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La voix du Nord

Rebaptisé, repensé, reformulé ou non, le Plan Nord cause une certaine effervescence autour d’un territoire largement méconnu et dont on voit les ressources naturelles comme des promesses d’enrichissement pour le Québec. Dans certains secteurs, comme Schefferville ou Fermont, l’exploration minière et gazière s’est intensifiée au cours des derniers mois, à mesure que le projet s’imposait dans la campagne électorale.

Mais, derrière les occasions d’affaires, les créations d’emplois et les redevances pour la province, il y a des femmes et des hommes qui occupent le territoire au quotidien. Qu’ils y vivent depuis toujours, comme les Autochtones, ou qu’ils soient nouvellement installés, ils sont autant de voix qu’il faut écouter pour exploiter cette vaste région de façon équitable et durable. Ces voix en cachent bien d’autres, et traduisent à l’unisson les questionnements et les espoirs collectifs pour l’avenir. En voici quelques échos.


L’accès au territoire
Jean-Philippe Messier, cofondateur des Amis du Mushuau-nipi

«Malgré la Stratégie touristique québécoise au nord du 49e parallèle proposée par le gouvernement, on n’entend pas beaucoup parler de tourisme dans le projet du Plan Nord. Ça semble être une composante du développement nordique qui n’est pas encore prise au sérieux, comparée à ce qui est associé au développement minier ou gazier. Donc, les prestataires ont encore du travail à faire pour faire savoir que l’avenir du Nord passe par le tourisme, que l’accès au territoire est une chose fondamentale, et pas seulement pour ses ressources.

«Actuellement, ça coûte moins cher de faire une expédition dans l’Himalaya que d’aller faire un tour à Kuujjuak. Ça ne joue pas nécessairement en faveur du développement touristique du Nord […] On facilite l’accès au territoire par toutes sortes d’avantages fiscaux pour les entrepreneurs et les industries qui veulent avoir accès aux ressources. Qu’en est-il pour les prestataires touristiques?

«L’avenir des relations entre Québécois et Autochtones ne consiste pas à faire des projets et à laisser une place à ces derniers, mais à réaliser et à gérer des projets ensemble. Là est toute la différence […] Ce qui en ressortira sera un projet original, avec une identité propre.»


Le Nord sur la carte
Marie-Soleil Vigneault, directrice générale de Tourisme Côte-Nord–Duplessis

«Dans une région comme la nôtre où la nature est au cœur du développement touristique, le Plan Nord va permettre de mettre le Nord sur la carte et d’ouvrir les yeux et les oreilles des autorités concernées, des investisseurs mais aussi du public, sur notre patrimoine naturel exceptionnel. Duplessis, c’est 200 000 km2 de territoire naturel, des îles et archipels (Mingan, Anticosti), des montagnes (Groulx), des rivières patrimoniales, un environnement unique à portée de main, mais encore sous-exploité. Ce sont 32 millions de dollars d’investissement qui seront distribués à des promoteurs touristiques en vertu de la Stratégie touristique québécoise au nord du 49e parallèle. Cet argent permettra de développer, entre autres, des projets hôteliers, dont la région a grand besoin. Les infrastructures (hôtels, routes, etc.) qui serviront aux travailleurs du Plan Nord devront être pensés de manière à profiter à l’industrie touristique; il faut prévoir à long terme.

«Que ce développement se fasse de concert avec toutes les parties concernées, dans le respect de l’environnement et dans une perspective de développement durable, c’est le souhait que je formule.»


Attention, fragile!
Suzann Méthot, directrice régionale pour le Québec d’Initiative boréale canadienne

« Est-ce que développer le tourisme dans le Nord est une bonne idée? La réponse est oui. Pas à n’importe quelles conditions, cependant; il ne faudrait pas répéter les erreurs qui se sont produites ailleurs, notamment en ce qui a trait à la capacité des écosystèmes fragiles du Nord.

«Le tourisme offre indéniablement l’occasion aux communautés de développer une économie locale avec des impacts positifs directs, à condition que son développement soit entrepris par les communautés locales, et que des politiques d’embauche et d’achat soient élaborées en ce sens.»

L’habitat du caribou
Serge Couturier, biologiste de la faune arctique au ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec

«On avait un des plus grands troupeaux de caribous du monde, et il n’en reste aujourd’hui que 26,000 têtes. L’habitat d’été des caribous est très mal en point, leur taux de natalité est en baisse et celui de la mortalité est en hausse. Notre mode de gestion ne s’est pas adapté à ces facteurs, alors qu’on aurait dû interdire la chasse sportive dès le début des années 2000. L’activité humaine, qui va s’intensifier avec le Plan Nord, ne va pas arranger les choses.»

L’affaire de tous
Marc Plourde, président-directeur général de la Fédération des pourvoiries du Québec

«Le tourisme dans le Nord, jusqu’à très récemment, était essentiellement l’affaire des pourvoyeurs, avec la chasse comme principal vecteur de développement. Cependant, avec le lent déclin des troupeaux de caribous, nos entreprises devront prendre un certain virage pour offrir des produits peut-être moins traditionnels, mais qui allient la découverte de la nature à celle des cultures des Premières Nations, ainsi que des produits de tourisme d’aventure.

«Maintenant, on parle de toutes sortes d’accès, de création de routes, de chemins de fer, mais évidemment, les gens chez nous s’inquiètent un peu de l’altération que ça peut provoquer sur les paysages et les habitats.

«Globalement, le Plan Nord, comme le disait l’ex-ministre Nathalie Normandeau, c’est une démarche. Le point le plus positif qu’on y a vu, c’est le rapprochement d’une multitude d’acteurs qui ne se côtoyaient à peu près pas auparavant. Ça, c’est une chose sur laquelle on est appelés à bâtir. Que des représentants des secteurs industriels, du tourisme, de l’environnement, de l’éducation s’assoient à la même table que des leaders autochtones pour partager cette vision du Nord, je pense que ça a été ça, le grand gain du projet.»

Le respect des communautés
Dave Laveau, directeur général de Tourisme Autochtone Québec

«Dans le nord du Québec, on a beau avoir de bonnes intentions et vouloir doubler ou tripler la clientèle et l’achalandage touristique, la réalité est qu’il y a peu de capacité d’accueil et d’hébergement et que la qualité n’est pas toujours là. Pour ça, les budgets apportés par la Stratégie touristique et le Plan Nord, globalement, sont un plus indéniable. Cela dit, les grands chantiers miniers, par exemple, créent un autre problème, parce que l’hébergement déjà en place au nord est presque entièrement occupé par des travailleurs du secteur minier ou d’un secteur connexe.

«C’est la présence des communautés autochtones qui nous démarque des autres endroits nordiques du monde. Alors il faut développer cet atout, mais de la bonne manière, en allant au rythme des communautés. Parce que sans Autochtones, pas de tourisme autochtone. Contrairement à d’autres secteurs, on ne peut pas faire venir de la main-d’œuvre d’ailleurs. Le bassin d’entrepreneurs est limité, souvent situé dans des endroits isolés, avec d’autres priorités que le tourisme. Il y a un rythme à respecter.»

Le tourisme dans le sillage de l’industrie
François Côté, directeur du partenariat et de l’intervention régionale au ministère du Tourisme du Québec

«Il semble que les investissements prévus pour le tourisme soient moins importants que ceux prévus, entre autres, pour les mines. Mais voyons ça comme des budgets qui peuvent profiter aussi au tourisme! Je parle notamment des routes et des autres infrastructures qui seront mises en place pour exploiter l’industrie. Comment peut-on en faire profiter le développement touristique de nos régions?»

Avec les compagnies aériennes
Isabelle Dubois, coordonnatrice de projets à l’Association touristique du Nunavik

«Avant 2001 et la crise économique qui a suivi, c’étaient les Américains qui venaient au Nunavik, pour la chasse et la pêche. Aujourd’hui, 90 % des clients des pourvoiries sont canadiens. Les produits de tourisme d’aventure se sont développés grâce aux croisières de Cruise North et, aujourd’hui, les structures d’accueil sont là. Nous pensons qu’il faut cibler les Québécois et pas seulement les étrangers pour découvrir ce territoire sauvage unique, autant pour la nature que pour la culture.

«Pour diminuer les frais de transport, nous avons conclu une entente avec les compagnies aériennes Air Inuit et First Air; un rabais d’environ 1000$ sur le billet d’avion pour tout visiteur qui utilise les services d’un pourvoyeur local. On peut aussi échanger ses points Aeroplan avec First Air, mais il faut s’y prendre à l’avance.»

Des pistes pour faciliter l’accès
Dany Girard, directeur général d’Escapade boréale

«Notre idée, c’est de travailler avec les entreprises minières pour créer des fonds de développement touristique à long terme. Par exemple, on aimerait pouvoir bénéficier de sièges disponibles dans des avions transportant des travailleurs des mines pour les offrir à moindre coût aux touristes. Car l’accès est un des gros enjeux du Nord. Les mines ont une longévité d’environ 20 ans, mais si les mines peuvent contribuer au développement du tourisme, ça fait du développement durable, en bout de ligne.»

Du tourisme pour privilégiés?
Gilles Granal, propriétaire d’Aventuraid

«Autour de Girardville [au nord du Lac-Saint-Jean], on est intégrés à la zone sud du Plan Nord et, déjà, la difficulté majeure pour faire venir la clientèle, c’est le transport! Alors imaginez la chose encore plus au nord! Résultat: le tourisme reste un produit pour une clientèle fortunée…»

Pour une vision globale!
Valérie Courtois, Métisse d’origine innue, conseillère principale aux affaires autochtones, à l’Initiative boréale canadienne

«Les engagements qu’avait formulés Jean Charest nous rejoignaient sur le principe de précaution, qui vise à harmoniser le développement minier avec la conservation. Notre inquiétude, c’est que le développement industriel se fasse alors que la protection du territoire n’a pas encore été planifiée. On a toujours fait ça au Québec, notamment en foresterie: exploiter la ressource sans planifier la gestion globale du territoire.

«Charest aurait dû faire une tournée dans le Nord auprès de toutes les communautés autochtones, et pas seulement celles qui partagent sa vision, et affirmer qu’il voulait travailler en partenariat avec elles. Présentement, les jeunes des communautés sont très dynamisés, ils ont faim pour leur culture et leur identité; c’est le temps de leur donner la place qui leur revient dans le développement du Nord.»

Pour un partenariat gagnant
Pierre Gaudreault, directeur général d’Aventure Écotourisme Québec

«Il faut encourager le tourisme d’aventure dans le Nord, mais comme un tourisme de niche qui tient compte de l’environnement et réalisé dans le respect des communautés locales. Au Nunavik, par exemple, il faut que les séjours d’aventure soient organisés par des voyagistes établis dans le sud du Québec en partenariat avec des guides locaux pour garantir la fluidité du voyage du début à la fin. Dans notre organisation, nous travaillons beaucoup sur la formation des guides inuits pour s’assurer de la qualité de l’encadrement offert.»

Le Nord et ses mythes
Alain A. Grenier, professeur au Département d’études urbaines et touristiques, à l’UQAM, et rédacteur en chef de Téoros, revue francophone de recherche en tourisme

«Le défi du Nord québécois est immense, d’autant qu’il y a un autre Nord, le Nord canadien, qui est encore plus au nord, et qui est beaucoup plus avancé dans son développement touristique. Pourquoi aller au Nunavik quand on peut se rendre à meilleur prix au Nunavut?

«J’ai l’impression qu’on pense qu’il y a un Klondike qui s’annonce avec le Plan Nord. En tout cas, en ce qui concerne le tourisme, il n’y en a pas là, de Klondike. Il va y avoir un développement et il faut qu’il se fasse étape par étape.

«Avec un décloisonnement, le visage du Nord va changer. Ça, c’est le grand défi. Là, les gens du Sud vont lancer une alerte à l’authenticité. Il y a beaucoup de romantisme et de mépris à l’égard des gens du Nord, qui fait qu’on veut maintenir le Nord dans un état de sous-développement comme si c’était un gage d’authenticité!» •

Le Plan Nunavik
Nous avons demandé à l’organisation Kativik, qui gère notamment les parcs du Nunavik, de nous accorder une entrevue, mais elle souhaite d’abord connaître les décisions prises par notre nouveau gouvernement québécois avant de se prononcer sur le Plan Nord. En revanche, Kativik a publié son propre «Plan Nunavik», dont la neuvième annexe concerne le développement touristique. La stratégie, qui s’étend de 2010 à 2015, propose de développer un marché cible basé sur le tourisme de plein air et culturel, et basé aussi sur l’offre des communautés.