Sur les traces des Micmacs
Au sud de la Nouvelle-Écosse, en plein cœur d’un territoire micmac, se trouve un endroit de rêve pour la longue randonnée, autant sur l’eau que dans les bois. Son nom : le parc national et lieu historique national Kejimkujik.
Quand pour la première fois on traverse la péninsule néo-écossaise, on se surprend de voir autant de lacs et de rivières. C’est un vrai gruyère empli d’eau douce. Pendant des millénaires, toutes ces voies navigables ont servi aux Micmacs pour se déplacer à l’intérieur des terres, ou encore vers la baie de Fundy et la côte Atlantique.
C’est sur leurs traces qu’aujourd’hui on pagaie et marche tout autour du lac Kejimkujik, situé au cœur du parc du même nom. De cette étendue d’eau presque aussi vaste que le lac Jean-Peré dans la réserve faunique La Vérendrye, il est possible de partir à l’aventure vers une constellation d’autres lacs nichés dans l’arrière-pays.
Ce qui est merveilleux, c’est que chacun de ces lacs compte plusieurs emplacements de camping, bien séparés les uns des autres pour donner l’impression d’être seuls au monde. La plupart sont aménagés pour coucher sous la tente, mais quelques-uns sont équipés d’un abri-dortoir du type lean-to. Il suffit d’y dérouler son sac de couchage. Sauf exception, chaque emplacement reçoit jusqu’à six campeurs.
Le point de départ – et d’arrivée – se situe à Jakes Landing, là où la rivière Mersey se jette paresseusement dans le lac Kejimkujik. C’est là également qu’on loue des canots ou des kayaks, à la coopérative Whynot Adventure, si on ne veut pas ou qu’on ne peut pas trimballer ses propres embarcations. La mise à l’eau faite, l’éventail d’excursions possibles n’est limité que par les envies de chacun et chacune.
Si la météo est favorable, on compte environ une heure pour se rendre sans se presser aux sites de camping les plus proches. Pour atteindre les emplacements les plus éloignés, à l’extrémité des lacs Peskawa ou Frozen Ocean (quel nom pittoresque !), il faut pagayer pendant une bonne douzaine de kilomètres. On doit aussi prévoir deux ou trois portages.
Bien sûr, nul besoin de se taper tout le trajet la première journée. On peut très bien étirer le plaisir et passer de lac en lac au gré des jours, question de se donner le temps d’apprécier tant de beauté en un seul lieu.
La nuit tombée, c’est l’occasion de s’emplir les yeux des milliers de points lumineux qui brillent dans cette réserve de ciel étoilé. Le ciel du parc est l’un des plus sombres de la côte Atlantique.
Sur les sentiers
Les randonneurs au long cours trouvent pareillement leur compte à Kejimkujik. Deux sentiers d’arrière-pays permettent de s’enfoncer dans des forêts parfois vieilles de quelques siècles. Ces pistes sont bien balisées, mais beaucoup moins entretenues que les 13 autres pistes plus familiales du parc.
Il y a d’abord le sentier du lac Channel. Sur cette boucle de 24 km sont dispersés six sites de camping. On longe le lac Big Dam avant de gagner le lac Frozen Ocean (encore lui) puis de poursuivre vers ledit lac Channel. Attention, à mi-chemin, on traverse une petite rivière à gué.
Le plat de résistance, pour les randonneurs plus endurcis, est le sentier du lac Liberty, une boucle de 56 km qui fait presque le tour du parc. On dit « presque », car la sortie du sentier se trouve à quelque 20 km du point de départ. Il faut donc y laisser une auto ou un vélo en prévision de notre retour. Il est aussi possible de réserver une navette à la coopérative Whynot Adventure.
Ce sentier se divise en trois sections. On emprunte en premier lieu celle du lac Channel sur une dizaine de kilomètres pour parvenir à un segment « minimalement entretenu », pour reprendre l’expression au parfum d’euphémisme d’une employée du parc, et c’est uniquement par cette piste qu’on atteint le point le plus occidental du parc, où se situe justement le lac Liberty ; les braves qui s’y rendent obtiennent le privilège d’avoir l’endroit à eux seuls. Les derniers kilomètres du sentier suivent un ancien chemin forestier.
Bain de culture
Avant de reprendre la route, on peut se faire le plaisir de s’initier à l’histoire et à la culture micmacs.
On apercevra autour du lac des pétroglyphes – des dessins gravés dans la pierre – créés il y a des siècles par ces premiers habitants. On aura aussi la chance d’admirer tout le talent de Todd Labrador, qui fabrique des canots d’écorce dans la pure tradition de son peuple. Et pour finir, on passera une soirée à la belle étoile à écouter des légendes tout en regardant la voûte céleste. En langue mi’kmaq, Kejimkujik signifie « petites fées ». On comprend pourquoi.
Encadré #1
Le parc national et lieu historique Kejimkujik possède un site côtier, parc national Kejimkujik Bord de mer, qui se situe à 100 km du parc intérieur. Deux sentiers totalisant 7 km desservent ce secteur en traversant forêt littorale, landes arbustives, peuplement d’épinettes et plages de galets.
En bref
Quelque 80 % du parc national Kejimkujik, en Nouvelle-Écosse, accessible seulement par ses cours d’eau et ses sentiers d’arrière-pays.
Attrait majeur
L’imposant lac Kejimkujik, avec ses îles et ses plages de sable.
Coup de cœur
Le ciel étoilé, l’un des plus sombres de la côte Atlantique.
Les frais de déplacement et d’hébergement pour ce reportage ont été assumés par Tourism Nova Scotia et CanaDream, qui n’ont eu aucun droit de regard sur le contenu rédactionnel.



