à refaire impérativement, par beau temps et au coucher du soleil.
Il restera toujours… de la neige de culture
Voulant absolument chausser des skis, nous avons mis le cap sur la station Gore Mountain, à une quinzaine de minutes de Garnet Hill Lodge. Avant ma visite, je n’avais jamais entendu parler de cette station, et il en était de même pour mes amis skieurs alpins. Étonnant constat, car il ne s’agit pas d’une minuscule montagne. Son point culminant approche les 1100 m et son dénivelé dépasse les 700 m. On y trouve sept versants skiables et 14 remontées mécaniques. Bref, on parle d’une station du calibre du Massif de Charlevoix et de Tremblant. Peu connu des Québécois, Gore demeure dans l’ombre de Lake Placid, nous dit-on, région plus proche du Québec qui a accueilli les Jeux olympiques d’hiver en 1932 et en 1980.
Lors de notre visite, le gazon était à découvert, mais un ruban de neige avait survécu au redoux printanier dans une quinzaine de pistes, gracieuseté d’un efficace système d’enneigement qui puise l’eau dans le fleuve Hudson. Gore dispose d’un terrain de jeu très diversifié et des panoramas époustouflants. La récente construction d’un vaste chalet d’accueil à la base du versant North Creek et l’installation d’un télésiège devraient donner un nouvel élan à la station dans les années à venir. Nous allons y revenir dès que possible.
Bouffe et ambiance
Rendez-vous au BarVino. Une telle enseigne indique clairement qu’on s’attablera dans un restaurant qui ne sert pas uniquement des burgers. Les plats en formule tapas nous ont réconciliés avec la cuisine des États-Unis. Ce resto occupe un vieux bâtiment aménagé avec goût au cœur du hameau de North Creek.
En bref
Une auberge rustique et chaleureuse en plein cœur des Adirondacks.
ATTRAIT MAJEUR
En théorie : le ski de fond ! Dans les faits, vu l’absence de neige, la randonnée dans des lieux qui enchantent et ravissent.
COUP DE CŒUR
Le ski alpin à Gore Mountain, un joyau méconnu des Québécois.
Notre journaliste était invité par la Lake George Regional Chamber of Commerce & CVB.







