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Destinations, Hiver, Québec, Raquette, Vélo

Ski, raquette et vélo au pays des draveurs

07-01-2020
Sentier Le Riverain

Photos Simon Diotte

Grandiose, spectaculaire, féérique : il n’y a pas assez de superlatifs pour décrire une virée hivernale dans le parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie. Allez-y, vous serez conquis.

Étrange sensation. Je me trouve debout en ski de fond sur la surface glée ben dure de la rivière Malbaie. Ici, dans le creux de cette vallée glaciaire enclavée par des parois rocheuses qui font jusqu’à 800 m de hauteur, le vent balaie constamment la rivière, exposant la glace à nu, la polissant et la rendant si claire qu’on voit à travers comme dans un aquarium. Des craquelures parsèment son épaisseur de 55 cm, créant des tableaux uniques signés Chioné, déesse grecque du froid, de la neige et de la glace.  Il en résulte une patinoire naturelle de plusieurs kilomètres de longueur, plus ou moins déblayée selon les caprices de dame Nature. On aurait envie d’en faire la plus longue patinoire de backcountry skating du Québec, mais question de sécurité, ce n’est guère possible : il faudrait inspecter la rivière à la grandeur pour s’assurer de sa solidité. Par contre, en fatbike, en ski ou en raquette, on peut y circuler à condition de rester sur les deux couloirs officiels balisés par des chicots. L’un sert aux VPS (vélos à pneus surdimensionnés), la seconde aux deux autres sports. Ces deux pistes circulent sur le lit de la rivière, en zones d’eaux mortes.

C’est quand on glisse sur cette eau figée que l’appellation Vallée des glaces, attribuée au parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie en hiver, prend tout son sens. Joyau naturel du Québec, ce parc national de l’arrière-pays de Charlevoix, réputé en été pour sa vertigineuse randonnée de l’Acropole des Draveurs, n’était pas auparavant accessible pendant la saison froide. La route sinueuse qui y mène, longue de 23 km à partir de Saint-Aimé-des-Lacs, n’était pas dégagée. L’électricité ne s’y rendait pas. Le parc était en hibernation, coupé des commodités modernes. Seuls quelques grimpeurs s’y aventuraient sous les flocons, skiant 35 km en trimbalant leur matériel en traîneaux, en vue de défier la Pomme d’or, une paroi de glace périlleuse considérée comme une classique de l’escalade.

« Cependant, le souhait d’ouvrir ce haut lieu du tourisme sous la neige a toujours fait partie des plans de la Sépaq et de la volonté des Charlevoisiens », indique Daniel Groleau, le directeur du parc. À preuve : le centre de services Le Draveur, érigé en 2001, possédait un foyer central. Mais les circonstances, dont la reconstruction complète en 2015 du barrage des Érables, au cœur du parc, ont fait que le délai a été plus long que prévu.

À l’été 2018, c’est le début d’un temps nouveau. L’ordre est donné de procéder au lancement du parc version sous zéro. Pour ce faire, on installera une ligne électrique de 23 km, on aménagera d’autres sentiers et on organisera une panoplie d’activités. Tout est fait pour rendre l’expérience hivernale mémorable. Et croyez-moi, la visite de cette aire centrale de la Réserve mondiale de la biosphère de Charlevoix vaut amplement les 170 km de route qui la séparent de Québec.

MONTAGNES EN LIBERTÉ

L’expérience « Vallée des glaces » commence bien avant de poser la babiche sur le tapis floconneux. À partir de la municipalité de Saint-Aimé-des-Lacs, porte d’entrée de cette aire protégée, on aperçoit à l’horizon ses hauts sommets, qui dépassent les 1000 m et sur lesquels le vent soulève des nuages de poussière de cristaux blancs. L’excitation m’envahit déjà. Le vrai hiver, pas celui de la gadoue, m’y attend.

L’attrait vedette de l’endroit, c’est bien sûr la rivière encaissée. En été, elle est le lieu de balades en canot et de croisières en bateau-mouche. Pendant la saison des frimas, son emprisonnement dans la glace, en amont du barrage des Érables, en fait le lieu de tous les possibles. Afin d’en faciliter la découverte, le parc offre un produit unique : la croisière des neiges. Le concept : un véhicule à chenilles nous transporte, à partir du pavillon Le Draveur, sur 7 km, jusqu’à L’Équerre, lieu-dit spectaculaire où la rivière Malbaie effectue un virage à 90° entre les montagnes. Terminus : les visiteurs débarquent, marquent une pause devant les montagnes et reviennent à leur rythme vers Le Draveur en VPS, raquette, ski-raquette ou crampons, à leur guise (location sur place).

Quant à moi, j’avais emporté mes skis de fond. J’ai ainsi pu m’avancer plus loin, dans la gorge nord de la vallée, jusque-là inatteignable sous la neige mais désormais desservie par un sentier balisé. Au passage, je me suis arrêté à la chute du ruisseau Blanc, haute de 45 m, accessible par une piste pentue de 500 m (j’ai donc laissé mes skis en chemin). Je n’anticipais pas un tableau aussi saisissant, la masse d’eau étant figée dans une glace moutonnée.

En plus du secteur desservi par la croisière des neiges, d’autres sentiers comblent les amateurs de raquette et de ski hors-piste (tous les sentiers sont partagés entre ces deux modes de déplacement hivernal). Le Riverain, long de 9 km s’étirant du pont des Érables jusqu’au centre Le Draveur, conduit à des panoramas renversants sur la vallée et l’Acropole des Draveurs, remarquable paroi située sur le flanc ouest de la montagne des Érables. Devant tant de splendeur, mes compagnons de randonnée et moi étions sans voix. « C’est aussi beau que Laval », ai-je rigolé, ironisant sur le charme de ma ville natale. La vérité par l’absurde. J’y suis allé en ski-raquette (skis Hok, en location sur place), gravissant tranquillement les pentes et les redescendant à bon rythme, maximisant le plaisir.

Pendant ma visite de deux jours et demi, nous avons également exploré la boucle du lac Sans Oreille, récemment aménagée, empruntant sur son tracé une portion de la mythique Traversée de Charlevoix. Une pénible montée nous attendait à l’aller, mais le ravissement que nous avons éprouvé à la descente, serpentant entre les arbres en skis-raquettes, a largement valu l’effort.

Nouvelle coqueluche des sports hivernaux, le VPS fait son entrée par la grande porte dans le parc des Hautes-Gorges. Des vélos obèses sont à louer à L’Équerre et au centre de services Le Draveur de même qu’au départ du sentier de l’Érablière, une boucle de 4 km réservée au cyclisme des neiges et parfaite pour s’initier à ce sport qui procure des sensations comparables au ski de fond en descente. Cette piste longe en partie les rapides grondants de la rivière Malbaie, dont la beauté soulage nos yeux trop souvent heurtés par la surabondance de laideurs urbaines.

PROLONGER LE PLAISIR

Nichées à l’intérieur des terres, ces hautes gorges se méritent. Pour y accéder, comptez trois quarts d’heure de route de La Malbaie et une heure et quart de Baie-Saint-Paul. Encore là, ces durées varient en fonction des conditions routières. Attention, le chemin d’accès, tortueux à souhait, piège les automobilistes imprudents qui cherchent à raccourcir les distances. Pendant mon séjour, deux voitures ont visité le décor, s’engageant un peu trop sur l’accotement avant de s’enliser dans les congères. Une manne pour les remorqueurs charlevoisiens, qui n’en demandaient pas tant !

Tant qu’à vous y rendre, prolongez votre excursion au pays des draveurs. La Sépaq a inauguré au cours de l’année 2018 dix chalets Écho au design digne d’un magazine d’architecture. Ces pied-à-terre accommodant confortablement quatre bûcherons font face au cran des Érables, une coupure au trait de scie dans la montagne homonyme. Douillettement assis sur le sofa, les pieds bien calés sur la bavette du poêle à bois, les villégiateurs se délectent à profusion de ce paysage minéral à travers les généreuses fenêtres. Pour de l’après-ski panoramique.

Encadré

Un parc en développement

Directeur du parc, Daniel Groleau a des projets plein la tête. Il rêve de construire des refuges afin de faciliter l’exploration des zones reculées du territoire. L’un est prévu dans le secteur de L’Équerre, permettant des incursions dans la gorge nord de la vallée, où des sentiers supplémentaires devraient être tracés. Le deuxième ouvrira à la découverte d’un nouveau secteur, celui du lac Noir, où se trouve un cirque glaciaire. Ces cabanes ne seront pas prêtes pour l’hiver 2019-2020, mais possiblement pour 2020-2021. À suivre.

Anecdote

Presque néophytes en fatbike, nous avons vécu toute une expérience sur le sentier de l’Érablière. Incapables d’avancer sur nos vélos dans la neige compactée mollement, mon collègue du Soleil et moi avons cru, à tort, que c’était dû à notre manque de talent ou de forme physique. Seul notre comparse Simon Boivin, un employé de la Sépaq, roulait comme un professionnel. Son secret : son vélo avait les pneus dégonflés, et ainsi il flottait sur la neige comme Jésus marchait sur les eaux.

Après avoir craché nos poumons jusqu’à l’exténuation en parcourant les trois quarts de la piste avec nos pneus durs comme de la roche, nous les avons dégonflés, puis nous avons filé à vive allure sur le tapis blanc tel Egan Bernal au Tour de France. Le hic, c’est qu’il n’existe pas de recettes magiques pour rouler sur la neige. La pression idéale dépend d’une foule de facteurs, dont la surface de roulement. Sachez que si vous n’arrivez pas à progresser sur la piste, c’est peut-être une question d’air.

EN BREF

Une vallée emprisonnée dans les glaces, à découvrir de multiples façons.

ATTRAIT MAJEUR

Promenade sur la glace épaisse de la rivière Malbaie.

COUP DE CŒUR

Des paysages si impressionnants comme on n’en trouve pas partout sur la planète.

CONDITIONS DE NEIGE

sepaq.com

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