La métamorphose d’un sentier phare

  • Photos Gilles Morneau

Depuis son ouverture en 2004, on estime que le sentier des Falaises de Vallée Bras-du-Nord a été foulé par pas moins de 150 000 marcheurs. D’importants travaux de réfection entrepris il y a quatre ans lui ont refait une beauté et ont donné lieu à l’ajout de sections encore plus spectaculaires.

Peut-on affirmer que les sentiers sont vivants ? Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils sont en constante mutation. Le passage des randonneurs les use, les coups d’eau les lessivent, le gel et le dégel les fragilisent. La végétation y pousse ou y meurt. À l’image des humains vieillissants, les sentiers se dégradent avec le temps et deviennent de moins en moins attractifs, parfois au point d’avoir besoin d’une cure de rajeunissement.

C’est un peu l’histoire du sentier des Falaises, victime en quelque sorte de sa popularité auprès des marcheurs aguerris, qui apprécient le défi que représente sa longueur (8,5 km) et son dénivelé (687 m). D’autres atouts contribuent à son charme, comme le refuge des Falaises, un abri permettant d’étirer l’expérience sur deux jours, ainsi que quelques traverses de ruisseau et de nombreux points de vue sur la vallée et sur la chute Delaney, cette cascade haute de 150 m qui coule sur le versant d’en face.

Etienne Beaumont est directeur adjoint de la coopérative Vallée Bras-du-Nord et responsable du Projet en marche, un programme de réinsertion socioprofessionnelle chapeauté par la coopérative depuis ses débuts. Il a dirigé l’équipe qui a procédé aux travaux de mise à niveau. « Chaque année, nous recrutons dans la région une dizaine de jeunes en difficulté et nous les faisons travailler sur les sentiers. Notre équipe de professionnels les aide à faire face à leurs problèmes – liés à la dépendance, à la délinquance, à la violence familiale, etc. Une expédition en région sauvage les récompense en fin de saison. Nous sommes fiers de pouvoir dire que 75 % d’entre eux retournent aux études ou trouvent un emploi après leur participation au programme. »

L’équipe s’est d’abord attaquée à la première partie du sentier, essentiellement une montée, qui va du fond de la vallée jusqu’à un plateau situé 400 m plus haut. Etienne Beaumont résume les difficultés liées à cette portion : « Nous sommes ici en terre privée, et à l’époque, nous avons obtenu les droits de passage à condition de garder le sentier à l’intérieur d’un couloir précis. Cela impliquait la construction de lacets, alors que l’idéal aurait été d’étirer le tracé plus loin latéralement. Au fil du temps, les marcheurs ont commencé à couper en ligne droite entre les lacets, traçant des couloirs que les fortes pluies ont érodés encore davantage. »

 

N’ayant toujours pas reçu l’autorisation de prolonger le sentier au-delà des limites actuelles, l’équipe de jeunes a déplacé d’énormes roches, une par une, à l’aide de treuils mécaniques, et les a disposées en escaliers. C’est une tâche colossale, mais son résultat a le mérite de faciliter la montée et de résister à tout jamais à l’érosion. Ce faisant, un nouveau point de vue a été créé, idéal pour faire une pause lors de l’ascension. Des cordes ont été utilisées pour délimiter les lacets et éviter les raccourcis. Des semis ont également été plantés pour stabiliser les pentes. « Nous espérons que les marcheurs sauront respecter ces barrières. Nous allons aussi ajouter de la signalisation pour les informer de l’importance de suivre le tracé du sentier. »

Le deuxième tronçon du sentier longe la montagne jusqu’au refuge des Falaises. Dans cette partie, les travaux ont consisté à drainer et rerouter les zones humides. Les sites offrant des points de vue ont également été élagués, car les conifères avaient suffisamment poussé en quinze ans pour bloquer la vue. La terrasse du refuge était en fin de vie ; sa réfection est une priorité pour l’été 2025.

La dernière section du sentier, qui va du refuge jusqu’au cap Bédard, est celle ayant subi la plus belle métamorphose. Etienne Beaumont est particulièrement fier du travail qui y a été accompli : « Nous savions depuis longtemps qu’il existait une autre possibilité que le tracé original ; elle posait un défi technique majeur mais menait à une superbe crête, à une cascade, à des falaises et même à une clairière qu’on ne s’attend pas à trouver dans un tel secteur, à flanc de montagne. »

Ce tronçon étant éloigné et difficile d’accès, y amener quotidiennement les jeunes du programme aurait été trop coûteux en temps et en efforts. C’est donc l’équipe de travailleurs de sentiers de Vallée Bras-du-Nord qui a pris le relais. « Tous les matériaux ont été déposés dans la clairière par hélicoptère. Il a ensuite fallu transporter le bois à bras pour bâtir un pont et des plateformes de camping. Une grande partie du bois a été employée sur les lieux pour construire une passerelle permettant de franchir la clairière, un milieu humide. Nous l’avons assemblée par sections déposées sur l’herbe. En cas de montée des eaux, la passerelle flotte, puis elle reprend sa place lorsque l’eau se retire. »

Plus loin, le nouveau sentier passe maintenant devant une jolie cascade, puis traverse le cours d’eau sur un pont qui se devait d’être arqué et surélevé pour s’appuyer sur le roc. Ce pont a été érigé par les experts de l’entreprise Gestion Inlandsis en pliant et en collant sur place des lames de bois. Le résultat impressionne.

L’équipe de sentier s’est ensuite attaquée à une section de falaises qui s’est avérée la plus compliquée à travailler mais également la plus spectaculaire du sentier. « Nous avions d’abord prévu la construction d’un escalier en bois, mais en explorant plus à fond le secteur, nous nous sommes aperçus qu’il était possible de gravir la falaise en empruntant des corniches. Après avoir sondé avec des outils métalliques les endroits où la couche de végétation recouvrant la roche-mère était la plus mince, nous avons décapé de longues sections à la pioche. Il ne restait qu’à chercher aux alentours des rochers pour former des marches. Le choix était limité… Tous les cailloux ont été réquisitionnés, il n’en subsiste pas un seul ! Il a fallu les déplacer à l’aide de treuils. Certains étaient si gros que nous avons failli déraciner les arbres auxquels les treuils étaient attachés ! »

La montée sur roche ainsi créée est aussi épatante pour les bottes que pour l’œil. Le sentier se faufile à l’ombre d’immenses blocs rocheux parfois en porte-à-faux. Il suit habilement les strates rocheuses, sécurisé par endroits au moyen de câbles. Cette section demande un peu plus d’efforts, mais elle respecte le niveau de difficulté général du sentier.

Le point culminant demeure le promontoire au sommet du cap Bédard, qui a été nettoyé et élargi. C’est dans ce secteur que seront aménagées les plateformes de camping dès qu’une entente sera conclue avec la zec Batiscan-Neilson, responsable de cette partie du territoire. Lorsque vous vous y arrêterez pour admirer la vue, qui porte jusqu’au fleuve par temps clair, ayez une pensée pour les équipes qui ont ouvert et rénové ce sentier. Songez à toutes les contraintes logistiques, légales et financières auxquelles les gestionnaires sont confrontés pour assurer l’accès à des sites aussi exceptionnels, et de grâce, restez sur le tracé du sentier afin de réduire l’incidence de votre passage !

En bref

Cure de jouvence du sentier des Falaises, sentier phare de Vallée Bras-du-Nord, à Saint-Raymond, ayant exigé quatre ans d’efforts et des investissements massifs.

ATTRAIT MAJEUR

Un bon défi physique en traversant différents milieux et en jouissant de vues grandioses sur la vallée et la chute Delaney.

COUP DE CŒUR

Le nouveau tronçon entre le refuge des Falaises et le cap Bédard, où le sentier longe une cascade et grimpe sur une muraille de granit.

Les chiens tenus en laisse sont admis sur ce sentier.

 

valleebrasdunord.com