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Débats

Le mouvement du vélo-boulot-dodo à le vent dans les voiles

04-03-2019
Velo boulot dodo

Beaucoup ont troqué la voiture contre la bécane pour faire les courses ou aller au travail. Pourquoi pas vous?

Croiser l’écoconseiller Ian Segers sur son vélo, en plein cœur de Chicoutimi (lieu de fabrication du Bixi), en fait sourciller plus d’un. Il ne faut pas se le cacher, les pentes assez raides de cet arrondissement de Saguenay découragent plusieurs d’y faire la navette. Mais l’effet le plus saisissant est sûrement visuel : le vélo cargo électrique qu’il pilote est une véritable mule. Il le nomme d’ailleurs fièrement son VUS, ou «vélo utilitaire sport». Après tout, il reconduit fréquemment ses deux enfants à l’école, pour ensuite se diriger au travail. Été comme hiver

Grâce à l’assistance électrique, il franchit de grandes distances, affronte les pentes, chargé, sans arriver entièrement trempé à destination. Inévitablement, aussi, les économies qu’il réalise quotidiennement entrent en ligne de compte. Il mentionne l’aspect social, qui lui plaît: tout le monde le questionne aux feux de circulation pour en savoir plus sur sa bécane. Le sourire de ses enfants qui prennent le grand air à l’arrière le pousse à mouliner. Bref, l’activité dans son ensemble le charme. Il croit même dur comme fer qu’il s’agit du mode de déplacement du futur.

En explosion

Velo boulot dodo

Le phénomène du vélo-boulot pourrait bien être le prochain âge d’or des transports. À preuve, les infrastructures facilitant le déplacement à vélo poussent partout: bornes de stationnement (sous surveillance), stations de réparation et autres parcs de vélos en libre-service transcendent les limites des grandes métropoles. Même la politique s’en mêle: les plus récentes élections municipales québécoises ont vu nombre d’engagements électoraux naître autour d’un urbanisme plus sécuritaire et efficace pour le vélo.

Aujourd’hui, 1,9 million de Québécois enfourchent régulièrement la bicyclette pour se rendre au travail, à l’école ou ailleurs. Ça s’explique simplement: un travailleur sur trois vit à moins de 5 km de son lieu de travail, distance qui prend 25 minutes à faire en vélo, soit la moitié du temps en voiture durant l’heure de pointe.

1,9 million de Québécois enfourchent régulièrement la bicyclette pour se rendre au travail, à l’école ou ailleurs.

La liste de gains liés au transport actif est longue. Les navetteurs sur roues constateraient de profondes modifications dans leur quotidien. Effets bénéfiques sur la santé physique et mentale, diminution du stress, gain de productivité, fierté d’accomplissement, fin du casse-tête lié au stationnement et à la circulation, avantage financier relatif au délaissement de l’automobile… L’organisme Vélo Québec [NDLR: qui publie votre Géo Plein Air] chiffre à 32000$ sur cinq ans les économies réalisées en optant pour un mélange de transport actif et en commun.

Les municipalités profitent aussi d’une transition vers le vélo sur leur réseau routier : diminution des coûts d’entretien des infrastructures routières (l’usure résultant du passage d’une voiture équivaut à celui de 9600 vélos), gain d’espace (une voiture garée équivaut à 10 vélos stationnés) et, en théorie, amélioration de la qualité de l’air.

5 erreurs à éviter pour ne pas arriver exténué au boulot

 Trop loin, trop vite. Allez-y modérément; soyez réaliste dans les distances et le rythme.

Voyager surchargé. On en amène toujours trop. Évitez le sac à dos, privilégiez le porte-bagages et les sacoches.

Négliger sa monture. Nul besoin d’être mécano, mais un minimum de connaissances permet d’affronter les aléas.

Précipiter son départ. On se prépare le soir d’avant; on n’a pas le luxe de revenir à la maison illico en cas d’oubli.

Trop de pression. On devient plus rapide sur le trajet au fur et à mesure de sa pratique. Une période d’adaptation doit être respectée. Ne soyez pas pressé.

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Une routine à développer

Velo boulot dodo

Il est étonnamment simple d’adopter le vélo comme moyen de transport quotidien. Comme on dit, tout vélo est un bon vélo. Et pas besoin de posséder une garde-robe complète des vêtements techniques les plus récents pour se lancer. Il suffit d’être réaliste, préparé et enthousiaste. Ensuite, le plaisir croît avec l’usage.

Pour bien débuter, il est conseillé d’intégrer peu à peu les déplacements à vélo dans son quotidien afin d’arriver satisfait lors du premier trajet vélo-boulot, quitte à l’effectuer un jour de congé. Faites d’abord quelques courses, ou encore, utilisez le vélo pour vous rendre à un rendez-vous. Cela vous mettra en confiance et brossera un bon portrait de ce à quoi ressemble la vie de navetteur.

La routine des personnes qui transitent à vélo est fort différente de celles qui sont en voiture. La préparation change. Le choix des vêtements aussi. Peut-on se changer une fois à destination? L’activité physique effectuée a rapidement une incidence sur la santé (et le tour de taille !) du navetteur. L’alimentation mérite d’être ajustée en conséquence.

Vient ensuite le chargement. Au fur et à mesure de la pratique du vélo-boulot, on adopte certains trucs afin d’éviter la surcharge et l’encombrement. Trimballer l’ordinateur pour bosser à la maison le soir venu est-il nécessaire ? Avec l’infonuagique, on peut récupérer ses documents à partir d’un second appareil… Préférer les sacoches au sac à dos améliore aussi l’expérience.

 

L’habit fait-il le moine?

Pas besoin d’investir dans des vêtements de pointe pour se rendre au boulot sur deux roues, mais en même temps, l’expérience sera plus agréable si on s’habille de façon appropriée. Il s’agit essentiellement de trouver un équilibre entre ventilation adéquate et protection efficace. Pour certains, l’accès à une douche une fois à destination est un détail important. C’est une raison qui en décourage plus d’un d’aller bosser à vélo. Mais d’autres solutions existent: la serviette humide offre un rafraîchissement rapide et efficace, et certains vêtements conçus exprès pour le vélo-boulot sèchent vite, résistent aux odeurs et protègent contre les intempéries.

Attention: risque de dépendance

Velo boulot dodo

Pour Ian Segers, l’achat éventuel d’un second véhicule a été l’élément déclencheur pour passer au vélo. Le chercheur et doctorant en environnement, intrigué par la transition en cours, a littéralement perdu les pédales lorsqu’il a visionné le documentaire Less Car More Go, de Liz Canning, sur la popularité du vélo cargo électrique à Portland, en Oregon.

«C’était absolument tout ce dont je rêvais. Ma première réaction a été: c’est le deuxième véhicule dont j’ai besoin! Nous ne possédons donc qu’une seule automobile pour notre famille de quatre», raconte le chargé de cours à l’Université du Québec à Chicoutimi.

Ces vélos électriques sont devenus la coqueluche des navetteurs. Ils ménagent les utilisateurs en leur permettant de parcourir sans trop d’effort de longues distances. D’une vitesse moyenne variant de 18 à 30 km/h, ce type de vélo se révèle un moyen de transport parmi les plus rapides dans la circulation, surpassant le transport en commun et même l’automobile!

Évidemment, tous n’ont pas les mêmes besoins. Le vélo idéal pour le transport actif dépend du cycliste, du trajet à parcourir et de la charge à transporter. Une période d’essai à moyen terme vous donnera rapidement l’heure juste sur votre vélo. L’ajustement initial et un entretien plus soutenu deviennent indispensables : la selle, les pneus, la mécanique font toute la différence.

Dans les grands centres, un travailleur sur trois vit à moins de 5 km de son travail, ce qui prend 25 minutes à faire en vélo. Ailleurs en province, ça grimpe à un travailleur sur deux.

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Le vélo libre-service (VLS) est une option de plus en plus populaire. Cela résout trois problèmes récurrents vécus par les navetteurs : l’espace d’entreposage du vélo, son entretien et le risque de se le faire voler.

La prochaine génération de VLS promet de faire plus encore: des vélos cargos à la polyvalence redoutable accroîtront l’attrait du libre-service. L’arrondissement montréalais Rosemont–La Petite-Patrie planche sur un projet de «pôles de mobilité» à trois endroits stratégiques, lesquels offriront de tels vélos cargos. La tour de la Bourse (place Victoria), rue Gauvin, dispose déjà du sien. En attendant les premiers vélos électriques en libre-service…

Quoi qu’il en soit, le vélo est en pleine croissance, figurant en tête de peloton pour ce qui est de la meilleure option active en remplacement de l’automobile. De la santé publique à l’environnement en passant par l’urbanisme, plusieurs raisons poussent les administrations locales, régionales et même nationales à en faire la promotion comme moyen de transport quotidien. Si vous vivez à l’extérieur des grands centres, préparez-vous : cette petite révolution sur deux roues arrive à grands coups de pédales !

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