Camp de base à La Malbaie
On le sait, Charlevoix est un terrain de jeu formidable. Et La Malbaie est le parfait camp de base pour en profiter. Récit d’une escapade emplie de rires, de belles rencontres et d’expériences sportives uniques.
L’ambiance est à la fête au bar de l’auberge de jeunesse La Secousse, à La Malbaie. Ça parle fort, ça rit à gorge déployée, et les épaules des buveurs balancent au rythme de la musique techno. À chaque table fusent les anecdotes de cette journée passée sur les pentes ou dans les sentiers.
Il y a Sylvie et David, un couple du Saguenay, qui reviennent les joues rougies d’une journée de raquette au parc national des Grands-Jardins. Devant leurs assiettes de fish and chips faits maison, ils assurent que le mercure printanier en cette mi-mars n’a pas encore trop entamé l’épaisse couche de neige laissée par cet hiver généreux.
Plus loin, accoudés au bar, deux amis dégustent, bien heureux, leur pinte de bière et leur mac’n’cheese au porc effiloché concocté avec deux fromages de la région. Ils reviennent tout juste du mont Édouard, à une centaine de kilomètres de La Malbaie, où ils se sont adonnés au ski de haute route. « Là-bas, on est en pleine forêt. Tout en haut, on ne voit que des montagnes et de la neige. Ça donne l’impression d’être au milieu de nulle part », s’extasie Daniel, de Saint-Donat, la tête emplie d’images de poudreuse à perte de vue.
Chantal et Léandre, eux, ont usé leurs peaux de phoque au Mont-Grand-Fonds, pas très loin de l’auberge. Les yeux illuminés, ils évoquent avec émotion la magnifique vue à 360° qu’on découvre une fois au sommet. Et comme la remontée ne prend que de 45 à 60 minutes, ni l’envie ni les forces ne manquent pour enchaîner les descentes, dit le couple de Québec, le sourire convaincant. « Ailleurs, la journée est finie après une seule descente. Pas ici », fait valoir Léandre.
Au milieu de ce joyeux tumulte, David Huot ne boude pas son plaisir. C’est pour des soirées comme celles-là que ce randonneur expérimenté a créé cette auberge. Après avoir parcouru l’Appalachian Trail en entier, il a acheté en 2012 cette ancienne maison du médecin Arthur Leclerc, ancien ministre de Duplessis et grand-père de notre Jean Leloup national. Il l’a baptisée La Secousse en référence à l’activité sismique de la région, mais aussi pour donner le goût au monde de se secouer les puces.
La Secousse fait partie du réseau Saintlo, un organisme d’économie sociale qui s’est donné la mission d’offrir un type d’hébergement à prix modique, axé sur les rencontres et les découvertes, et qui regroupe six établissements au Québec et en Ontario. David Huot partage cette même philosophie. Ce bon conteur à la voix qui porte se fait un plaisir de raconter ses aventures, comme son épique traversée aller-retour du Grand Canyon, tout en servant ses bières de microbrasseries. « Et toi, tu as fait quoi de ta journée ? » demande-t-il avec un intérêt non feint.
De mon côté, j’avais arpenté avec délectation les sentiers de raquette et de ski de fond des Sources joyeuses. Ce centre de plein air municipal offre pas moins de 42 km de pistes de ski classique et 13 km pour le pas de patin. On y trouve également 16 km de sentiers de raquette et 5 km à l’usage de la marche hivernale.
C’est là que j’ai rencontré Marc, un fondeur qui cumule près d’un demi-siècle d’expérience sur ses planches. Ce retraité à l’allure athlétique de Sainte-Agnès (un village maintenant rattaché à La Malbaie) file le parfait bonheur en allant y faire son tour quelques fois par semaine. Il affectionne tout particulièrement les tracés tout en circonvolutions. « On peut skier longtemps sans s’éloigner beaucoup. À mon âge, on y pense. S’il arrive un pépin ou un accident, on peut revenir assez facilement au chalet », souligne-t-il.
Sur les hauteurs de Baie-Saint-Paul
Profitant du beau temps, je poursuis ma route vers Baie-Saint-Paul dans l’intention d’aller me promener sur le Sentier de la baie. Ce tronçon du Sentier national au Québec (SNQ) débute au bureau d’information touristique de Charlevoix, proche du mont Gabrielle-Roy, et se termine dans le charmant centre-ville – au total près de 12 km sur une route de gravier, un sentier à travers la forêt, une piste multifonctionnelle et, finalement, les rues de la ville.
Mais comme je veux simplement faire de la raquette et que le stationnement du bureau d’info n’est pas déneigé en hiver, je me rends en voiture directement au bout du rang Saint-Antoine Sud, là où le plaisir commence. De là, j’emprunte le chemin d’accès vers des tours de télécommunication pour ensuite piquer dans le bois et amorcer un bon dénivelé de 400 m sur 4 km, en direction du Saint-Laurent.
Je serpente entre les sapins et les bouleaux, franchissant de temps à autre de jolies passerelles bien entretenues. La neige est épaisse, le ciel est bleu, les oiseaux chantent. Mais je ne vois pas le fleuve, à deux exceptions près. Ma déception s’efface quand je parviens à proximité de la baie, d’où on aperçoit la silhouette de la ville sur un fond montagneux.
De retour à l’auberge, je croise des membres de la section canadienne du Ski Club international des journalistes. Depuis quatre jours, ceux-ci partent chaque matin dévaler les 23 pentes de ski alpin ou s’élancer sur les 140 km de pistes de ski de fond de Mont-Grand-Fonds. L’un d’eux, René, ne tarit pas d’éloges à propos de ces dernières. « Comme elles sont très larges, c’est parfait pour le pas de patin. Et les conditions de glisse sont encore étonnantes à ce temps-ci de l’année ! » s’exclame-t-il.
Les fondeurs de tous niveaux y trouveront une piste qui leur sied. Alors que les débutants s’initient sur les courtes distances, les experts se mettent à l’épreuve sur des trajets difficiles de plus de 20 km qui ondulent entre lacs et montagnes. Quatre refuges sont à leur disposition pour reprendre leur souffle. « On peut s’amuser longtemps », résume René.
Ski et chiens
Je reprends la route vers Saint-Siméon le lendemain matin, en me maudissant d’avoir raté une question musicale au quiz night de la veille, organisé à l’auberge.
Au chalet d’accueil de la station ÖBois Charlevoix, une quinzaine d’amis de Québec achèvent leur déjeuner. Ils ont monopolisé tous les refuges pour venir célébrer le 40e anniversaire de l’une des leurs, Rachel, et faire du ski hors-piste. Leur plaisir suprême ? Dévaler un mur à 45° qui leur procure une poussée d’adrénaline. « Il n’y a rien de pareil au Mont-Sainte-Anne ou au Massif de Charlevoix ! » affirme Louis-Charles.
Je chausse plutôt mes raquettes pour emprunter le sentier de l’Orignac Centre, un aller-retour de 12,4 km pour gravir la montagne des Taillis d’où, à 577 m d’altitude, l’on peut admirer le fleuve.
Ma journée se termine par une initiation au skijoring chez Bosco Charlevoix, juste à la sortie du village. « On appelle aussi ça du ski attelé », m’expliquent Roxane Lazzaroni et Antoine Forest-Côté, tous deux guides de kayak en été et mushers de traîneaux à chiens en hiver. Le couple possède une trentaine de chiens de race alaskan.
C’est tracté par l’un d’eux que je m’élance dans les kilomètres de sentiers, regrettant de n’avoir apporté que mes skis de fond. Les freinages en chasse-neige auraient été plus francs en ski alpin. Mais peu importe, le plaisir est au rendez-vous. « Je ne savais pas que ça existait ! » s’exclamera Pierre, mon voisin de table au souper à l’auberge. « Il faudra que j’essaie ça ! »
Ce sentiment est partagé. Lorsqu’on reprend la route 132 en direction de la maison, c’est avec la promesse à soi-même de revenir découvrir tout ce qu’on n’a pas eu le temps de faire.
EN BREF
La Malbaie, un camp de base parfait pour multiplier les sorties sportives.
ATTRAIT MAJEUR
Mont-Grand-Fonds, pour ses pistes de ski en tous genres et ses sentiers de raquette.
COUP DE CŒUR
L’accueil chaleureux de Roxane et Antoine chez Bosco Charlevoix.


