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Hiver, Québec, Ski alpin

Petites stations, grandes aspirations

06-12-2015

En marge des Intrawest, Resorts of the Canadian Rockies et autres MSSI, le Québec skiable est majoritairement composé de stations de petite et moyenne envergure, et qui ne sont membres d’aucun grand regroupement. Plusieurs appartiennent à une municipalité (comme La Tuque ou Thetford Mines, avec le mont Adstock), d’autres font partie d’une coopérative de solidarité (comme le mont Orignal, dans Chaudière-
Appalaches) ou forment un organisme sans but non lucratif (OSBL), alors que d’autres encore sont la propriété d’investisseurs privés.

« Mais on retrouve de moins de moins de stations dans cette catégorie, puisqu’elles ne sont pas toujours rentables », indique Yves Juneau, pdg de l’Association des stations de ski du Québec(ASSQ), qui regroupe 98 % des 75 centres de la province.
Peu importe leur modèle d’affaires, plusieurs de ces stations sont à la croisée des chemins : les sports d’hiver se diversifient (fat bike, ski de haute randonnée…), certains adeptes préfèrent skier le matin et faire de la raquette ou jouer au soccer intérieur l’après-midi, d’autres minimisent les sorties en skis pour économiser ou butinent de station en station sans se procurer d’abonnement de saison… Sans compter les hivers tantôt pluvieux, tantôt polaires, comme en 2014-2015.

 « Le plus grand défi de ces stations demeure cependant le renouvellement de leurs infrastructures et le contrôle des coûts fixes », dit Yves Juneau. Ainsi, jusqu’à tout récemment, ces stations profitaient d’un tarif préférentiel sur l’électricité – leur deuxième poste de dépenses – nécessaire à fabriquer de la neige. Or, ce tarif a été aboli en 2014.

À Val Saint-Côme, dans Lanaudière, la capacité de la station à se renouveler préoccupe effectivement la direction. « Avec beaucoup d’entretien, un télésiège débrayable comme le nôtre dure 30 ans, et il coûte 4 millions de dollars à remplacer, précise Mario Boisvert, le directeur. En le finançant sur 15 ans, on doit donc verser 120 000 $ par année, rien qu’en intérêts ; c’est énorme. »

Si l’achalandage de cette station demeure stable, il est difficile de l’augmenter davantage, en raison de l’accès routier difficile. « Bromont est collé sur l’autoroute 10, Saint-Bruno est au carrefour de trois autoroutes, mais nous sommes situés au bout de plusieurs routes régionales », constate le directeur.
Les actionnaires ont donc convenu de développer l’immobilier au pied de la montagne, avec obligation de construire dans l’année de l’achat d’un terrain. D’une part, ils disposent ainsi de liquidités pour rénover leurs infrastructures ; d’autre part, ils s’assurent de la présence régulière d’une clientèle éloignée, qui peut séjourner sur place et skier les deux jours du week-end.

Mais Val Saint-Côme compte aussi sur la grande variété de son domaine skiable et sur la réputation de son champ de bosses, « l’un des plus beaux en Amérique du Nord », assure Mario Boisvert, et le seul au Québec à pouvoir accueillir une étape de la Coupe du monde de ski acrobatique.

S’acclimater au climat et à l’éloignement
À la station Le Valinouët, au Saguenay, le plus grand défi relève du climat, puisque cette station ne compte aucun canon à neige – comme Val-d’Irène, en Gaspésie. « Bon an, mal an, on reçoit 6 m de neige naturelle, mais, depuis quelques années, le gros des précipitations arrive parfois plus tard en saison, après la période des Fêtes », explique Stéphane Leblond, directeur des communications. Résultat : les saisons décalées entraînent un enneigement plus élevé en avril et en mai, alors que les skieurs ne pensent déjà plus qu’au vélo ou aux terrasses.

Ici comme ailleurs, on tente d’attirer davantage d’adeptes de la glisse en encourageant la relève. « Pour la deuxième année, nous allons organiser des séances d’initiation gratuites pour les cinq à huit ans, en collaboration avec l’ASSQ, indique Stéphane Leblond. Et, pour les ados, nous avons aménagé le parc à neige Kubota, unique au Québec : tous les modules ont été fabriqués avec des pièces de tracteur usagées ! »
En région éloignée, l’union fait parfois la force, même entre concurrents. « Nous songeons aussi à unir nos efforts promotionnels pour créer des circuits et inciter les skieurs à passer plusieurs jours dans la région, en leur permettant d’essayer différents domaines skiables », dit Carole Roy, la porte-parole de la station.

Établi en OSBL depuis 15 ans, Pin rouge dispose d’un avantage non négligeable : 35 % de sa clientèle provient du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, depuis qu’on a aménagé un petit village de chalets. « Dans ces deux provinces, il n’y a pas de centre de ski de l’envergure du nôtre : on l’ignore souvent, mais Pin rouge est la sixième plus grosse montagne skiable au Québec ! » rappelle Carole Roy.

Parallèlement, Pin rouge joue la carte du télémark – très populaire ici – et table sur le degré de difficulté de ses pistes pour attirer les skieurs intermédiaires et experts, tout en développant les activités quatre saisons. « L’an prochain, nous allons même essayer de figurer sur l’itinéraire du Raid international Gaspésie», affirme madame Roy.

Imagination, mécénat et solidarité
Dans le Centre-du-Québec, l’histoire du mont Gleason rappelle autant la difficulté d’exploiter une petite station en région que la possibilité d’y arriver grâce à la solidarité locale et… le p’tit coup de pouce financier d’un mécène. Fondé en 1967 en tant que station privée, le mont Gleason a dû fermer ses portes, être renfloué, relancé, puis de nouveau renfloué par l’homme d’affaires et skieur Laurent Lemaire, cofondateur du géant des papiers, Cascades.

Mais la mobilisation de la communauté, soucieuse de voir perdurer cette station pour des raisons économiques, ludiques et de santé publique, y est aussi pour beaucoup. En 2007, on a ainsi récolté 1,8 million de dollars auprès des particuliers et des entreprises locales, pour une mise à niveau des infrastructures de ce qui est devenu un OSBL. « Certains achetaient un abonnement de saison pour nous encourager, même s’ils ne skiaient pas tant que ça ! » se rappelle la directrice, Nadia Pépin.

Également, une zone de glissade sur tube a été aménagée et des produits  adaptés à la réalité des familles sont apparus, comme un laissez-passer valide pour un seul adulte (au cas où l’autre conjoint n’aime pas skier) ou donnant accès à un nombre illimité d’enfants (pour les familles recomposées).

Au centre de ski Belle Neige, dans les Laurentides, on pense aussi aux enfants du divorce, avec des cours de ski offerts une semaine sur deux (pour les gardes partagées). Comme pour bien des petites stations, l’avenir de Belle Neige passe d’ailleurs par la fidélisation de la clientèle familiale, déjà très présente à la base de la montagne, avec un étonnant village de 93 maisons mobiles où bien des aînés hébergent leurs enfants et petits-enfants, venus skier tout le week-end.

Sur la montagne, on songe aussi un peu à tout le monde : piste pour bambins avec des milliers de toutous accrochés aux arbres, piste destinée au cross en planche à neige (BoarderCross), installation d’un sac gonflable géant pour pratiquer le saut à skis (trois familles sur quatre ont un lien avec la compétition, à la station), développement de sentiers de raquette, rabais de 15 % à la pizzéria voisine si on a un billet saisonnier, etc.

« Puisque les gens délaissent souvent le ski en fin de saison, mais qu’il reste alors beaucoup de neige, nous allons aussi lancer les «week-ends peaux d’ascension», quand les remontées cesseront de fonctionner, au printemps », dit Élaine Bertrand, directrice de la station.

Même les embouteillages résultant des grands chantiers de réfection routière ont été pris en compte, dans l’offre de Belle Neige. « Avant, le chalet était vide à 16 h 30 et on le fermait. Aujourd’hui, on le laisse ouvert jusqu’à 19 h : après le ski, les gens prennent leur temps et s’offrent un repas, avant de reprendre la route », poursuit-elle.

 Mais, ici, la plus grande difficulté à laquelle est confrontée la station, c’est le facteur de refroidissement éolien. « Même s’ils n’habitent qu’à une heure de route, les gens appellent deux semaines à l’avance pour savoir si les cours de ski auront lieu, en voyant les prévisions météo à la télé, s’indigne Élaine Bertrand. Or, il ne fait pas plus froid qu’il y a 20 ans, seuls les instruments de mesure sont plus précis. En revanche, on oublie trop souvent que, de nos jours, les vêtements de ski sont tellement plus efficaces… »

 

Gleason (Centre-du-Québec) :
pour l’impression de débarquer dans une grande famille, pour le chalet d’altitude et les sous-bois qui couvrent le tiers du domaine.

Massif du Sud (Chaudière-Appalaches) :
pour le microclimat, le ski de forêt entre les conifères et la neige à profusion.

Mont Blanc (Laurentides) :
pour ses trois montagnes en une, son rapport qualité-prix-distance de Montréal et le parc d’amusement intérieur.

Mont Édouard (Saguenay–Lac-Saint-Jean) :
pour ses couloirs abrupts, sa neige abondante, son télémark, son ski de haute route et la vue sur le Saguenay.

Mont Grand-Fonds (Charlevoix) :
pour ses longues pistes sous le soleil, ses murs escarpés, son versant non damé dans une forêt ouverte et la vue sur le Saint-Laurent.

Owl’s Head (Cantons-de-l’Est) :
pour la polyvalence du domaine, la jolie rusticité, le ski hors-piste de la zone Que’quepart, en plus de la vue sur le lac Memphrémagog.

Parc du Mont-Comi(Bas-Saint-Laurent) :
pour les sous-bois sauvages, dessinés par celui qui a conçu ceux de Sutton.

Sutton (Cantons-de-l’Est) :
pour la qualité et la variété du domaine skiable, les innombrables sous-bois, le relief unique des pistes et l’ambiance vintage.

Le Valinouët (Saguenay–Lac-Saint-Jean) :
pour les tonnes de neige naturelle et la beauté du domaine et du site, adossé aux monts Valin.

Val Saint-Côme (Lanaudière) :
pour la grande variété et la joliesse du domaine skiable, les champs de bosses et le Centre d’excellence acrobatique.

Pour plus d’info :
Association des stations de ski du Québec www.maneige.com

 

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