L’Islande, aventure épique
Volcans, sources chaudes, glaciers, plages de sable noir, innombrables chutes et lieux désignés par des noms aux sonorités inusitées, l’Islande est une contrée envoûtante qui se dévoile au gré de ses humeurs. On n’improvise pas une visite dans cette terre souvent inhospitalière, on la prépare longtemps à l’avance.
Notre récent voyage sur l’île des Vikings a demandé au-delà d’un an de préparatifs. En quête des meilleures randonnées pédestres d’une journée, nous avons évité autant que possible les sites grand public, où on se retrouve noyé dans un flot de touristes. Nous avons ciblé des endroits difficiles d’accès, où la splendeur des paysages est digne de l’effort déployé. Notre séjour a confirmé la justesse de nos choix. Voici donc un mode d’emploi calqué sur notre itinéraire.
Un peu de géographie
Pour vous repérer, imaginez l’île comme une horloge. À 8 h pile, c’est la région de la capitale et le réputé Cercle d’or, une route panoramique très prisée des visiteurs parce qu’elle donne un accès facile à des chutes, des volcans, un geyser, etc. Y est situé le parc national de Thingvellir, d’une importance historique mais qui a peu à proposer aux randonneurs. En revanche, le parc national de Snæfellsjökull, situé à 9 h, vaut le détour. À 10 h, les Vestfirðir, ou Fjords de l’ouest, sont d’une grande beauté sauvage, cependant s’y aventurer exige beaucoup de temps. De 11 h à 4 h, on trouve des côtes presque inhabitées, découpées par les fjords. De 4 h à 8 h, la région du sud, à visiter à tout prix, abrite le parc national du Vatnajökull et une abondance de sites tous plus fascinants les uns que les autres. Voilà qui complète le tour de l’île. Or l’Islande a encore davantage à offrir à l’intérieur des terres. Se hasarder dans les terres du milieu, appelées Hautes Terres centrales, implique de longs trajets sur des routes de montagne accidentées… et garantit des vues à couper le souffle.
Une météo… revêche
Le mois d’août est un moment approprié pour une visite. Il y a moins de monde qu’en juillet et il ne fait pas encore trop froid. Le mercure atteint 10 ou 15 °C le jour et descend autour de 3 °C la nuit. Il pleut pratiquement tous les jours. Ça va d’une ondée passagère à une pluie soutenue. Le plus souvent, on a droit à l’heure du souper à un léger crachin qui se prolonge jusqu’au matin. Avec un peu de chance, les randonnées se font donc au sec. La vie en camping s’en trouve néanmoins compliquée. Et c’est sans compter le vent, parfois assez puissant pour vous pousser hors des sentiers ou arracher les tentes les mieux arrimées. En conséquence, vous devez être un campeur vraiment endurci et bien équipé pour coucher sous la tente. Sinon, simplifiez-vous la vie en louant un camping-car doté d’un système de chauffage qui servira quasiment toutes les nuits.
Un bon réseau de campings
Les gens ayant abusé, le vanlife sauvage est maintenant interdit partout sur l’île, et c’est dans des campings – nombreux et pas trop chers – qu’on se stationne pour la nuit. Aucune réservation n’est nécessaire, ce qui permet de moduler l’itinéraire à volonté. Toutefois, ce type de véhicule est défendu dans les Hautes Terres, vu l’état des routes. Pour vous rendre à Landmallalaugar, camp de base incontournable de ces Highlands, prenez place à bord d’un autobus adapté ou louez une voiture à quatre roues motrices. La location est vraiment un choix judicieux… si vous savez « chauffer à’ clutch ». La boîte automatique n’est pas une option ici, et ce, pour louer n’importe quel véhicule.
L’aventure dans les Hautes Terres
Au volant d’une petite Dacia Duster 4 x 4 louée chez Blue Car, muni de provisions pour quatre ou cinq jours, dirigez-vous vers le cœur de l’île, un périple d’au moins trois heures en outre des arrêts. Faites un détour vers Háifoss, où un sentier de 5 km mène au pied des deux chutes impressionnantes qui vous enveloppent de leur bruine.
Arrivé à la route F208, c’est le moment de vous initier aux F-Roads, ces fameux chemins de gravier sillonnant l’intérieur de l’île. Soyez prêt à vous faire brasser solidement sur cette piste défoncée, pimentée de planche à laver et de nids de poule dignes d’un bombardement.
Après deux traversées de rivières à gué un brin angoissantes, vous arrivez enfin au site de Landmallalaugar, niché au cœur d’une gorge majestueuse, adossé à un champ de lave haut comme un immeuble de six étages. On y trouve un camping rudimentaire de même qu’un refuge chauffé pourvu d’une cuisine bien équipée, qu’il faut réserver un an d’avance.
Au départ du refuge, de superbes itinéraires s’offrent à vous. Le sentier Suðurnámur, une boucle de 9 km, va du fond d’un canyon jusqu’à une crête haut perchée, d’où on surplombe les remarquables montagnes de rhyolite, cette roche volcanique riche en silice et en fer qui s’oxyde, créant des teintes rouges et jaunes, passant par le vert et le bleu. Au retour, le sentier traverse une large vallée entrecoupée de ruisseaux, puis le champ de lave Laugahraun, un dédale chaotique de gigantesques grumeaux, comme si un gruau épais avait coulé dans le creux de la combe et était resté figé pour l’éternité.
Une autre boucle d’une dizaine de kilomètres grimpe très abruptement au sommet du mont Bláhnúkur. La longue descente qui suit traverse des paysages saisissants. Au sud s’étirent des vals d’un vert presque phosphorescent, au nord, les collines aux chaudes teintes d’ocre sont ponctuées de fumerolles. C’est complètement fou !
Le trajet vers le lac Ljótipollur possède un relief moins prononcé, accordant un répit aux mollets. Il longe l’immense étendue d’eau et contourne le cratère de deux volcans. Les lieux sont d’une sérénité émouvante. Chaque journée à Landmallalaugar se terminera par un bain dans les sources chaudes près du refuge.
Lors du retour vers la civilisation, ne manquez pas de faire une courte marche vers Sigöldugljúfur, une anomalie dans le décor lunaire des Hautes Terres. Ce canyon verdoyant, qui compte des dizaines de chutes jaillissant du flanc des falaises, semble sorti tout droit d’un film de Tarzan.
En route pour la côte du sud
Arrivé à l’aéroport, troquez la Dacia contre un camping-car de chez Indie. Achetez de la bouffe pour quatre jours au supermarché Krónan et partez vers la côte sud sur la route 1, étroite et stressante par endroits. Premier arrêt : Hveragerði, zone géothermale où les sentiers conduisent à des sources chaudes. Si ça vous tente, des vélos de montagne sont proposés à la location, et les pistes sont splendides. Camping sur place et lunch dans les serres.
Le jour suivant, brève visite des chutes Gljúfrabúi et Seljalandsfoss (le sentier passe derrière la chute !) et dodo à Skógar, dans le stationnement au pied de Skógafoss, une chute colossale. Levé tôt, attaquez-vous, à partir du camping, à la plus belle randonnée de votre vie : le sentier Fimmvörðuháls.
La première partie borde un canyon comportant une vingtaine de chutes toutes plus éblouissantes les unes que les autres. Suit un passage en haute montagne entre deux glaciers et la traversée de champs de glace et de lave en côtoyant les cratères du fameux volcan Eyjafjallajökull, dont l’éruption en 2010 a paralysé le trafic aérien européen. Le sentier se corse en descendant vers Thórsmörk, « la vallée de Thor ». Le noir et le gris font place au vert des montagnes escarpées caressées par la lumière du soir. Le retour à Skógar se fait dans un vieil autobus Mercedes 4 x 4, réservé longtemps à l’avance auprès de Southcoast Adventure, qui part comme prévu à 20 h 30.
Le lendemain de cette randonnée épique, reposez-vous en visitant le musée de Skógar. Arrêtez aux falaises de Dyrhólaey et photographiez de près les macareux moines qui y nichent. Dans le village de Vík, savourez une pizza à croûte noire chez Black Crust Pizzeria. Faites des provisions pour cinq jours puis aventurez-vous sur la route de terre primitive conduisant au camping de Thakgil : 14 km éprouvants, mais qui en valent la chandelle. Le sentier identifié par des piquets jaunes, une marche de 15 km où les paysages changent toutes les deux minutes, mérite une journée entière ; vous longerez un glacier, une chute, des canyons spectaculaires pour revenir au camping, niché au creux de montagnes abruptes d’un vert lumineux.
Installez-vous ensuite pour trois jours au parc national du Vatnajökull. Le camping est situé au pied du plus gros glacier d’Europe et des plus hautes montagnes de l’île qui, éventuellement, finiront par émerger de leur nuage. Consacrez une journée à un des sentiers pédestres menant à la chute Svartifoss et à l’impressionnant glacier Skaftafellsjökull. Muni de crampons et de piolets, joignez-vous à une randonnée de Troll Expeditions sur le glacier Falljökull dans un monde de crevasses, de moulins et de cavernes.
Pensez à garder une autre journée pour une balade en kayak sur un lagon glaciaire, à travers d’immenses icebergs qui se sont détachés du glacier. Évitez le (trop) populaire Jökulsárlón, où les kayaks côtoient des embarcations à moteur de toutes sortes, et optez pour le lagon Heinabergslón, où votre petit groupe sera seul au monde.
À la découverte des fjords
Si vous disposez d’une quinzaine de jours seulement, c’est déjà le moment de rebrousser chemin. Si vous avez davantage de temps, partez faire le tour de l’île ! Arrêtez à Vestrahorn pour une randonnée sur la plage de sable noir jusqu’aux ruines d’une base militaire et d’un village viking. N’hésitez pas à sortir des sentiers battus : allez camper à Borgarfjörður eystri et faire le sentier Stórurð, une longue ascension menant à une mystérieuse vallée cachée. Le sentier contourne des lacs turquoise bordés d’énormes blocs de pierre. Pas surprenant que les Islandais croient aux trolls et autres créatures, tellement ce décor est surréaliste.
Campez au canyon Stuðlagil, et en vous levant tôt, vous explorerez le lieu avant qu’il ne soit envahi par les touristes. Vous serez émerveillé par la rivière aigue-marine et les colonnes de basalte, tantôt rectilignes, tantôt torturées, formées lorsque la lave s’est refroidie au contact de l’eau.
Passez vite au lac Mývatn, une zone volcanique active fort appréciée des touristes, et dirigez-vous vers la péninsule de Snæfellsnes. Dormez à Grundarfjörður pour être le lendemain le premier arrivé à Kirkjufell, la montagne la plus photographiée d’Islande, avec sa forme hypnotique et ses deux cascades.
Accordez au moins deux jours à l’exploration du parc national de Snæfellsjökull. De courtes randonnées vous feront apercevoir un volcan (par le sentier Rauðhóll), une plage de gravier de lave noire (appelée Djúpalónssandur) ainsi que les débris d’un naufrage, un rocher doublement percé (dans la localité d’Arnarstapi), une petite église typique (dans le hameau de Búðir) et une colonie de phoques (plage de Ytri Tunga).
Le périple pourra se terminer par la visite de Reykjavik, et si vous avez un peu de chance, peut-être assisterez-vous à l’éruption du volcan Sundhnúkur, qui nous a surpris lors de notre retour vers l’aéroport. Inactif depuis plusieurs mois, il s’est réveillé le jour où nous passions par là, et nous avons pu l’observer de près. Ce feu d’artifice a conclu de façon spectaculaire un voyage dont le souvenir nous habitera fort longtemps.
En bref
Les plus belles randonnées pédestres d’une journée en Islande, pays de feu et de glace.
ATTRAIT MAJEUR
Des sentiers exigeants balayés par la pluie et le vent, et traversant des reliefs sculptés par les volcans et les glaciers.
COUP DE CŒUR
Partout des montagnes, des chutes et des cascades ; chaque jour, un camaïeu différent, ralliant toutes les teintes de vert et de noir imaginables ; des paysages tantôt tourmentés, tantôt d’une douceur infinie, qui forcent à l’humilité.


