Présenté par Tourisme Percé
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Lumière d’automne sur Percé

Amoureux de lumière d’automne? Rendez-vous à Percé pour les plus belles randonnées.

Les sentiers qui veulent rester dans l’ombre

  • Photos Simon Diotte

Dans les années 1970, quelques skieurs tracent, pour leur bon plaisir, une piste dans les hauts sommets qui relient Lac-Supérieur à Saint-Donat. Ils ne se doutaient pas que ce chemin deviendrait une mecque du ski de fond et une destination prisée pour la randonnée pédestre. Bienvenue dans le Réseau Inter-Centre !

Des rêves de grandeur, André Laperrière en a toujours eu. Dans les années 1970 et 1980, il effectue des expéditions en ski de fond, dont la traversée du Québec sur 2000 km, de Mont-Tremblant jusqu’à Kuujjuaq. Après ses études, il bosse au sein d’un organisme, subventionné par l’État, qui vise à relier Saint-Jérôme à Saint-Donat par une piste de ski de fond, en passant par les villages.

Ce vaste et ambitieux projet prévoit la construction de refuges le long du parcours et la conclusion d’ententes pour des droits de passage. Malheureusement, les municipalités n’embarquent pas. Plutôt que d’ouvrir des pistes, les villes procèdent plutôt à leur destruction massive. À l’époque, les pistes de Jackrabbit disparaissent au profit du lotissement sans que ça émeuve grand monde.

Par conséquent, le projet meurt dans l’œuf – il se matérialisera plus tard sous la forme du parc linéaire du P’tit Train du Nord –, mais un secteur concrétise le rêve d’André Laperrière. Quelques années auparavant, Claude Talbot, Jacques Fournier, Léo Chabot et d’autres compagnons de route vont à contre-courant de l’époque. Ils tracent, avec les moyens du bord, un circuit de longue randonnée en ski reliant Saint-Donat à Lac-Supérieur en passant par Val-des-Lacs.

Cette piste prendra par la suite le nom de Sentier Inter-Centre, avant d’être finalement nommée Réseau Inter-Centre. Un parcours né à l’écart des bureaux des municipalités et des gouvernements, mais qui a dans son ADN le rêve de relier les villages en ski. « Nous avons débroussaillé la piste sans demander l’accord à personne », raconte Claude Talbot, 80 ans, que Géo Plein Air a rencontré dans son chalet de Lac-Supérieur.

 

UN RÊVE DE CHUMS

Pourquoi avoir créé ce sentier ? « C’était un rêve de chums, résume Claude Talbot. J’avais un chalet à Lac-Supérieur et mon ami Jacques Fournier en avait un au bord du lac Archambault, à Saint-Donat. Nous nous sommes dit : pourquoi ne pas nous rendre visite en ski ? » explique-t-il.

Au départ, un groupe d’amis, qui se sont connus au sein du club de canot-camping Les Portageurs, s’amuse en traçant des pistes dans la montagne Noire. « Nous cherchions d’abord à rejoindre en ski le site du Liberator Harry – lieu d’écrasement d’un avion de la Seconde Guerre mondiale. Puis nous avons poussé notre quête toujours plus loin », relate Jacques Fournier, cantonnier dans le métro de Montréal aujourd’hui à la retraite.

Progressivement, un sentier d’une trentaine de kilomètres voit le jour, qu’entretiennent surtout les Portageurs et les membres du Club de montagne le Canadien (CMC). « Nous le parcourions d’une traite », se rappelle Claude Talbot. L’organisation de la Traversée des Laurentides l’utilise aussi lors de ces événements annuels, mais il s’agit d’un sentier non officiel, dont les fondateurs n’ont demandé aucun droit de passage sur les terres de la Couronne.

Arrive de nouveau dans le décor André Laperrière, qui obtient le mandat dans les années 1980 de rendre ce sentier praticable en toutes saisons. Son équipe dévie la piste là où elle traverse des milieux humides. L’Inter-Centre devient une infrastructure plus officielle, même si son tracé ne sera homologué auprès du ministère concerné (aujourd’hui ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles) qu’en 1996.

La Corporation des sentiers de grande randonnée des Laurentides est créée dans le but d’assurer la pérennisation de ce sentier de 28 km. Celle-ci fait l’acquisition, en 1985, du refuge du lac de l’Appel, une cabane de chasseurs, puis du refuge Le Nordet quelques années plus tard. C’est ainsi que l’Inter-Centre passe en mode longue randonnée. Cette fantaisie de quelques amis a pris une forme inattendue.

QUE DE L’HUILE DE BRAS

Une des particularités du Réseau Inter-Centre, c’est qu’il survit grâce au bénévolat. « C’est un miracle que ça marche encore ainsi », dit Jacques Fournier, 78 ans, un des cofondateurs. L’avantage de l’huile de bras, c’est que l’accès à ce réseau demeure gratuit, tout comme ses stationnements, aménagés aux frais des municipalités.

Seule la location des refuges apporte des revenus à la Corporation, qui les réinvestit dans le sentier. « Nous faisons assez d’argent pour nous garder fonctionnels et nous ne cherchons pas à en faire plus », soutient André Marcoux, 68 ans, ingénieur forestier à la retraite et actuel président de l’organisme, en poste depuis sept ans.

Le souhait des têtes dirigeantes : rester dans l’ombre ! « Nous recevons déjà assez de monde ! Si l’achalandage augmente, nous devrons travailler plus fort. Plus de monde signifie plus d’entretien des refuges, plus de corvées de bois. À un moment donné, la balloune risque d’éclater », estime André Marcoux.

Pas question de surtaxer les bénévoles, qui sont une demi-douzaine de réguliers, et pas question non plus de payer des gens pour les travaux d’entretien. « Dès que nous commençons à sous-contracter, les bénévoles se désengagent. Si nous n’avons plus de fun à travailler là-dessus, nous jetterons l’éponge », affirme André Marcoux, qui m’accompagne dans le sentier en trimballant sa scie mécanique. Des conifères tombés sur la piste seront taillés en pièce en vue de laisser le champ libre aux promeneurs. Ainsi va la vie dans le Réseau Inter-Centre.

Les bénévoles en ont parfois bavé pour maintenir le navire à flot. Comme c’est le lot des organisations qui comptent sur l’apport de gens qui donnent de leur temps, le Réseau Inter-Centre a connu des périodes de flottement, où le sentier a souffert d’un manque d’amour. À la fin des années 1990, l’épitaphe du sentier était presque écrite, nous dit-on. Heureusement, Claude Talbot, nouvellement à la retraite, s’impliquera à fond afin de redresser la barre. Non seulement il passe le tracé au peigne fin avec sa gang, mais les deux refuges sont retapés de fond en comble par d’importantes corvées. Un exemple parmi tant d’autres : 40 bénévoles mettront la main à la pâte pour rebâtir Le Nordet, pour un total de 1181 heures de travail non rémunéré.

 

COUPES FORESTIÈRES, RAQUETTEURS ET MOTONEIGISTES

Bien qu’il soit isolé en montagne, le Réseau Inter-Centre n’est pas à l’abri des menaces extérieures. La plus importante : les coupes forestières. Les belles forêts des montagnes suscitent la convoitise des forestiers. La pression augmente dans les années 1990. Le bénévole Guy Lagarde se donne comme mission de protéger le sentier contre les débusqueuses. « Je devais partir de ma maison à Montréal pour me rendre jusqu’au bureau du ministère des Ressources naturelles, à Saint-Michel-des-Saints, afin de consulter les patrons de coupe [forestière] », se souvient-il. C’était avant l’ère d’internet.

Son travail minutieux permettra au sentier de survivre aux nombreux dangers de déboisement. « Les forestiers se sont toujours montrés collaboratifs », affirme Guy Lagarde. L’homologation du sentier, en 1996, obligera ceux-ci à respecter une bande protectrice d’environ 30 m. Par contre, les machines peuvent traverser le sentier de façon perpendiculaire, ce qui crée un dommage collatéral : les chemins forestiers attirent les vététistes, dont le passage répété peut faire des ravages. Une menace qui demeure permanente, mais sous contrôle.

Un autre péril, en apparence inoffensif, apparaît dans les années 1990 : les raquetteurs ! Qui l’eût cru ? « L’invasion de cette espèce de pleinairistes nous a causé bien des soucis, car les adeptes s’aventuraient dans nos pistes, les rendant impraticables en ski », raconte Claude Talbot. D’urgence, ce dernier défriche des sentiers parallèles à la colonne vertébrale du réseau. « Nous avons tout fait ce travail même si nous ne faisions jamais de raquette », ironise-t-il. Le pire a été évité.

Les raquetteurs posent toujours un épineux problème dans le secteur de la montagne Noire. Bien que les affiches d’interdiction soient claires, des raquetteurs s’aventurent constamment dans la piste de ski plutôt que de prendre les pistes destinées à la raquette. « Il y a toujours une classe de gens qui ne respectent rien. Cet hiver, nous aurons un nouveau balisage orangé. Ce ne sera pas joli, mais les excursionnistes ne pourront plus dire qu’ils n’avaient pas vu les pancartes », dit André Marcoux.

Sans surprise, le partage de la montagne Noire avec les motoneigistes cause des frictions. En 1990, le club de motoneige Saint-Donat ouvre un sentier qui mène jusqu’au sommet de la montagne Noire, sans avoir, dit-on, obtenu l’accord du Sentier Inter-Centre. Une association verra le jour, les Amis de la montagne Noire, qui recueillera 2000 signatures contre la présence des motoneiges au sommet. Les opposants organisent même une manifestation à 887 m d’altitude lors de la randonnée traditionnelle du maire de Saint-Donat en motoneige !

« Avant, nous profitions du sommet en toute tranquillité. Désormais, il y a toujours des motoneigistes et les effluves d’essence qui brisent la quiétude », déplore Jacques Fournier. La construction, en 2017, d’un mirador de 11 m de hauteur qui procure une vue à 360 degrés sur la région attire de plus en plus de motoneigistes. « Nous sommes obligés de vivre avec cet inconvénient », concède André Marcoux. Heureusement, cet irritant est circonscrit à cet endroit précis. Le reste des kilomètres demeure sans machines.

Photos Simon Diotte

UNE PISTE, DEUX RÉGIONS

Le Réseau Inter-Centre, dont la piste principale est consacrée en hiver au ski de fond non tracé mécaniquement et à la randonnée pédestre, se situe dans un trou à neige. Sur les hauts sommets que se partagent les régions des Laurentides et de Lanaudière, l’hiver débute de bonne heure. En 2019, j’avais prévu de faire une randonnée automnale, au pas de course, le matin du 12 novembre. Erreur. Au pied de la montagne Noire, il y avait déjà deux pieds de neige. Résultat : j’ai rebroussé chemin, annulant ma nuitée au refuge du lac de l’Appel.

Lors d’une visite précédente dans le secteur de la montagne Blanche, cette fois-ci en janvier, la neige était tellement abondante dans la forêt de conifères que j’avais l’impression d’avancer dans un immense igloo. Non seulement les flocons se présentent plus tôt, mais ils s’y attardent aussi. En date du 28 avril 2020, il était encore possible, dixit André Marcoux, de faire le parcours entièrement en ski !

Le réseau principal d’Inter-Centre, auquel se greffent des pistes destinées à la raquette en hiver, grimpe trois sommets : les montagnes Grise, Blanche et Noire, où les points de vue sur les vieilles montagnes du Nord sont multiples. Les paysages sont aussi fabuleux sur les plans d’eau entièrement sauvages que sont les lacs En Croix, Lézard et Crystal. Les bons dénivelés en font aussi une destination prisée pour la tenue d’événements de course en sentier. L’Ultimate XC de Saint-Donat y a eu lieu pendant de nombreuses années.

Que vous parcouriez ce réseau de pistes à un rythme pépère, à la course, en ski ou en raquette, ayez une pensée pour les fondateurs et les bénévoles du sentier !

Repères

Accès

Trois stationnements permettent d’accéder au Réseau Inter-Centre : l’un se situe sur le chemin du Nordet, à Lac-Supérieur, l’autre au lac du Rocher, à Val-des-Lacs, et le troisième sur le chemin Régimbald, à Saint-Donat.

 

Refuges     

D’une capacité de huit personnes, les deux refuges sans électricité ni eau courante se trouvent en pleine nature. Il en coûte 22 $ par personne par nuitée ou 90 $ pour la réservation du refuge en exclusivité.

EN BREF

Un sentier linéaire de 28 km consacré au ski de fond nordique et à la randonnée pédestre, qui chevauche les régions des Laurentides et de Lanaudière en passant par les municipalités de Lac-Supérieur, Val-des-Lacs et Saint-Donat. D’autres sentiers, destinés à la raquette ou au ski de fond nordique, et à la marche en été, s’y greffent.

ATTRAIT MAJEUR

Un parcours de longue randonnée en ski de fond, à une heure et demie de Montréal.

COUP DE CŒUR

Les points de vue sur la montagne Blanche.

 

intercentre.qc.ca