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Hiver, Québec, Raquette, Ski alpin

De père en fils

19-01-2017

Des chiens, des loups, de la raquette entre chien et loup, des bains chauds sous la neige et du ski hors pair, tout ça vous réjouit facilement un fils et son père.

En roulant le long de la Saint-Maurice en ce redoux de février, j’ai le cœur guilleret et l’humeur gaillarde : il fait beau, il fait bon et je suis avec Fiston, en route vers le Lac-Saint-Jean. Puis voilà que celui-ci me lance du tac au tac, du haut de ses neuf printemps : « Papa, est-ce que l’enfer existe ? »

Deux jours plus tard, j’espérais qu’il ne répéterait pas mes réponses devant le gentil père capucin qui distribue les clés, à l’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette, où nous venions d’arriver pour passer la nuit. Mais, à ma décharge, j’aurais pu confesser à l’homme de Dieu que si je ne crois pas à l’enfer, je me suis senti au septième ciel après avoir eu droit à une si agréable et longue virée en traîneau à chiens.

Des chiens pas traîneux
Tout a commencé quand Fiston a tapé dans la patoche de l’un des toutous de Dane Thibeault, musher au grand cœur et au menton poilu, comme si l’un et l’autre (Fiston et le chien) s’offraient un high fives prédépart.

Fiston a aidé Dane à atteler les braves Alaskan – une race hybride –, sauf peut-être Khal Drogo, qui demande une attention particulière : il est aveugle… Plusieurs des chiens de Dane sont baptisés en l’honneur de la série Game of Thrones, comme Khaleesi, « qui est très belle », et Tyrion, « le plus petit de mes chiens, même si ce n’est pas un nain ! » précise Dane.

Parce qu’ils s’apprêtaient à longuement gambader sur des allées de givre, tous les membres de l’équipage canin avaient enfilé leurs petites mitaines. Puis ce fut le départ d’un attelage hors-norme : un musher derrière, un père debout au milieu et un garçon réjoui assis à l’avant, bien emmitouflé. « Hop ! hop ! hop ! »
Pendant trois jouissives heures, nous avons longé le lac Bouchette, emprunté des sentiers incurvant leur fuite dans la forêt empanachée, grimpé sur le vaste lac des Commissaires et pourchassé notre ombre tandis que les rayons du soleil se faisaient rasants, en fin de journée.

« Dji ! » de crier Dane à ses chiens pour qu’ils se poussent sur la droite, en voyant une grosse branche se pointer sur la gauche. « Ha ! » d’ajouter le musher pour leur intimer de prendre l’embranchement de gauche, un peu plus loin. « Ils pourraient courir sans arrêt deux heures avec nous, quatre heures si j’étais seul avec eux ! » assure Dane. N’empêche, dans les montées, je saute du traîneau et je leur donne un « coup de pousse » en courant, les mains appuyées sur l’arceau.
Après trois heures, nous sommes revenus au Centre Vacances Nature de Lac-Bouchette, d’où nous étions partis. « La prochaine fois, on sortira de nuit, de proposer Dane. On n’entend rien d’autre que le halètement des chiens, et on se sent comme des fantômes dans la nuit… C’est magique ! » Message reçu.

Raquette et galipettes à Lac-Bouchette
« Alors vous dites que c’est à une dizaine de minutes que débutent vos beaux sentiers, par là ?
– Oui, prenez Inuk avec vous, il vous guidera !
– C’est qui, Inuk ?
– C’est lui, là ! »
Pour sa première sortie en raquettes, Fiston a été servi : il a eu droit à un guide privé à quatre pattes et à l’épaisse fourrure blanche, le très enjoué Inuk, un jeune samoyède. Et non seulement le pétulant chienchien nous a-t-il montré la voie à suivre, mais il nous l’a ouverte.

Alors que Fiston peinait à lever ses gambettes au-delà des deux pieds de neige folle fraîchement tombée, Inuk s’est porté volontaire pour déblayer le sentier non damé, forçant vigoureusement le passage à travers ce rempart blanc.

Après environ une heure de chasse-neige, nous avons cependant rebroussé chemin : la déblayeuse canine commençait à traîner de la patte, et Fiston aussi. Tant pis pour la jolie vue sur le lac, à laquelle on aurait eu droit au bout de cette boucle de 7 km. Après tout, nous n’avions pas encore cassé la croûte, et nos batteries étaient à plat.
Une fois enfourné notre roboratif gueuleton matinal au resto du Centre Vacances Nature, Inuk est revenu nous chercher pour un peu de glissade sur tube, dans la petite aire de jeu. Non content de courir derrière Fiston dans les descentes, il s’est alors porté volontaire pour remonter sa chambre à air, en tirant sur son câble après chaque descente… Décidément, ce chien est vraiment serviable. Si serviable qu’une idée nous a traversé l’esprit, au moment de le quitter.
« Alors, vous dites que les cabanes pour la pêche blanche sont juste là, près du pont ?
– Oui, c’est ça !
– Et votre chien, il sait enfiler un ver sur un hameçon ? »

Centre Vacances Nature – Auberge Eva
160, chemin de la Montagne, Lac-Bouchette
418 348-6832 ou www.centrevacancesnature.com
Ancienne base de plein air récemment rachetée, le Centre Vacances Nature de Lac-Bouchette a eu droit à des investissements d’un million de dollars. Plusieurs chalets bien équipés (frigo, cuisine, douche) et un pavillon (pour groupes) jouxtent le sympathique resto-pub Saint-Patric.

À faire aussi sur place : ski de fond et pêche blanche, avec cabanes très confortables et chauffées. Attention : des sentiers de motoneige traversent le Centre, et il n’est pas rare que ça vrombisse ferme autour du pub, lieu de convergence sociale le plus prisé du village.

Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette
250, route de l’Ermitage, Lac-Bouchette
418 348-6344, 1 800 868-6344 ou www.st-antoine.org
Non seulement peut-on partir en retraite dans ce sanctuaire de frères capucins, admirablement situé aux abords du lac Ouiatchouan (voisin du lac Bouchette), mais encore peut-on y retenir une chambre ou un site de camping pour la nuit. De grandes maisons modernes, tout équipées, peuvent également être louées par les familles nombreuses. Plusieurs sentiers de raquette partent aussi de l’Ermitage, qui forme l’une des extrémités du sentier Notre-Dame de Kapatakan (le « Compostelle québécois », un pèlerinage de 215 km)

L’inouï Valinouët
Depuis 28 hivers, Dany Pedneault quitte La Baie tous les matins de la saison froide pour lever le pouce sur le bord de la route, afin de se rendre à la station de ski Le Valinouët, à une heure de chez lui. Le soir, quand la station ferme, il refait le trajet inverse, toujours en levant le pouce vers le ciel.

Bien sûr, le fait qu’il soit autiste explique un tantinet son petit côté obsessionnel, mais vérification faite, force est de constater qu’il a bien raison de revenir skier ici, jour après jour.
Située dans un cadre enchanteur aux allures de pré-Alpes, cette jolie station culmine à 800 m d’altitude et dispose de 350 m de dénivelés gratifiés annuellement par 6 m de neige 100 % naturelle.

Étalées sur deux versants, les pistes se déclinent en sept faciles, huit difficiles, quatre très difficiles et neuf extrêmes. « C’est une station réputée pour former d’excellents skieurs ! » assure Dany Tremblay, un des instructeurs du Valinouët, néanmoins considérée comme station familiale et où l’attente semble un concept inconnu.
Ainsi, en ce beau dimanche où le mercure oscille au-dessus de zéro, on ne se bouscule pas aux remontées mécaniques, pas plus que dans les épatants sous-bois, comme le splendide Le Ruisseau et l’étourdissant La Fontaine. Après avoir dévalé à schuss sûr que veux-tu tout ce qu’il a pu dévaler en une demi-journée, Fiston ne voulait d’ailleurs plus partir.
C’est aussi ce que vit tous les jours d’hiver Dany Pedneault, avant de rentrer sur le pouce à La Baie ; on raconte même que le dernier jour de la saison de ski, il pleure toujours un peu. On le comprend : si Fiston et moi n’avons pas versé de larmes ce jour-là, nous étions bien tristes, nous aussi, à l’idée de quitter la station.

Auberge Carcajou
305, chemin Lévesque, Saint-David-de-Falardeau
418 673-1991 ou www.aubergecarcajou.com
Très jolie auberge familiale à l’excellente table, grâce au doigté de la chef Émy
Allaire, qui concocte de succulents petits plats à base de produits régionaux, de plantes et d’herbes inusitées ou oubliées. Quelques exemples : mousse de panais et poire aux copeaux de fromage fort, potage à l’asperge et à la fleur de mélilot, joue de porc braisée au miel de myrique baumier… Un régal au beau milieu des bois.

L’Éternel spa
200, route du Valinouët, Saint-David-de-Falardeau
418 673-3330, 1 855 673-3330 ou www.leternelspa.com
Splendide spa de type scandinave avec bains et bassins extérieurs chauffés et entourés de neige, où on y offre divers soins. Les enfants sont les bienvenus le dimanche.

Le Valinouët
200, route du Valinouët, Saint-David-de-Falardeau
418 673-6455, 1 866 260-8254 ou www.valinouet.qc.ca
Ils dorment avec les loups
Il danse, parle, s’assoit avec les loups, nous dit de rentrer nos doigts à travers le grillage – « Pas de problème ! » – et largue lui-même de gros cubes de viande d’orignal dans chacun des trois immenses enclos. Et quand il sent que le courant passe entre les visiteurs et ses grosses bêtes à dents longues, il convie les premiers à venir caresser l’épais pelage des seconds, de l’autre côté de la clôture.

« Il », c’est Gilles Granal, un Marseillais arrivé au Québec il y a plus de 25 ans, fasciné par ces canidés – il est aussi musher – et soucieux de rétablir les faits face au loup, animal diabolisé s’il en est. Pour ce faire, croit-il, rien de tel que de passer du temps avec eux, de jour comme de nuit.

Fiston et moi sommes donc arrivés à la tombée du jour, juste à temps pour assister au festin des loups. Après nous avoir livré un bon repas chaud dans la salle à manger attenante au centre d’interprétation, Gilles nous a ensuite laissés gagner notre chalet Atypik, un écolodge triangulaire bâti tout juste à côté de l’immense enclos où les loups – qui sont « imprégnés » – évoluent en semi-liberté.

Vers 3 h du matin, le concerto a commencé : quelques membres de la meute se sont mis à hurler lugubrement, mais doucement. Puis toute la bande a participé à la chorale gutturale. Au début, ça nous a un peu glacé le sang, mais la truie du chalet larguait tellement de chaleur que nous sommes sortis de nos sacs de couchage pour lever la tête et jeter un œil dehors : ils étaient tous là, juste à côté, loups gris et arctiques, en train de rôder dans la noirceur. Et leur triste mélopée qui nous semblait si sinistre a bientôt fini par bercer notre sommeil…

Au petit matin, Fiston a mis à profit ses dons d'imitateur et il s'est mis à hurler doucement, derrière la fenêtre du chalet. La belle tête blanche de l'une des bêtes s'est alors dressée: Fiston avait-il commencé à parler comme les loups? Une chose est sûre: il avait appris à les aimer.

Aventuraid / Parc Mahikan
2395, rang de la Pointe, Girardville
418 258-3529 ou www.aventuraid.qc.ca
Hébergement en écolodges, gîte rustique, yourte, tente prospecteur, etc. Salle commune confortable avec douches chaudes. Sauna finlandais isolé attenant. À faire aussi sur place : raquette, rando, chien de traîneau.
Au petit matin, Fiston a mis à profit ses dons d’imitateur et s’est mis à hurler doucement, derrière la fenêtre du chalet. La belle tête blanche de l’une des bêtes s’est alors dressée : Fiston avait-il commencé à parler le langage des loups ? Une chose est sûre, il avait appris à les aimer.

Repères
Lac-Bouchette est situé à environ 4 h 30 de Montréal (via la 40 et la 155) et à un peu plus de 3 h de Québec (par les routes 175 et 169). De là, on gagne Roberval en 35 minutes (via la 155 et la 169), puis Girardville après 75 minutes de plus (par la 169). Le Valinouët est pour sa part situé à 2 h à l’est de Roberval (via les 169, 170, 70 et 172) et à 3 h de Québec (via la 175).

Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean
418 543-9778, 1 877 253-8387 ou www.saguenaylacsaintjean.ca

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