Sortir le Baluchon de l’ombre
Reconnu pour sa table champêtre, ses hébergements mettant en valeur le patrimoine local et les nombreux mariages qu’on y célèbre, Le Baluchon écovillégiature, à Saint-Paulin, en Mauricie, cache en son antre un réseau de pistes de ski de fond qui impressionne. Il est temps de l’exposer au grand jour.
En mars 2023, Jean-François Côté fonde une page Facebook sans prétention, sobrement nommée « Ski de fond au Baluchon ». L’objectif de ce maniaque de glisse : braquer les projecteurs sur le réseau du Baluchon, un centre de villégiature qui se situe dans son patelin, à Saint-Paulin, en Mauricie. Pourquoi ? Tout simplement parce que ces pistes n’obtiennent pas l’attention qu’elles méritent, affirme-t-il.
Jean-François Côté commence par y relater ses expériences de ski de printemps dans les pistes du Baluchon. « Au départ, je voulais souligner le fait que les pistes restaient ouvertes et bien entretenues jusqu’au départ presque complet de la neige », indique-t-il. Rapidement, sa page Facebook fait boule de neige. Des fondeurs se mettent eux aussi à partager leurs aventures au Baluchon. Un an plus tard, la page rejoint maintenant au-delà de 700 membres. « J’ai réussi à créer un engouement pour ce centre de ski qui est, à mon avis, l’un des meilleurs du Québec, mais qui demeure sous-estimé par rapport à ses comparables », atteste ce fondeur de 40 ans adepte des p’tites vites sur l’heure du lunch.
Depuis, le programmateur informatique est devenu, de facto, l’ambassadeur du Baluchon, qui compte 35 km de pistes, un réseau entièrement tracé pour le pas classique et pour le pas de patin. Son travail, complètement bénévole, a déjà d’importantes répercussions : le Baluchon connaît une recrudescence de son achalandage quotidien pour le ski de fond et vend comme jamais des abonnements saisonniers. « La bonne nouvelle se répand dans l’univers des fondeurs. Par exemple, on n’a jamais eu autant de mentions que durant l’hiver 2023-2024 sur la page Les trippeux de ski de fond, un incontournable en la matière », explique Émilie Gélinas, directrice marketing du Baluchon.
Si les pistes du Baluchon demeuraient méconnues, c’est que la direction concentrait ses efforts marketing sur l’hôtellerie, la vache à lait de l’entreprise. « Ça fait seulement deux saisons que nous tentons d’attirer les fondeurs qui ne séjournent pas chez nous », confirme Louis Lessard, cofondateur et propriétaire du Baluchon. Aujourd’hui, le ski n’est plus perçu uniquement comme une activité complémentaire de l’hôtellerie, mais comme un moteur attractif. « Nous voulons devenir l’un des meilleurs centres du Québec », déclare l’homme d’affaires. Un nouveau bâtiment sportif, ouvert à l’été 2024, donne un aperçu des ambitions du propriétaire.
Louis Lessard espère étendre son réseau pour atteindre le chiffre magique de 60 km, en signant notamment des ententes de droits de passage avec ses voisins ou en acquérant des terrains supplémentaires. L’heure est au développement du plein air, et ce, à fond de train, avec entre autres l’inauguration cet hiver d’un centre d’essai pour les skis Atomic. Louis Lessard désire également bonifier son réseau de fatbike et de vélo de montagne en s’inspirant des meilleurs centres dans le domaine au Vermont.
Beauté des pistes et des paysages
Une des grandes forces du Baluchon, selon son ambassadeur Jean-François Côté, qui promène ses spatules un peu partout au Québec, est l’entretien des pistes, le personnel ne lésinant jamais sur les efforts pour offrir de superbes conditions. « Tant qu’il reste de la neige, les employés poursuivent leur travail. Résultat : au cours des hivers 2022 et 2023, nous avons skié jusqu’en avril. Peu de centres en font autant, selon moi », soutient-il. Malgré le faible enneigement en 2024, la saison s’est allongée jusqu’au 22 mars.
L’autre précieux atout du Baluchon est la qualité des paysages. Dans ce domaine privé de 22 km2, qui a été acheté morceau par morceau par Louis Lessard, les fondeurs ont le privilège de pénétrer dans une diversité d’écosystèmes, comme j’ai pu le constater sur mes propres skis en février dernier, juste avant le redoux printanier. Ça m’a réconcilié avec les centres de villégiature, qui promettent souvent monts et merveilles en plein air. Cette fois-ci, je note que Jean-François Côté ne parle pas à travers son bonnet de ski.
Voici, en quelques phrases, ce que les fondeurs se mettent sous les spatules dans le réseau entièrement en boucles du Baluchon. Le sentier orange (chemin du bas de l’île, 5 km), qui fait le tour de l’île Juneau, longe le bord de l’eau et possède un magnifique refuge en bois rond à mi-chemin. Sur les hauteurs de cette île, la piste orange et blanc (chemin du haut de l’île) traverse sur quelque 6 km des champs agricoles et des peuplements d’essences nobles – idéal pour prendre un bain de soleil. Les deux sentiers orangés sont ponctués de splendides points de vue sur la chute des Trembles, vedette de l’endroit, dont le bruit constitue la trame sonore des lieux.
La boucle bleue (chemin de l’archipel), une piste intermédiaire jamais plate, au dénivelé de 236 m, suit en surplomb les cascades de la rivière du Loup. La boucle rouge (chemin des chênes rouges) s’aventure à flanc de montagne et serpente dans une enchanteresse forêt de chênes rouges sur 7,6 km et 300 m de dénivelé. Finalement, la boucle jaune (chemin de la ferme) ondule à la lisière de champs cultivés, dans un décor rappelant Les filles de Caleb; chemin faisant, les fondeurs se faufilent à l’ombre d’une imposante pinède qui a miraculeusement survécu aux coupes du passé, alors qu’une scierie occupait jadis les lieux.
Après une bonne sortie de ski, les fondeurs rassasiés étirent le plaisir en sirotant un café ou une bière à l’éco-café Au bout du monde avant de rentrer au bercail. Les plus chanceux demeureront sur place pour la nuit et retrouveront les pistes le lendemain. De quoi me rendre jaloux…
Protéger le Baluchon
Le Baluchon, ce sont des chambres, des chalets, des restaurants et un centre de plein air de grande qualité. Mais c’est aussi un vaste domaine de 22 km2 qui regorge de merveilles naturelles, dont une chênaie de chêne rouge, une majestueuse pinière et des milieux humides. « Ce sont les revenus de l’hôtellerie qui m’ont permis d’acquérir petit à petit les terres aux alentours à des fins de protection », souligne fièrement Louis Lessard, cofondateur et propriétaire du Baluchon. Ce père de deux grands enfants qui travaillent dans l’entreprise familiale songe actuellement à confier une partie de ses terres à une fiducie de conservation. « Je ne veux pas qu’un jour ce domaine soit découpé pour en faire du lotissement. L’intégrité du territoire constitue ma priorité », révèle-t-il. Reste à déterminer la forme que prendra cette fiducie de préservation. À suivre.
Virage chalets
Depuis son ouverture en 1990, le Baluchon a misé sur la formule chambre en auberge avec repas champêtre à la salle à manger. Toutefois, depuis quelques années, le centre de villégiature diversifie son offre en y ajoutant progressivement des hébergements inusités ainsi que de vastes chalets locatifs pour les groupes. « La formule chalet plaît de plus en plus et propose une autre façon de profiter plus longuement des activités du site », dit Michel Julien, responsable des relations de presse. Tous les nouveaux hébergements revêtent un caractère singulier qui leur est propre.
En bref
Du ski de remarquable qualité en milieu champêtre et forestier au cœur de la Mauricie.
ATTRAIT MAJEUR
La diversité des pistes de ski autant sur le plan du calibre que sur celui des paysages.
COUP DE CŒUR
Le loft Au bout du rouleau, un petit chalet d’un charme incomparable situé en bordure d’un bras de la rivière du Loup.






