Le fjord intérieur de la Côte-Nord

Aussi spectaculaire que largement méconnu, le lac Walker suscite la convoitise des écologistes, qui veulent en faire un parc national, dans une région qui accuse un sérieux retard en la matière. Ce plan d’eau, le deuxième plus profond du Québec, mérite-t-il ce statut reconnu internationalement ? Afin de répondre à cette question, Géo Plein Air a exploré le territoire, pagaie à la main.

Lors de ma première incursion dans la réserve faunique Port-Cartier–Sept-Îles, en 2006, j’avais dormi en chalet sur les rives du lac Walker. J’avais été saisi par sa beauté, l’imprégnant dans ma mémoire, sans avoir eu la chance d’y naviguer. On m’avait plutôt suggéré d’aller sur un lac tranquille, à des dizaines de kilomètres de l’accueil, pour taquiner le poisson. Bien qu’impressionnant, le lac Walker n’avait pas tellement d’intérêt pour une sortie de pêche express et, dans une réserve faunique, la pêche, et rien d’autre, constituait l’attrait vedette en été. Voulais-je de la truite ou non ?

Je me souviens de m’y être baigné à la fin de juillet. L’eau était glaciale. Ce n’est qu’après ma baignade que j’ai découvert que le lac Walker, situé à 30 km de Port-Cartier, se démarquait par sa profondeur de 280 m, ce qui en fait le deuxième plus creux du Québec. Conséquemment, il se réchauffe très tranquillement et gèle tout aussi tardivement pendant la saison blanche. Depuis, je me suis toujours promis de revoir ce plan d’eau remarquable, nommé en référence à l’amiral britannique Hovenden Walker, qui a perdu une partie de sa flotte sur la Côte-Nord en 1711 dans sa tentative de s’emparer de Québec.

Au printemps 2022, un communiqué m’interpelle. Une large coalition, réunissant notamment Environnement Côte-Nord et la Société pour la nature et les parcs du Québec (SNAP-Québec), demande au premier ministre du Québec de « s’engager à tout mettre en œuvre pour concrétiser la création du parc national du Lac-Walker ». C’est le prétexte pour moi d’y retourner afin de voir si ce territoire coche les cases d’un potentiel parc national provincial, le second sur la Côte-Nord avec celui du Fjord-du-Saguenay. Ce dernier se situe cependant majoritairement au Saguenay–Lac-Saint-Jean.