Publicité
Été, Kayak, Reportage

Suivre les flots de la Ferrée

09-03-2020

Photos Maxime Bilodeau

Un agriculteur à la retraite redonne ses lettres de noblesse à la rivière Ferrée, près de Saint-Roch-des-Aulnaies. Sa proposition : la descendre en kayak au printemps !

Christian Joncas aime jouer dehors. Beaucoup. Tellement que ce producteur de lait biologique, l’un des rares au Québec, s’est depuis peu départi de sa ferme et de son troupeau de 60 vaches pour se consacrer pleinement à cette passion. « Je n’avais pas le temps. Maintenant, je l’ai », révèle laconiquement l’ex-propriétaire de la Ferme Rivière Ferrée, à Saint-Roch-des-Aulnaies, sur la Côte-du-Sud, dans la région de Chaudière-Appalaches. Vélo, vélo à pneus surdimensionnés, voile, ski de fond, snowkite : l’emploi du temps du jeune retraité de 61 ans se résume dorénavant à une succession d’activités de plein air, variables selon la saison et son envie du moment. Sa préférée ? Descendre en kayak la rivière Ferrée, qui traverse ses anciennes terres.

 

Comme son nom l’indique, la Ferrée se caractérise par ses flots riches en fer, qui prennent leur source dans les contreforts des Appalaches avant de terminer leur course dans le Saint-Laurent. C’est pourtant son état déplorable qui suscitait l’intérêt il y a dix ans à peine. Dans une fiche diagnostic publiée en 2010, l’Organisme des bassins versants (OBV) de la Côte-du-Sud qualifiait son eau de « douteuse » et impropre à « certains usages ». La faute à sa situation géographique particulière, au beau milieu des basses terres du Saint-Laurent, où les producteurs agricoles l’ont peu à peu transformée en dépotoir à ciel ouvert. Et où les fosses septiques ont longtemps été « parfois défaillantes », voire carrément « inexistantes », comme le soulignait l’OBV de la Côte-du-Sud…

De bons samaritains ont infléchi le cours des choses. Sous la bannière du Comité de bassin versant de la rivière Ferrée, des citoyens de Saint-Roch-des-Aulnaies et de Sainte-Louise, la municipalité voisine, ont entrepris d’en améliorer la qualité de l’eau. Mesures de protection des bandes riveraines, promotion de meilleures pratiques agricoles, journées d’information publique : maintes initiatives en ce sens ont vu le jour. Un salon de l’installation septique, le premier du genre au Québec, s’est même déroulé à Sainte-Louise ! Interpellé, Christian Joncas a rejoint le mouvement. « J’ai commencé à sortir avec des gens sur la rivière en 2014 afin d’en montrer les richesses. Le succès ne se dément pas depuis. »

 

Petite rivière devient grande

Le rendez-vous est fixé au Méandre, une halte d’interprétation qui tient lieu de point d’arrivée de la descente en kayak. Sur place, on trouve des poubelles, une toilette écologique et un gigantesque menhir couché (!) qui fait office de table à pique-nique. Mais en ce début mai, c’est l’odeur de fumier épandu dans les champs environnants qui retient surtout l’attention. « Du lisier de porc », confirme Christian Joncas, en connaisseur. Ce dernier vient d’arriver, flanqué de ses acolytes André Vézina et Richard Marrier, eux aussi de jeunes retraités. Au menu du jour : la descente courte de la Ferrée, d’environ 6 km. « Il y a deux semaines, nous t’aurions proposé la version longue, de 10 km », me lancent-ils au passage.

En temps normal, le niveau d’eau de la rivière Ferrée est très, très bas. On en voit sans problème le fond durant la saison estivale. À ce moment-là, impossible de la pagayer, hormis pour un court aller-retour de 3 km à partir du Méandre. Au printemps, toutefois, petite rivière devient grande. « La fonte des neiges gonfle son niveau d’eau, ce qui la rend praticable en tout ou en partie pour une durée limitée », mentionne Christian Joncas. La descente de 6 km, de niveaux débutant à intermédiaire, comprend quelques petits rapides et se boucle en moins d’une heure et demie.

Un conseil : évitez les kayaks en fibre de verre pour cette descente en raison du fond rocheux de la rivière. Mieux encore : empruntez à Christian Joncas une embarcation en polyéthylène (plastique), comme l’auteur de ces lignes. Ses douze kayaks rafistolés de partout ont vécu la guerre ; vous vous sentirez moins coupable en tapant un étoc… Pour faire part de ses intentions au principal intéressé, il suffit de devenir membre de la page Facebook du Club de plein air des Aulnaies. C’est par cet intermédiaire que les activités de ce regroupement informel se planifient. « Le Club est davantage une communauté d’intérêts qu’une entité propre. Nous, on joue dehors, pas dans la paperasse », signale-t-il d’ailleurs. À bon entendeur, salut.

Un long plan-séquence

La mise à l’eau se fait en amont de la rivière, qu’on atteint après quelques minutes de voiture – qu’il faudra récupérer par la suite. Les berges glissantes de la Ferrée compliquent la tâche. Impatient, André Vézina en fait les frais : bing, bang, plouf, ta****, le voilà les quatre fers en l’air dans la rivière ! Une chance, le ciel bleu azur laisse percer de chauds rayons de soleil qui le garderont au chaud pour la durée de l’aventure. La leçon est apprise : il faut prendre son temps, au risque de finir détrempé. Heureusement, c’est le seul véritable obstacle du jour. La rivière, tortueuse à souhait, nous prend tranquillement par la main. Direction : le Méandre.

La suite est un long plan-séquence. Des fermettes érigées ici et là ponctuent la descente, tout comme des ponceaux rudimentaires en bois sous lesquels nous défilons. Des éclaircies laissent apercevoir des champs immenses tout juste libérés des rigueurs de l’hiver. Au loin, des tracteurs vont et viennent dans un balai toujours pareillement odorant. Tiens, des crosses-de-violon sur le rivage. Aussi bien s’arrêter pour en cueillir, la saison est courte. Au fil des discussions, le peu loquace Richard Marrier s’ouvre brièvement à moi. « Autrefois, on se baignait, on patinait et on pêchait même de la truite sur cette rivière ! Puis elle est quelque peu tombée dans l’oubli avant d’être réhabilitée », me confie-t-il, visiblement ému. Orpheline, la Ferrée a été adoptée.

On recommande

Boulangerie Du pain… c’est tout !

Les croissants de cette boulangerie artisanale et familiale de Saint-Roch-des-Aulnaies ne sont pas que 100 % locaux : ils sont aussi (et surtout) diablement bons ! La raison : le copropriétaire Charles Létang a gagné le concours de meilleur boulanger utilisant des produits biologiques en 2016, dans le cadre de l’Expo Manger Santé et Vivre vert. Ceci explique cela. À découvrir, absolument.

boulangeriedpct.squarespace.com

En bref

Une excursion de kayak printanière sur la rivière Ferrée, sur la Côte-du-Sud.

Attrait majeur

Le gigantesque menhir couché du Méandre, ce semblant de table de pique-nique où il fait bon trinquer à ses bons coups.

Coup de cœur

Christian Joncas, avec qui on peut jaser plein air et agriculture biologique, entre autres sujets.

Envie d’essayer ?

C’est sur la page Facebook du Club de plein air des Aulnaies que ça se passe. facebook.com/groups/248006518718970

 

 

Publicité