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FASCINANTE LOTBINIÈRE 

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Né quelque part

7 août 2014, rivière Broadback, Baie James.
Étrange agitation sur la Route du Nord, Km 130, Nord-Ouest de Chibougamau.
C’est un amoncellement de canots, barils, sacs étanches, glacières… entre lesquels vont et viennent une vingtaine de jeunes Cris, de 17 à 29 ans, garçons et filles, en proie à d’intenses émotions. C’est qu’ils s’apprêtent à quitter leurs communautés respectives – Waswanipi, Nemaska, Mistissini – pour une expédition de canot d’une vingtaine de jours.

Pour la plupart d’entre eux, le canot, la rivière, ce sont des histoires d’Elders, qu’on colporte dans les familles depuis des générations. Un grand-père qui ramait durant des semaines pour vendre ses fourrures… La famille entière qui s’en allait passer les beaux jours au campement d’été… Des histoires d’un autre temps.

Aujourd’hui ils sont pourtant bien là à partir en canot pour défendre la vallée de la Broadback des menaces de coupes forestières qui planent sur une partie de ses berges. Une façon, pour ces jeunes, de se réapproprier le territoire – et le canot en prime.

Ce territoire est revendiqué «aire protégée» par les nations de Nemaska, Waswanipi et Ouje-Bougoumou pour lesquelles il représente un patrimoine naturel et culturel ancestral. Le principe est accepté, semble-t-il, par le gouvernement du Québec, mais c’est la superficie (6000 km2 pour les Cris contre 1200 km2 pour le gouvernement québécois) qui fait problème. Un écart substantiel.

Et, ma foi, pour l’avoir canotée quelques jours en compagnie de ces jeunes Cris, c’est toute une rivière, que cette Broadback, qui traverse l’habitat du caribou forestier, espèce menacée (en passant). «Un fabuleux territoire, un paradis sur terre» m’avait résumé le député Cri Roméo Saganash, porte-parole adjoint en matière d’affaires intergouvernementales autochtones.

«Ses berges abritent aussi l’une des dernières forêts vierges du Québec, avait  ajouté Nicolas Mainville, directeur de Greenpeace Québec, impliqué dans l’expédition sur la Broadback. Quand on sait qu’à l’heure actuelle, 90% de la forêt soumise à l’exploitation a déjà été coupée ou fragmentée…»

J’ai eu la chance, cette année, d’entendre quelques interventions durant l’Assemblée générale du Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee), à Waswanipi; il y a souvent été question la Cree regional Conservation Strategy, fondée sur les valeurs et les traditions de son peuple. «Cree vision of Plan Nord, m’a précisé le Grand chef Matthew Coon Come en entrevue. Nous avons participé, dans le passé, et participons encore à des tables de concertation pour parler mines, forêt et énergie. Mais nous tenons aussi à défendre notre richesse écologique et à montrer à nos jeunes d’où ils viennent et d’où viennent leurs parents.»