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Les dunes de Tadoussac, futur parc national ?

Les fameuses terrasses marines de Tadoussac, celles-là mêmes qui évoquent la planète Tatooine dans Star Wars, ressemblent de plus en plus à un dépotoir à ciel ouvert. Il n’en fallait pas plus pour que le projet d’y créer un parc national de la Sépaq refasse surface.

Des canettes de bière, des vitres cassées et des excréments qui jonchent le sol. Des débris de feux allumés à même du bois mort et des branches coupées. Des tentes piquées ici et là qui forment des campements improvisés. Ces images indignes d’un paysage de carte postale pourraient très bien avoir été croquées sur les plages de la pointe de la Gaspésie lors du désormais célèbre été pandémique 2020, alors que les Québécois redécouvraient en masse leur Finistère, qui s’est retrouvé encore plus envahi qu’à l’accoutumée. Mais de telles images proviennent plutôt des dunes de Tadoussac, à 3 km à l’est du village nord-côtier du même nom. Et, surtout, elles réapparaissent été après été depuis plusieurs années, au grand désespoir des Tadoussaciens, dont la liste de doléances ne cesse de s’allonger.

« C’est comme ça depuis à peu près six ans. Le statu quo ne peut plus tenir », tranche Pascal Côté, directeur de l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac (OOT) et résident de cette petite communauté. L’ornithologue sait de quoi il parle, lui qui fréquente assidûment ce secteur prisé pour l’observation d’oiseaux. Ce site naturel composé de terrasses marines, vestiges d’un delta de la dernière époque glaciaire, constitue un important couloir de migration. On y recense bon an mal an plus 300 000 individus de différentes espèces qui viennent s’y reposer. Les dunes, nommées ainsi en référence aux parois sablonneuses qui font face au fleuve Saint-Laurent, abritent en outre une population de carex des glaces, une plante herbacée vivace considérée comme menacée au Québec.

Le maire de Tadoussac, Charles Breton, abonde dans le même sens. « Nous pouvons y voir des gens faire du motocross à côté d’ornithologues qui observent les rapaces. Il y a aussi la mode de la vanlife qui, en combinaison avec les médias sociaux, aggrave la pression sur ce milieu fragile », raconte-t-il en entrevue. L’absence de touristes internationaux lors des deux dernières saisons touristiques n’a rien changé à la situation. Bien au contraire : les gens qui ont fait le tour de la Gaspésie en 2020 se sont donné rendez-vous sur la Côte-Nord, dont Tadoussac est la porte d’entrée, en 2021. « Nous sommes victimes du même phénomène de surtourisme qu’à Venise, Barcelone ou ailleurs. Nous accueillons 8000 personnes avec les capacités d’un village de 800 », constate Charles Breton.

 

 Planche de salut

Le calvaire des habitants de Tadoussac pourrait néanmoins prendre fin dans les prochaines années. Et la solution n’est pas banale ; il est littéralement question de créer un parc national dans le secteur des dunes de Tadoussac. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) et la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq), laquelle chapeauterait la nouvelle entité, ont en effet tenu plusieurs ateliers de travail par Zoom à ce sujet au cours de la dernière année. Des idées d’aménagement ont été discutées avec les citoyens et le Conseil de la Première Nation des Innus Essipit, confirme le MFFP, qui se fait toutefois avare de commentaires. Le futur parc national des Dunes-de-Tadoussac (ce serait son nom) ne figure même pas dans la liste des projets en cours sur le site Web du ministère.

Bien que préliminaires, les discussions permettent d’en savoir plus sur la nature de cet éventuel 25e parc national du Québec. Ainsi, il est question de protéger 4,5 hectares formés des fameuses terrasses marines et d’une forêt de bouleaux. Pour ce faire, l’actuelle route qui relie le village au site serait réservée aux piétons tandis que le trafic automobile serait redirigé vers un chemin accessible par la route 138. Au sein du parc, on trouverait bien sûr des sentiers de randonnée pédestre (de 10 à 12 km) et des emplacements de camping (de 60 à 75), mais aussi des espaces intérieurs et extérieurs permettant la tenue d’activités comme le yoga. Une tour d’observation pourrait également être érigée, ce qui confirme la place centrale qu’y tiendrait l’ornithologie. « Ce serait un des principaux pôles d’interprétation, nous assure la Sépaq », rapporte Pascal Côté, de l’OOT.

Ces échanges constituent dans les faits un nouveau chapitre dans une saga qui dure depuis plus de 30 ans. Lors de la création, dans les années 1980, du parc national du Fjord-du-Saguenay voisin, il était prévu d’y intégrer les dunes de Tadoussac. Le gouvernement du Québec avait d’ailleurs obtenu, par donation, expropriation ou acquisition de gré à gré, les terrains destinés à cette fin. La Sépaq y a effectué quelques aménagements rudimentaires, mais ne concrétise jamais sa promesse, ce qui entraîne une perte de confiance dans la communauté. Le projet a été maintes fois remis sur la table, comme en 2013, alors qu’une consultation publique sur la modification des limites du parc national du Fjord-du-Saguenay a été tenue. En respect de la volonté du milieu, le MFFP renonce à cette option et accepte de poursuivre les discussions.

Contrairement aux tentatives avortées du passé, cette fois-ci pourrait bien être la bonne. Le fait que le nouveau parc ait son identité propre, donc une certaine autonomie, contribue à son acceptabilité sociale. Ça, et le fait que sa création enlèverait une épine du pied à la population : le problème de plus en plus criant de la détérioration du territoire. « Les dernières années ont eu pour effet de faire évoluer les mentalités. À l’heure actuelle, les citoyens de Tadoussac sont dépossédés de “leurs” dunes, qui sont en fait un no man’s land appartenant à tout le monde et à personne à la fois », affirme le maire Charles Breton. Preuve de l’appétit pour ce projet de parc national, le conseil municipal de Tadoussac y a donné son appui à l’unanimité plus tôt cette année.

 

À venir

Mais attention : il y a loin de la coupe aux lèvres, car plusieurs obstacles sont encore susceptibles de faire dérailler le projet. L’un de ceux-ci provient du milieu même. Si ce dernier se dit en faveur du nouveau parc, c’est peut-être plus par dépit qu’autre chose. C’est du moins la lecture qu’en fait Marilyne Gagné, propriétaire de la ferme Hovington, un des derniers établissements agricoles de Tadoussac sis à proximité du secteur des dunes. Cette ex-conseillère municipale a notamment siégé à un comité consultatif mis en place dans la foulée de la consultation publique de 2013 afin de déterminer une issue au dossier. « À l’époque, nous avions proposé un modèle de gestion partagée entre la Sépaq et la municipalité. Tadoussac compose déjà avec un parc national sur son territoire ; il me semble qu’un second priverait ses citoyens d’encore plus de libertés », fait-elle valoir.

Un argument que rejette du revers de la main Charles Breton. Les contribuables de Tadoussac, à plus forte raison ceux des générations futures, ne peuvent se permettre de s’offrir un parc municipal sans se ruiner, selon lui. « La population est vieillissante et les coûts d’une gestion partagée seraient faramineux. Confier la gestion des dunes à la Sépaq est le meilleur des compromis », pense-t-il, avouant du même coup que ce dossier représentera « un enjeu certain » lors des élections municipales de cet automne. La prochaine administration municipale aura en tout cas bien du pain sur la planche. Le bruit court qu’une audience publique sur le projet de futur parc national des Dunes-de-Tadoussac, une étape essentielle dans le processus de création d’une telle entité, pourrait avoir lieu dès 2022.