Le « Far West » de l’Outaouais

  • Le Rocher à l'oiseau Crédit Anne Pélouas

Le Pontiac, c’est un territoire peu peuplé, coincé entre la majestueuse rivière des Outaouais et les forêts profondes du Bouclier canadien. Quand on s’y rend, on a l’impression de partir à l’autre bout du monde. Et pourtant, on ne se trouve qu’à une heure de route de Gatineau. Bienvenue dans le Far West du Québec, un territoire encore à défricher par les amateurs de plein air.

Vous connaissez la « civilisée » région de l’Outaouais avec sa panoplie d’activités de plein air, mais dans le Pontiac, oubliez les foules et les autoroutes. Même les dépanneurs et les stations-service ne courent pas les rues. Peut-être n’avez-vous jamais entendu parler, comme moi, de Sheenboro (population de 113 habitants), d’Otter Lake (929 habitants) et de Rapides-des-Joachims (154 habitants). Tout cela a piqué ma curiosité, et je n’ai pas été déçue. J’ai découvert que ces localités constituent des portes d’entrée privilégiées pour accéder à une nature indomptée, avec des forêts et des rivières encore peu fréquentées.

Dans les campings de la région, on plonge dans un univers un peu cow-boy. Les roulottes et les caravanes motorisées sont souvent la norme, et les petites tentes, l’exception. N’y cherchez pas une avalanche de « services » ni de toilettes quatre étoiles. Toutefois, les emplacements de ces campings, la plupart jouxtant la rivière des Outaouais, valent le déplacement pour y séjourner quelques nuitées.

 

Premier arrêt dans cette virée sur la route 148 : Mansfield-et-Pontefract. Au bout du chemin Esprit, après avoir croisé quelques chalets de guingois, on débarque quasiment au Far West à la mode québécoise, où les motomarines remplacent les chevaux. L’heure de la pizza, mets populaire à des kilomètres à la ronde, a sonné à la cantine. À Esprit eau vive international, compagnie réputée de rafting qui occupe une péninsule s’enfonçant dans la rivière des Outaouais, l’ambiance rappelle celle des auberges de jeunesse. Passé le premier choc, on est vite conquis, autant par la pizza dégustée au coucher du soleil sur la plage que par les emplacements de camping sur la pelouse.

Grand manitou des lieux, Jim Coffey organise des sorties en rafting dans les bouillonnants rapides tout près de l’île du Grand Calumet – rapides difficilement accessibles à pied. Pour les amateurs de sensations moins fortes, les abords de la péninsule où loge Esprit, avec une large baie ouvrant sur la rivière des Outaouais, sont parfaits pour une balade en planche à pagaie, en canot ou en kayak.

Autre option de camping à Mansfield-et-Pontefract : la Base Macrocarpa. C’est rudimentaire, mais situé en bordure de la rivière que Samuel de Champlain avait baptisée « rivière des Algommequins ». Par contre, gros avantage : il est tout près du Cycloparc PPJ, une piste cyclable de 92 km qui parcourt une grande partie du Pontiac en empruntant une ancienne voie ferrée.

Cette véloroute en poussière de roche et gravelle s’éloigne à quelques reprises de la route 148 et permet – en faisant de petits écarts – de rejoindre plusieurs plages désertes, à pied ou à vélo, ainsi que le parc des Chutes Coulonge, où se trouvent trois chutes, dont une de 48 m qui dévale dans un profond canyon de 1 km de longueur. Sur ses parois sillonne un parcours enlevant de via ferrata.

Dans une forêt enchantée

Au nord de Mansfield-et-Pontefract, le décor change complètement : la rivière des Outaouais s’éclipse pour laisser la place à une forêt de 4000 acres, la forêt Davidson. Ce riche écosystème abrite une chênaie rouge à pin blanc, des noyers cendrés, des ormes et d’autres raretés comme des hélianthes à feuilles étalées, en plus d’héberger un des plus gros ravages de cerfs de Virginie au Québec.

On approche ce territoire avec précaution, de préférence dans une sortie guidée avec la coopérative de solidarité plein air Aventure Hélianthe, ou du moins en passant par elle afin d’obtenir de l’information sur les sentiers existants. Planifiez au moins deux jours pour parcourir l’ensemble du réseau. Les sentiers sont étroits et aménagés au minimum, et comptent deux tentes prospecteur en chemin. La randonnée en met plein la vue. On passe par de sombres sous-bois pour aboutir sur des escarpements rocheux, ou de passages perdus en bordure de lac qui grimpent jusqu’à un sommet complètement dégagé offrant une vue spectaculaire.

« À terme, nous voudrions faire de cette forêt un parc régional », nous confie le vice-président d’Aventure Hélianthe, Louis Harvey, qui habite une maison quasiment adossée à la forêt. « Pour notre famille et celle de nos voisins, c’était notre cour arrière, notre terrain de jeu été comme hiver », raconte-t-il. L’idée de la coopérative est née d’un travail d’étudiant en kinésiologie de son fils, Guillaume Harvey, qui dirige maintenant la coop. Créé en 2018, l’organisme ne cesse de se développer depuis, administrant par exemple la plage municipale du Pont blanc et son camping qui voisine la rivière Coulonge.

Art rupestre

Le réseau pédestre du Rocher-à-l’Oiseau se mérite. En poursuivant la route à l’ouest de Waltham (381 habitants), les aventuriers doivent se taper des kilomètres de chemins de plus en plus tortueux en voiture, où le danger d’un engloutissement dans une flaque de boue n’est pas que théorique. Si vous êtes au volant d’une petite voiture ou d’une fourgonnette, arrêtez-vous avant qu’il ne soit trop tard, surtout après de fortes pluies. Par prudence, je me suis garée sur le bas-côté avant une descente abrupte et j’ai sorti le vélo de l’arrière de l’auto afin de rejoindre le départ du sentier, 2 km plus loin.

Chantal Lair, commissaire au marketing touristique de la MRC de Pontiac, promet une amélioration prochaine de la signalisation routière. On ne s’en plaindra pas ! Toutefois, la route demeurera peut-être longtemps dans un tel état. Pas pour rien que Chantal Lair recommande aux aventuriers de vérifier au préalable la condition du chemin d’accès sur la page Facebook du Sentier du Rocher-à-l’Oiseau. Un randonneur averti en vaut deux.

Le sentier promis ne se limite pas à ses richesses naturelles, comme c’est souvent le cas au Québec. Il mène à un site sacré algonquin. Il y a des lunes et des lunes, sur la falaise du Rocher-à-l’Oiseau, des chamans ont peint à la main des pictogrammes avec un mélange d’ocre rouge et de graisse animale. Malheureusement, le sentier ne nous permet pas de les contempler, car elles planent au-dessus de l’onde, à la base du rocher. De toute façon, il en reste très peu de traces, mais ce sentier, qui compte 9 km aller-retour, permet de prendre le pouls de ce site hors normes.

Au sommet du Rocher-à-l’Oiseau, qui abrite un écosystème forestier exceptionnel où poussent plusieurs plantes figurant sur la liste des espèces menacées au Québec, on jouit encore d’un panorama saisissant sur la rivière des Outaouais, dont on ne se lasse jamais. De là, un sentier descendant de 1,5 km mène à la pointe à l’Oiseau, où l’on contemple, à bonne distance, la fameuse falaise. Une plage providentielle, où le camping est gratuit, se fait invitante de l’autre côté de la pointe.

Au Far West du Far West

Pas le choix ensuite d’être infidèles au Québec si on veut mettre le pied à Rapides-des-Joachims, à l’extrême ouest du Pontiac. Entre Sheenboro et Rapides-des-Joachims se trouve une zec aux chemins plus que tortueux, prévient Chantal Lair. Marche arrière, donc, vers la route 148, avec halte à L’Ancienne Banque, une microbrasserie sise à Chapeau, bled qui fait désormais partie de la municipalité de L’Isle-aux-Allumettes. On hésite entre l’Hypotheque Ale et l’Oiseau Rock Stout, mais la seconde l’emporte, en rappel gouleyant de notre randonnée du jour.

De retour à Waltham, on franchit successivement la rivière des Outaouais puis la « frontière » ontarienne. Ce retour à la civilisation des stations-service et des chaînes de restauration rapide est temporaire. Soixante-dix kilomètres plus loin, un pont nous ramène au Québec, à hauteur de Rapides-des-Joachims, nom de village qui fait référence aux rapides qui ponctuaient autrefois la rivière des Outaouais dans ce secteur. Ceux-ci ont été ennoyés par la construction de barrages.

« Bienvenue dans notre village gaulois, ainsi désigné parce que nous sommes très isolés du reste du Pontiac et que nous vivons entourés d’Ontariens », s’amuse Étienne Desnoyers, propriétaire des Guides de la vallée Dumoine, une petite auberge de style pourvoirie au sud de l’île de Rapides-des-Joachims, qui propose location de canots et service de navette pour descendre la rivière Dumoine.

Le camping municipal McConnell nous accueille sous de grands pins près de la plage. Voilà un camp de base parfait pour découvrir les Sentiers de l’île, un réseau d’une quarantaine de kilomètres de pistes réservées au vélo de montagne et à la randonnée pédestre qui permet d’explorer ces lieux de fond en comble. Tranquillité assurée sous un beau couvert forestier, mais jamais loin de l’eau…

Dans le monde des « canoteurs-portageurs », Rapides-des-Joachims est surtout reconnu comme la porte d’entrée de la fameuse rivière Dumoine, un cours d’eau totalement vierge qui dévale le Bouclier canadien sur 140 km. Plusieurs options de descente sont proposées, du parcours d’une journée à la longue expédition digne des premiers explorateurs. Malheureusement, c’était déjà pour moi l’heure de rentrer au bercail. Pas de canot cette fois, mais ce sera une très bonne raison de revenir dans le Pontiac, d’autant que j’ai aussi repéré un archipel à faible distance d’une plage près de l’ancien fort William. Archipel qui mérite sûrement une grande sortie.

EN BREF

Une virée de 350 km de Quyon à Rapides-des-Joachims, détours compris, dans la méconnue région du Pontiac.

ATTRAIT MAJEUR

La randonnée au Rocher-à-l’Oiseau, incluant un aller-retour « cardio » à la plage.

COUP DE CŒUR

La forêt de Davidson, presque intouchée, avec de petits sentiers que peu de personnes ont encore foulés.

tourisme-pontiac.com