À la chasse aux beaux paysages
En septembre et octobre, la chasse à l’orignal chasse, c’est le cas de le dire, les randonneurs de partout dans les réserves fauniques. Enfin, presque partout, car depuis 2024, il existe dans la réserve faunique Mastigouche une zone verte exempte de chasse où les chasseurs ne risquent plus de tirer sur les randonneurs. Vive la randonnée automnale en territoire de chasse !
Sur une pointe de sable séparant le lac Shawinigan du Petit lac Shawinigan se trouvent depuis 1905 les chalets hérités du club Commodore, jadis un important club privé de chasse et pêche de la Mauricie. Ces splendides bâtiments en bois rond ont toujours hébergé, en septembre et octobre, des chasseurs aux trousses du gros ou du petit gibier.
Mais depuis 2024, la clientèle change. Le chalet 1 du secteur Shawinigan, un monument à la gloire des clubs d’antan, avec son immense salon chauffé par un foyer en pierre des champs, loge des familles non armées. Quand je demande à un père s’il est venu sur place pour initier ses enfants à la chasse au petit gibier, il me répond tout de go : « Absolument pas, nous sommes à la chasse aux beaux paysages ! »
Dans la réserve faunique Mastigouche, une petite révolution s’opère depuis l’automne 2024. La direction a créé dans le sud-est du territoire une « zone verte » de 148 km2 où il ne se fait plus de chasse à l’orignal. Grâce à cette pause, qui devrait perdurer, ce secteur de Mastigouche ouvre ses portes en automne, pendant l’apothéose des couleurs, aux randonneurs explorant les tronçons du Sentier national de la Mauricie et aux villégiateurs qui veulent profiter du temps frais au camping Saint-Bernard (ouvert les fins de semaine seulement du 19 septembre au 12 octobre 2025) et aux chalets des secteurs Saint-Bernard et Shawinigan (en location jusqu’au 19 octobre). Seule la chasse au petit gibier se poursuit du 4 octobre au 30 novembre 2025, mais les chasseurs ne doivent pas traquer les bêtes dans les sentiers pédestres. La direction recommande tout de même aux randonneurs de porter le dossard orange, au cas où.
Ce changement de cap s’explique par un déclin dans la réserve faunique Mastigouche de la population d’orignaux qui a atteint, d’après l’inventaire hivernal de 2023, 1,5 orignal/10 km2. En 2005, la densité était de 5,2 orignaux/10 km2, selon les chiffres du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.
Afin d’aider au rétablissement de l’espèce, la réserve faunique Mastigouche a pris la décision de réduire la pression de chasse pour les années à venir, libérant du territoire pour des activités non cynégétiques, mis à part à « la chasse aux beaux paysages ». « Nous avons saisi cette occasion pour créer une zone verte, car selon nous, c’était un scandale que ce magnifique secteur ne soit pas accessible aux randonneurs pendant la haute saison des couleurs », commente Francis Desjardins, directeur de la réserve faunique Mastigouche.
Sentier national et canotage
S’étendant sur 1650 km, le Sentier national au Québec trace sa voie sur une soixantaine de kilomètres dans la zone verte de Mastigouche, à travers les sentiers du Tonnerre, Saint-Bernard, Vianney-Guillemette et Roland-Leclerc. S’il est possible de parcourir ce long sentier en autonomie, en dormant en camping ou dans les refuges du Sentier national de la Mauricie, tels Le Saint-Bernard et Le Huppé, on peut également découvrir des tronçons en mode aller-retour, comme je l’ai fait avec mon ami Marc-André, en établissant un camp de base.
Le nôtre a été le chalet 6 du secteur Shawinigan, l’un des vestiges du club Commodore. Tous les chalets de cette zone nous plongent dans une atmosphère surannée où il n’y a rien de mieux à faire que pagayer (embarcations fournies) sur le lac Shawinigan, relaxer autour d’un feu de camp ou auprès du poêle à bois, fumer la pipe et boire un whisky. On pourrait passer la journée sur les berges, à contempler la forêt qui se métamorphose.
Il y a aussi de la randonnée en masse à faire. Des chalets du secteur Shawinigan, on accède, en traversant la passerelle séparant le lac Shawinigan et le Petit lac Shawinigan, au sentier Roland-Leclerc. Nous avons choisi de marcher en direction ouest vers le refuge Le Huppé. Chemin faisant, nous avons progressé sous une forêt de feuilles d’or, reliant des lacs sauvages et des ruisseaux en cascades. Le large corridor de marche permet d’aller côte à côte, facilitant les confidences. J’ai donc appris que mon ami Marc-André… Oups, faut pas que je l’écrive…
Trêve de plaisanteries ! Le nec plus ultra de cette zone verte, c’est le sentier du Tonnerre, qui nous mène sur une crête longue de 6 km, en bordure de la vertigineuse falaise Vianney-Guillemette. De ce promontoire naturel, nous admirons l’arrière-pays de Lanaudière et de la Mauricie (nous sommes à la limite des deux régions), parsemé d’étendues d’eau aux formes non définies.
On parvient à ce sentier par le camping Saint-Bernard ou encore par la route 2, tout près du refuge Saint-Bernard. De retour au secteur Shawinigan, nous pagayons jusqu’à plus soif sur le lac Shawinigan, tout heureux qu’enfin ce territoire ne nous soit plus confisqué par les apôtres de Nemrod.
En bref
La zone verte de la réserve faunique Mastigouche, en Mauricie, 148 km2 qui s’ouvrent maintenant à la randonnée et à la villégiature pendant la période des couleurs.
ATTRAIT MAJEUR
De la grande nature peu fréquentée.
COUP DE CŒUR
Le sentier du Tonnerre et sa crête de 6 km.





