La réconciliation avec Tremblant

  • Photos Simon Diotte

Souvent décrié par une certaine intelligentsia qui juge son design factice et son offre trop touristique, le village piétonnier de Tremblant a pourtant tous les atouts pour un superbe séjour de plein air. Laissez vos préjugés à la maison et préparez-vous à combiner aventure en nature et grand luxe.

Dormir sous la tente après une longue journée de randonnée par un beau soleil canadien, tout le monde adore. Mais se réfugier dans un abri de toile après une laborieuse journée de marche sous une pluie froide et constante, les pieds trempés et les mains gelées, est tout de suite moins séduisant. C’est là qu’un séjour « rando-hôtel » prend tout son sens : la flotte vous coule alors dessus comme l’eau sur le dos d’un canard.

C’est précisément l’expérience que nous avons vécue en mai en séjournant deux nuits au village piétonnier de Tremblant, niché au pied du versant sud de la station de ski emblématique des Laurentides. Nous avons randonné pendant trois jours, parcourant au-delà de 25 km de sentiers présentant 1000 m de dénivelé, sans jamais apercevoir le moindre rayon de soleil à travers les épais nuages. Le mercure a à peine dépassé les 10 oC. Le brouillard s’est installé à demeure au sommet du mont Tremblant. Le temps était si maussade, rivalisant avec les tristes journées de novembre, que même les oiseaux semblaient avoir fui les lieux tant ils étaient silencieux. Sur le massif du mont Tremblant, nous faisions partie des rares braves présents.

Avouons-le, en camping face à cette météo exécrable, nous aurions aussitôt battu en retraite et annulé nos excursions. Cependant, dans le confort d’un hôtel, en l’occurrence le Westin Tremblant, nous avons pu apprécier ce temps de chien. Les conditions météorologiques n’ont fait que souligner la chance que nous avions de profiter d’un pied-à-terre avec baignoire à remous extérieure, douche, restaurant et lit confortable après nos kilomètres de randonnée. Le lendemain, il était nettement plus facile de convaincre ma douce moitié de retourner fouler les pistes boueuses. Rien que pour ça, le village piétonnier a des pouvoirs magiques !

Bâti à partir de 1991, lorsque la station de ski Mont-Tremblant a été acquise par le groupe Intrawest de la Colombie-Britannique, le village piétonnier aux 1900 unités d’hébergement, dont l’architecture aux toits colorés s’inspire du Vieux-Québec, ne fait pas l’unanimité : village trop commercial de carton-pâte, critique-t-on. J’ai toutefois envie ici de nuancer ces critiques : le village piétonnier abrite encore maints bâtiments historiques de la station de ski inaugurée en 1939, dont de petits sur le sentier des Remparts, qui logent boutiques et restaurants. « Ce sont les anciens chalets du centre de ski », m’indique Catherine Lacasse, relationniste de l’Association de villégiature Tremblant, qui regroupe les hôteliers, les commerçants et la station de ski. Le bâtiment du premier inn y est toujours, là où se trouve le magasin général. La chapelle Saint-Bernard, près du lac Tremblant, évoque pareillement les débuts de la station.

Le village piétonnier donne directement accès aux pistes cyclables de la ville de Mont-Tremblant, de même qu’à ses sentiers de randonnée et à ceux du Domaine Saint-Bernard, un vaste territoire protégé situé tout près. Résultat : on séjourne pendant des jours au village sans jamais avoir besoin ni envie de prendre sa voiture. Une déconnexion totale. Une rareté dans un Québec touristique très dépendant de l’automobile.

L’expérience Tremblant

À notre arrivée, après un avant-midi au bureau, un ciel grisâtre et un mercure frais n’invitaient pas à la promenade. Nous avions cependant des fourmis dans les jambes après la longue route. À partir de notre hôtel, nous avons prospecté la Villageoise-de-Mont-Tremblant, une piste cyclable asphaltée de 13 km qui relie le Domaine Saint-Bernard, le vieux village de Mont-Tremblant et le centre de villégiature, et le cadre parfait d’une mise en jambes, en y courant doucement sur 7 km, alors que nous prévoyions la conquête du mont Tremblant le lendemain. Cette piste cyclable comporte de multiples crochets qui s’aventurent sur les rives de la rivière du Diable – une belle entrée en matière et un excellent prétexte pour apprécier la bonne bière et le souper que nous nous sommes offerts à la microbrasserie La Diable, une institution locale et l’une des premières microbrasseries au Québec, ouverte en 1995.

Après une nuit de grand confort alors que le temps était on ne peut plus mauvais à l’extérieur, nous nous sommes attaqués au mont Tremblant. Quatre pistes de randonnée – cinq en comptant la Sasquatch qui se connecte à la Vertigo à mi-montagne – mènent aux différents sommets de la station : le pic White (875 m), où aboutissent les remontées mécaniques, le pic Johannsen (930 m), le véritable sommet du mont Tremblant, qui se trouve à l’écart au nord, ainsi que The Edge (840 m), situé entre les deux.

Nous avons opté pour une piste que jamais je n’avais eu l’occasion de fouler : le sentier Johannsen – un accès direct au sommet du même nom –, présentant 5 km de longueur et 581 m de dénivelé, auquel on parvient après une courte balade sur le sentier Ruisseaux. Toutefois, en raison d’une crampe de cerveau, nous avons quitté le sentier à mi-parcours, en empruntant un autre qui a été créé expressément pour la Classique Tremblant, un événement de course en sentier qui se déroule en octobre. Ce sentier, qui a été le coup de cœur de notre séjour, évolue dans une forêt ouverte aux nombreux ruisseaux en cascade. Il conduit à la croisée des pistes Sasquatch, Vertigo et des Caps. Bien qu’absent sur les cartes de la station, il demeure accessible en tout temps, me confirment les responsables de la station. Mais il n’est pas entretenu régulièrement. Du coup, il faut enjamber quelques arbres obstruant le chemin. Ça ajoute un zeste d’aventure !

De là, nous avons rejoint le Sasquatch, 2,2 km de sentier assez pentu au dénivelé de 272 m qui mène à proximité du pic White. Son parcours sinueux et enchanteur se connecte au sentier des Sommets, qui relient les pics White et Johannsen en passant par The Edge. Étant plus près du premier, nous y sommes allés afin de nous mettre à l’abri de la pluie au Grand Manitou, le restaurant sommital de la station. Pas mal mieux que de manger notre pique-nique sous les gouttes !

À l’intérieur, nous avons retrouvé quelques touristes endimanchés. Ceux-ci avaient triché en montant à bord de la télécabine pour atteindre le pic White. Ils ont été punis de leur flemme par un brouillard dense qui cachait complètement la vue. Bien que nous non plus n’ayons rien pu contempler, nos vêtements sales et détrempés nous rappelaient notre victoire contre la gravité. Ma tendre moitié s’est néanmoins laissé tenter par la télécabine pour un retour express au pied de la montagne. Difficile de décliner sa proposition, étant donné qu’une baignoire à remous chauds nous attendait au Westin. Pourquoi languir sur la montagne plus longuement quand nos maillots nous appelaient ?

Au Domaine Saint-Bernard

Déjà, la ville, le travail et les responsabilités familiales nous interpellaient. Au jour 3, nous avons quitté notre chambre et repris la voiture pour nous rendre directement au Domaine Saint-Bernard. Notre plan de la matinée : récupérer de notre conquête du mont Tremblant en marchant sur le mont Onontio, qui fait moins de 400 m d’altitude. Un beau sentier en boucle conduit à son sommet, d’où on profite d’une vue sur le village et le mont Tremblant. Après cette randonnée de 6 km en partance de l’accueil, nous étions rassasiés de marche, quoique nous n’aurions pas refusé une autre soirée au restaurant et une troisième nuit à l’hôtel. On s’accommode très vite d’une vie de pacha, je vous le confirme.

Bonnes adresses

Léo boire + manger

Ouvert depuis un an dans le Westin Tremblant, le restaurant Léo offre une expérience de brasserie raffinée à la française. Le décor intérieur est splendide et le menu n’a rien à envier aux bonnes adresses urbaines. Oui, il est possible de bien manger au village piétonnier. Chouette terrasse sur la promenade Deslauriers par beau temps.

leotremblant.com

La Diable, microbrasserie

Fondée en 1995, cette institution du village piétonnier remplit toujours sa mission : étancher notre soif tout en nous servant un bon repas de style pub. Belle terrasse (dont nous n’avons pas pu profiter, hélas).

microladiable.com

Bagel Boréal

Situé dans le centre-ville de Mont-Tremblant, Bagel Boréal confectionne des sandwichs sur bagels frais aux saveurs internationales, comme un sandwich libanais et un vietnamien. Délicieux.

bagelboreal.ca

À ne pas manquer

La Classique Tremblant, un événement de course en sentier, comporte des épreuves de 1, 3, 5, 10, 20 et 30 km. La prochaine édition se tient le 18 octobre.

tremblant.ca

Le Westin Tremblant fait peau neuve

Le village piétonnier regroupe 1900 unités d’hébergement, parmi lesquelles on compte les 122 chambres du Westin Temblant. Cet hôtel subit actuellement une cure de jouvence. La refonte du rez-de-chaussée est déjà terminée. La rénovation complète des chambres est en cours. Son gym tout neuf impressionne par le nombre et la qualité de ses appareils : il donne presque envie de rester à l’intérieur. On y trouve une station d’eau proposant un choix d’eaux infusées rafraîchissantes. Faites le plein avant de partir à la montagne.

En bref

La découverte de l’offre plein air et de randonnée « bottes aux pieds » du centre de villégiature Tremblant.

ATTRAIT MAJEUR

De belles randonnées sur le massif du mont Tremblant, au Domaine Saint-Bernard et dans les sentiers municipaux.

COUP DE CŒUR

Le sentier sans nom, partie intégrante de la Classique Tremblant, qui relie les sommets Johannsen aux sentiers Sasquatch, Vertigo et des Caps.

Notre journaliste a été invité par l’Association de villégiature Tremblant.