L’or bleu des Bleuets

Le marathon de chaloupes à rames du Festirame, au lac Saint-Jean, tient d’une solide tradition locale dans laquelle les participants font figure de véritables héros.

L’excitation est palpable à La Boîte à Bleuets, lieu de diffusion culturelle d’Alma, en cette fin de journée torride de juillet. Débarqués des quatre coins du Québec et de l’Ontario pour prendre part au Marathon Proco du Festirame, des dizaines de passionnés de chaloupe à rames, d’aviron, de kayak de mer et de surf-ski affichent leur fébrilité durant la réunion des rameurs. Sur la scène, à quelque 12 heures du coup d’envoi dans la baie de Desbiens, Alain Simard, directeur de course et coordonnateur de la sécurité du Festirame, fait la lecture du règlement de cette galère de 42 km sur le lac Saint-Jean. Défi unique dans un pays mythique: se dépasser à la rame ou à la pagaie sur cette mer intérieure, à la conquête de l’or bleu des Bleuets!

Au royaume de la chaloupe
Faisant désormais partie intégrante du Festirame, cette traversée peu banale a vu le jour en 1974 sous la forme d’une compétition de chaloupe à rames que se disputaient les athlètes des différents corps policiers de la région… histoire de favoriser une harmonieuse fraternité! La formule a bien évolué depuis, mais les chaloupes figurent toujours sur la liste des catégories même si des modifications à leur design ont été apportées au fil des ans. Ces embarcations en fibre de verre inspirées de baleinières robustes répondent à des critères de fabrication très précis. Par exemple, leur poids ne peut descendre sous les 250 livres. Disons que la chaloupe à rames est aux sports nautiques en Amérique ce que la tourtière du Lac-Saint-Jean est à la gastronomie au Québec: une spécialité – et fierté – locale! D’ailleurs, un circuit régional de chaloupe à rames, qui compte des épreuves dans d’autres secteurs du Lac-Saint-Jean, permet aux athlètes locaux de s’entraîner et ainsi d’assurer la relève.

À la sortie de la réunion des rameurs, les participants, discutant des derniers gadgets sur le marché ou partageant leurs angoisses face aux conditions à affronter, se quittent le temps de bien s’alimenter et de se reposer. Ils se retrouveront à Desbiens pour le départ flottant du lendemain matin. Les membres de l’organisation, debout dès l’aube, les accueillent au quai du village riverain, puis les juges de la compétition s’affairent à contrôler les inscriptions, vérifier l’équipement de sécurité et inspecter les embarcations… sans oublier de peser les fameuses chaloupes!

Accompagnateurs et spectateurs se rassemblent sur le pont et autour du quai. Les haut-parleurs crachent de la musique tonique et déclinent les portraits des compétiteurs. Bang! Le coup du premier départ retentit et les chaloupes à rames partent! Un autre bang se fait entendre pour les avirons, puis, au troisième et dernier départ, détalent à leur tour, dans un  fracas d’éclaboussements, les kayaks de mer et surf-skis (kayaks aux ponts ouverts et coques plus profilées). Il y a même une pirogue polynésienne de course, un outrigger (ou pirogue à balancier), qui a fière allure sur la surface du lac Saint-Jean!

Une course aux accents d’épopée
La météo est favorable, mais voilà qu’un vent du nord-ouest se lève et crée des vagues qui franchissent tout le lac avant de venir déstabiliser les marathoniens. Comme le règlement exige que chaque participant ou équipe possède sa propre escorte motorisée et équipée d’une radio, la course suit son cours malgré les conditions houleuses. Entre les kilomètres 15 et 25 du parcours balisé de bouées, un rodéo débridé teste l’habileté des athlètes avec des vagues de plus de 1 m. «C’est une mer intérieure, notre lac, et des fois, la vague est géante!» avait prévenu le directeur technique de l’épreuve durant la réunion des rameurs.
Épuisés, frustrés ou découragés par ces «mauvaises ondes», certains abandonnent et demandent à leur escorte de les embarquer. Dans le cas des chaloupes à rames, il faut aussi se faire remorquer. Des 28 embarcations à avoir pris le départ au quai de Desbiens, toutes catégories confondues, seules 20 par­viendront, grâce à des efforts herculéens, à s’échouer victorieusement sur la plage du centre de villégiature Dam-en-Terre, dans la Grande Décharge d’Alma, qui constitue le fil d’arrivée du Marathon Proco.

La plage est bondée, et un accueil triomphal, comme seule Alma, la «cité de l’hospitalité», sait le faire, récompense la ténacité des hardis rameurs. On aide les participants, ankylosés et qui souffrent de crampes, à sortir de leur embarcation et à mettre pied sur le sable de la Dam-en-Terre. Des massothérapeutes ravivent les muscles et l’esprit. Soulagés et surtout exaltés, plusieurs pleurent de joie. Émotions à fleur de peau sur le bord de l’eau…

Le Festirame prend une petite pause en fin de journée, puis met la table pour le souper des rameurs. En fait, plusieurs grandes tables alignées forment autant de zones conviviales sur la patinoire du Centre Mario Tremblay. Encore mieux, les rameurs et leurs partisans sont les invités d’honneur du chanteur Sylvain Cossette, qui reprend des succès des années 1970 sur la scène de la Place Festivalma, amphithéâtre en plein air juste à côté.

Dans la nuit d’Alma, sous les projecteurs et devant une foule débordante, les conquérants de l’or bleu des Bleuets saluent leurs hôtes, tirent leur révérence et clament à l’unisson: «À l’année prochaine!» •

REPÈRES
Festirame et Circuit régional de chaloupe à rames (CRCR)
418 662-4083, 1 888 662-0314 ou www.festirame.com

Club d’aviron d’Alma
www.avironalma.com