Sur les Sentiers du lac Kénogami
Bordé sur son flanc sud par le Bouclier canadien, le lac Kénogami compose avec ses 126 îles le décor magique d’un sentier sauvage, reculé et accidenté d’une quarantaine de kilomètres qui se dévoile en longue randonnée.
Sur le site internet des Sentiers du lac Kénogami, on recommande aux randonneurs de parcourir le sentier de quelque 40 km en quatre jours et trois nuits, pour une moyenne quotidienne de 10 km. « Seuls des randonneurs expérimentés et aguerris devraient envisager de le parcourir en moins de temps », lit-on comme mise en garde. Je ne suis pas fou, je sais lire, mais marcher 10 km par jour me paraît une recommandation excessivement prudente. La rive sud du lac Kénogami, où serpente le sentier, est délimité par le relief du Bouclier canadien, qui ne se démarque pas par son dénivelé mortel.
En tant que coureur expérimenté, j’ai décidé de le faire plus rapidement, sur trois jours : arrivée tardive lors de la première journée, deux nuits de camping et une sortie rapide en matinée au dernier jour, pour une mini-expé de moins de 48 heures. J’avais mentalement prévu un voyage pépère de rando.
Je me suis complètement gourré.
Le Sentier des anciens, qui constitue le tronçon principal des Sentiers du lac Kénogami, réseau regroupant d’autres pistes de courte randonnée, réserve des surprises aux pleinairistes insouciants comme votre humble serviteur. Cette piste sauvage et passablement isolée nous invite à un parcours en montagnes russes, plongeant constamment dans des vallées profondes et escarpées avant de remonter sur des côtes à angle droit (bon j’exagère à peine). Mes poumons ont pompé fort. Et dire que j’avais intentionnellement laissé mes précieux bâtons de marche dans la voiture. Maudit inconscient !
Ma longue randonnée en mode « je ne me prends pas la tête » s’est transformée en un défi physique sous une chaleur écrasante de 30 ℃ à l’ombre et dans une atmosphère gorgée d’humidité. J’ai eu ma leçon : ne plus jamais sous-estimer les aspérités du Bouclier canadien.
UN PROJET DE PARC RÉGIONAL
Créés à la fin des années 1990, les Sentiers du lac Kénogami (SLK) faisaient partie d’un plan comportant la création d’un parc régional qui n’a jamais vu le jour, même si l’appellation « parc régional » revient régulièrement dans les communications publiques. Si ce parc demeure à l’état de projet, c’est probablement en raison de sa complexité. Les SLK traversent quatre territoires municipalisés (Hébertville, Larouche, Saguenay [ville] et MRC du Fjord-du-Saguenay) pratiquement tous en territoires non organisés (TNO) et en terres publiques intramunicipales (TPI). Imaginez le nombre de participants à convoquer aux réunions de planification…
Selon Marc-André Galbrand, directeur général de Contact Nature, organisme qui gère le SLK depuis 2023, les Sentiers du lac Kénogami souffrent encore d’un manque de notoriété. « La population locale fréquente les deux extrémités du sentier, mais la fréquentation en longue randonnée demeure marginale », me dit-il avant mon départ sur le sentier. On estime ce nombre entre 300 et 500 personnes.
Ce réseau qui reste dans l’ombre a néanmoins tout pour séduire les adeptes d’aventure en autonomie. Du commencement à la fin de son tracé, le sentier borde le lac Kénogami, offrant des paysages saisissants sur cette étendue d’eau vaste de 55 km2 comptant 126 îles et d’innombrables baies. À partir de promontoires naturels, les points de vue sur le lac accotent ceux qu’on a sur le fjord du Saguenay ou le fleuve Saint-Laurent.
Si la rive nord du lac Kénogami regorge de chalets, il en va autrement de sa rive sud, qui se situe en territoire public. On n’y croise aucune route, et les chalets se font très rares, à l’écart de la piste le cas échéant. Les randonneurs longent en permanence le lac sans jamais s’en éloigner. Chemin faisant, cette masse d’eau a constitué ma source d’eau et une immense piscine naturelle, où les baignades répétées m’ont permis de survivre à la chaleur intense.
Le sentier traverse un refuge biologique divisé en trois secteurs qui protège une forêt mûre et surannée. Ce genre d’écosystème se raréfie en raison de la surexploitation de nos forêts publiques. C’est une chance de pouvoir y marcher sous des arbres de taille impressionnante. Fait intéressant, les randonneurs empruntent un chemin historique, car le lac Kénogami était autrefois la voie de passage entre Tadoussac, le fjord du Saguenay et le lac Saint-Jean, contournant les rapides et chutes de la rivière Saguenay entre le lac Saint-Jean et Chicoutimi.
Un attrait inusité ponctue cette piste : la nacelle tractable à bras qui surplombe de 15 m la rivière Pikauba et en relie les deux rives sur 101 m de longueur. Cette infrastructure fonctionne comme une corde à linge. Le randonneur devient le vêtement à sécher ! Il se déplace lui-même en tirant sur une corde mouvant la nacelle sur un câble métallique. La traversée en solo n’est pas une mince affaire. J’ai dû puiser dans mes dernières réserves d’énergie de la journée pour franchir la Pikauba. Mes bras n’ont pas l’habitude d’un effort plus intense que le pitonnage sur un clavier. Ça a été toute une aventure !
Trois refuges et quatre campings, chacun comportant plusieurs plateformes à tentes, un abri-cuisine et un abri trois-faces facilitent l’exploration du sentier. Si les refuges conviennent aux gens qui souhaitent voyager plus léger, ils se trouvent cependant loin du lac et des sources d’eau potable, compliquant la logistique. Au contraire, les campings se situent tous en bordure du lac Kénogami ou de rivières en cascade. Ils sont mes coups de cœur. Par exemple, le camping Cyriac Buckell occupe un site à l’embouchure de la rivière Cyriac, qui finit sa course dans un petit canyon, et le camping Pikauba se niche dans une baie à la plage sablonneuse. Ce sont des endroits où on resterait volontiers plus d’une nuitée ; c’est là qu’on comprend tous les avantages de ne marcher que 10 km par jour…
CONSEILS PRATIQUES
-Bien que le sentier du lac Kénogami relie Laterrière, un secteur de la ville de Saguenay, au Mont-Lac-Vert, il est recommandé de commencer ou de terminer l’itinéraire à la digue Ouiqui, où se trouve un stationnement. L’extrémité ouest du sentier serait moins intéressante et exige la montée et la descente du Mont-Lac-Vert, un centre de ski alpin.
-Il s’agit d’un sentier linéaire, mais Transport plein air Pikauba (418 720-4349) fait le transport de personnes et de voiture aux extrémités afin d’en faciliter l’exploration.
-La section centrale du sentier, du km 9,4 au km 36,8, est interdite aux randonneurs du 1er novembre au 15 mai.
-Les chiens sont permis sur le sentier mais interdits dans les refuges.
-Depuis mon passage, les SLK ont subi une importante mise à niveau qui se poursuit jusqu’en juin 2025. Les sites de camping, déjà très bien, ont été améliorés, tout comme plusieurs tronçons du sentier.
En bref
Un sentier d’une quarantaine de kilomètres qui s’aventure en forêt profonde en longeant la rive sud du lac Kénogami.
ATTRAIT MAJEUR
Une expérience de longue randonnée aux multiples accès à l’eau, permettant la baignade afin de reprendre ses esprits.
COUP DE CŒUR
À égalité : la nacelle tractable à bras enjambant la rivière Pikauba et les campings rustiques en chemin.





