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Hiver, Hors-Québec, Ski alpin

Trois Vallées,deux skieurs et un Paradiski

07-12-2015

Skier dans les Alpes françaises est gage de glisse exaltante, de décors époustouflants et de bonne chère quotidienne. C’est aussi l’occasion de fréquenter certains des plus vastes domaines skiables de la planète.


Descente panoramique aux Arcs, l’une des stations de l’immense domaine Paradiski. photo : Pascal Girard

« Dites, les gars, vous ne trouvez
pas que ça sent bizarre sur ce télésiège ?
– Ça doit être l’haleine de Gary, Gaël. Avec tout le génépi qu’il a bu hier soir…
– Meuh non, Pascal. Ça doit être tes vêtements de ski qui sentent la naphtaline.
– Non, ça ressemble plus au fond de tonne, comme odeur.
– Oui, bon… Il fallait bien que je digère tout ce fromage, sinon j’aurais mal dormi… Tu te rappelles de la taille de la meule ?
– Je me rappelle surtout que c’était bar ouvert, au Club Med, hier soir.
– Qu’importe, les gars. Là où je vous emmène, il y a assez d’oxygène pour vous aérer les esprits, même en haute altitude ! »

Celui qui venait de clore cet échange, notre guide Gaël, avait bien raison. Remarquez, il avait l’habitude, ce moniteur de l’École du ski français : après tout, skier dans les Alpes françaises commande impérativement l’abandon de soi aux plaisirs de la table et de la nuit, y compris à Paradiski, à une soixantaine de kilomètres d’Albertville.

Cet immense domaine skiable, baptisé à juste titre parce qu’on s’y sent souvent au septième ciel, s’étend sur 1000 hectares et comprend les stations La Plagne, Les Arcs et Peisey-Vallandry, dans la vallée voisine. En tout, pas moins de 425 km de pistes s’y déroulent, de 1200 à 3250 m, à flanc de pics alpins vertigineux, dénudés, couverts de forêts ou dominant une mer de nuages, c’est selon.

Malgré la taille imposante des lieux, l’essentiel de Paradiski demeure accessible au skieur lambda : à peine 20 % des pistes y sont réservées aux experts et aux aficionados de l’extrême. Ce qui ne veut pas dire qu’on peine à s’y éclater, y compris en hors-piste.

Pour ce faire, on n’a qu’à emprunter une remontée, faire un crochet depuis une piste balisée et mettre le cap sur un éventail de flancs montagneux où il n’y a pas une âme skieuse qui vive. Comme la face nord de Bellecôte, où Gaël nous entraîne après une émoustillante mise en jambes sur des pistes aux diamants bien noirs.
« Transpondeurs activés, les gars ?
– Transpondeurs activés et esprits retrouvés, Gaël ! »
Même si les chutes de neige n’ont pas été faramineuses cet hiver-là, une montagne vierge et des murs à 45 degrés suffisent à vous secouer le cocotier hormonal, surtout quand vous franchissez près de 2 km de dénivelé, de 3200 m à 1300 m d’altitude, à l’ombre de pics anthracite aussi dantesques qu’imposants. Mission détoxification accomplie : exit les vapeurs de l’ivresse, bonjour l’ivresse des hauteurs.

Au bas de la montagne, il n’y a évidemment aucune remontée. À peine une maisonnette et… un bus qui attend les skieurs hors circuit. « Vous allez jusqu’aux Arcs ? » Trente minutes plus tard, nous enfournons à toute vitesse un petit en-cas. Pas le temps de flemmarder, les Arcs nous appellent, et ils n’aiment pas attendre.
Au cours des 45 minutes qui suivent, nous empruntons une succession de remontées, du mégatéléphérique à la microcabine, à mesure qu’on s’approche du faîte des montagnes. Pas parce qu’il y a de l’attente : parce que les sommets sont vraiment élevés. Si élevés que, faute de temps, on n’atteindra pas l’Aiguille rouge (3226 m), point culminant des Arcs, ce qui nous aurait permis de rejoindre une piste manifestement enivrante : la Génépi. Tout est dans tout, comme disait Raôul Duguay.
Après les envolées de Bellecôte côté cour, les longs boulevards de givre des Arcs nous apparaissent maintenant plus relax, bien qu’extraordinaires, côté paysages et descente libre, et malgré tout le potentiel de hors-piste qu’on sent à portée de pôle, derrière les aiguilles.

« Le soir approche, allons maintenant dans la forêt, pendant qu’on y voit encore ! » propose Gaël, avant de nous faire valser entre de jouissives bosses encadrées par de belles rangées d’arbres odoriférants.

Une fois regagnée La Plagne à bord du Vanoise Express (un téléphérique de 2 étages, 200 passagers et 1824 m de câble), nous empruntons un looooong et tripatif couloir forestier, qui débouche sur une route carrossable mais néanmoins neigeuse et skiable, laquelle nous ramène aux dernières remontées, puis à l’hôtel. Juste à temps pour l’heure du 5 à 7, qui vient de commencer. « Un verre de génépi, monsieur ? »


Petite marche de santé pour aller dévaler en hors piste le secteur des Yvozes, droit en face des Menuires.
photo : Pascal Girard

De paradiski aux Trois Vallées
« Z’êtes prêts, les Québécois ? Je vais vous montrer ce qu’est une vraie montagne ; ça vous changera de vos collines !
– Nous n’avons pas de leçons de ski alpin à recevoir de la part d’un fondeur à carabine, retraité de surcroît ! »
Après deux jours à dévaler des dizaines de pistes damées dans les Trois Vallées, à environ une heure de route de Paradiski, Pascal et moi étions mûrs pour une sortie de hors-piste. Et cette fois-ci, notre guide serait Vincent Jay, récipiendaire de deux médailles olympiques en biathlon, à Vancouver, en 2010.

Premier arrêt : la Pointe de la Masse et ses émouvants panoramas sur les sommets avoisinants, à perte de vue. À partir de l’accès au lac Noir, nous entamons d’abord cette virée par quelques centaines de mètres sur du plat, question d’accéder au vrai pactole poudreux, celui d’un secteur vierge baptisé Les Yvozes.
« Hé, Vincent, fallait nous le dire si tu voulais faire du ski de fond ! Est-ce qu’on va aussi tirer sur des cibles ?
– Vous n’avez rien vu : après la petite descente que voici, je vais vous faire faire une marche en montée ! »

Quelques virages dans de généreux flocons plus tard, nous retirons nos skis pour gravir une colline neigeuse, planches sur l’épaule. En contrebas s’étend « le paquebot », ce grand hôtel fonctionnaliste des Menuires, construit dans les années 1960 pour inciter les familles à prendre des vacances de ski, et un des premiers exemples d’hôtels « skis aux pieds » (ski in ski out) de l’histoire.


photo : Pascal Girard

Puis nous perdons le contact visuel avec la vallée des Belleville, mais pas avec Val Thorens, plus haute station d’Europe, sacrée meilleure station de ski au monde lors des derniers World Ski Awards, et qui se dessine au loin devant l’Aiguille du Péclet (3562 m). En ce mois de janvier, la neige ne brille pas par son abondance, mais le ciel est gonflé à bloc de stéroïdes azuréens, et le mercure caracole bien au-dessus de zéro, en dépit de l’altitude.

« Nous y voilà ! Regardez-moi ce panorama ! » de s’extasier Vincent.
Il avait raison, le jeune retraité olympien, de nous faire monter jusqu’ici : tout au fond du décor naturel, le mont Blanc se terre, emmitouflé dans ses nuages. Autour, une succession de sommets émergent et l’étreignent, laissant deviner plusieurs vallées attenantes.

« Du haut de ce promontoire, le plus vaste domaine skiable du monde vous contemple », aurait pu dire Vincent. Avec 600 km de pistes balisées, d’innombrables possibilités de ski hors-piste ainsi qu’un nombre incalculable de remontées – où on n’attend presque jamais –, les Trois Vallées sont, de fait, prodigieusement immenses.

Ce qui est particulièrement chouette, quand on séjourne ici, c’est que, peu importe dans quel village, hameau ou station on réserve une chambre, il y a toujours moyen de goûter l’atmosphère – et d’essayer les tables – de chaque station, si on se munit d’un laissez-passer multistation.

C’est ainsi que si Pascal et moi sommes descendus dans les abordables et familiales Menuires, nous avons également fréquenté l’ultrachic Courchevel, la discrète et huppée Méribel – où Michael Schumacher a eu son accident en 2013 – et le mignon village de Saint-Martin-de-Belleville, entre autres endroits.
« Et là-bas, qu’est-ce que c’est ?
– Le Bettex, le hameau où nous allons ! »

Ni une, ni deux, ni trois plus tard, Vincent s’élance dans une sorte de cuvette qui s’incline bientôt brusquement dans l’ombre de la montagne. Je lui emboîte le pas de glisse, tandis que Pascal suit sur sa planche à neige, qu’il a préféré utiliser aujourd’hui. J’entame alors le lent et intense ballet des virages, comme si j’offrais une prestation de danse rythmée par l’intensité de la déclivité. Mais j’ahane ferme : dur, dur de se concentrer sur les à-pics quand pareil environnement vous entoure.

Une fois en bas, nous empruntons la première d’une série de remontées qui nous ramènent sur les flancs des Menuires, où nous investissons une des nombreuses terrasses baignées de soleil. C’est l’heure de se la couler douce, et surtout de s’offrir une tartiflette, ce régal de plat alpin dont les lardons côtoient des lamelles de pommes de terre noyées dans du reblochon fondu. Un plat délicieux mais redoutablement lourd, surtout quand on n’a pas cinq descentes à effectuer, à -30 °C, pour brûler tout ça.

Heureusement, le serveur a songé à une autre option pour faciliter la digestion : une liqueur d’herbes montagnardes, de la même famille que celles qu’on utilise pour fabriquer l’absinthe. « Vous prendrez bien un petit verre de génépi, monsieur ? »

Les Menuires, une affaire de famille
Station très familiale, les Menuires comptent un club pour tout-petits (où on donne des cours de ski dès 3 ans), une garderie (pour les enfants de 3 mois et plus), un secteur où les jeunes skient gratuitement (avec accès à un tapis magique) et un autre où ils peuvent emprunter un parcours ludique (le Walabi Gliss) ou encore, se faire filmer. À faire aussi sur place : luge sur rail (semblable au Viking du mont Saint-Sauveur) ou sur neige (sur une exaltante piste de 4 km), soccer sur neige, raquette, traîneau à chiens…


L’un des nombreux restos-chalets de montagne de La Plagne.
photo : Gary Lauwrence

À table !
Aux Trois Vallées et à Paradiski, l’offre gastronomique va du casse-croûte avec table d’hôte à 13 euros jusqu’aux deux étoiles Michelin. Quelques bonnes adresses :

Les Verdons : cadre splendide, très bons plats, mais coûteux
(25 euros pour des pâtes carbonara avec viande des Grisons, ou pour un burger), comme partout à Courchevel.
www.lesverdons-courchevel.com

La Ferme de Reberty : superbe terrasse située directement sur les pistes des Menuires, avec excellentes tartiflettes.
www.lafermedereberty.com

Ferme Auberge Chantacoucou : on n’y sert que ce qui pousse ou est élevé dans cette fermette du hameau Le Châtelard (bœuf bourguignon, gratin de crozets, charcuteries…). Simple, authentique et délicieux.
011 33 6 13 98 91 56

Le Vieux Grenier (Immeuble Carlines 1, Les Menuires) : magnifique endroit rustique, délectables raclettes avec meule géante, belle variété de viandes (bœuf, sanglier, âne…).
011 33 4 79 07 68 58

Chez Pépé Nicolas : la montagnette transformée en resto, avec murs de pierre et toit de lauzes, entre Les Menuires et Val Thorens, la fringante et branchée station des Trois Vallées.
www.chezpepenicolas.com

Repères
S’y rendre Entre autres transporteurs, Air France relie quotidiennement Montréal à Genève et Lyon, à deux heures de route de Paradiski et des Trois Vallées.
www.airfrance.ca

Hébergement Avec 50 000 lits dans les Trois Vallées et 100 000 lits à Paradiski, ce ne sont pas les options d’hébergement qui manquent : gîtes, appartements, condos, hôtels, alouette, tous majoritairement « skis aux pieds » (ski in ski out).

Aux Menuires, le ravissant Chalet du Mont Vallon Spa Resort (www.hotel-montvallon-menuires.com), un quatre-étoiles tout neuf, offre de vastes suites et appartements avec cuisinette. Piscine intérieure, foyer central et excellente table (restaurant L’Atelier). Un tout nouveau Club Med vient aussi d’être inauguré à Val Thorens (www.clubmed.ca).

À Paradiski, on trouve notamment quatre villages Club Med (www.clubmed.ca), dont celui de La Plagne 2100, un quatre-tridents familial tout compris, qui offre des cours de ski dès 4 ans, des clubs d’activités pour les 4-10 ans et les 11-17 ans, ainsi que deux très bons restos :
Le Sérac (spécialités savoyardes) et La Moraine (excellent buffet varié).

Info générale
www.paradiski.com
www.les3vallees.com
www.atout-france.fr

Les auteurs étaient les invités d’Atout France,
du Club Med et d’Air France.

 

 

 

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