L’obsession du témoignage filmé

Une nouvelle star est née : vous!
Depuis qu’il est possible de se prendre en photo, quiconque part en voyage ou à l’aventure apprécie rapporter des souvenirs visuels de ses expériences, souvent en s’incluant dans le décor. Mais depuis quelques années, ça ne suffit plus: il faut produire des segments filmés de son escalade dans les Calanques ou de sa descente de la Koroc en canot, tandis que dans les centres de glisse, la majorité des jeunes arborent une caméra accrochée à leur casque.

Il faut dire que, de nos jours, la haute qualité, la miniaturisation et la simplicité d’utilisation des caméras de plein air permettent à tous de filmer leur moindre sortie et d’en faire un événement médiatique en diffusant le tout dans les médias sociaux. La prolifération de ces derniers et le besoin de partager ne sont d’ailleurs pas étrangers à ce phénomène. «En fait, tous deux sont intimement liés: l’explosion des ventes de nos caméras coïncide avec l’explosion des médias sociaux comme YouTube et Vimeo, il y a deux ou trois ans», observe Louis Boissinot, représentant des ventes de GoPro au Canada. Un succès qui s’explique aussi par les efforts de marketing de cette entreprise californienne qui détient 90 % du marché mondial de ce type de caméra, essentiellement utilisée par les adeptes de plein air et de sports, et qui a joué à fond la carte des «minutes de gloire» auxquelles tout le monde aspire, avec son slogan «GoPro, Be a Hero». «Soyez un héros… et montrez-le à vos amis, précise Louis Boissinot: aujourd’hui, tout le monde veut savoir – et voir – ce que tout le monde fait.»

Enfin, en corollaire, des festivals de très courts métrages d’action commencent à essaimer, y compris au Québec. Ainsi, tant le Saint-Sauveur Challenge, dans les Laurentides, que le tout nouveau Festival du film court du Massif de Charlevoix, permettent aux participants de réaliser leur propre clip d’action en skis ou en planche à neige, et de le voir diffusé dans le cadre d’un minifestival, prix en argent à la clé.