Boucler le mont Ouareau

  • Photos Simon Diotte

Montagne vedette de Lanaudière, le mont Ouareau croule sous le poids des randonneurs. Son stationnement déborde, sa surface de marche se dégrade et sa surfréquentation nuit à l’expérience grande nature. La solution : la création d’une boucle et d’un second accès. Ce projet qui devrait voir le jour en 2024 s’inscrit dans une démarche d’amélioration des sentiers lanaudois en vue de l’obtention du label GR (sigle pour « grande randonnée »).

Nous marchons dans une ancienne piste de ski de fond assez large où la végétation regagne le terrain perdu. Ici et là, de vieux panneaux de signalisation annoncent des descentes corsées. « La Traversée des Laurentides, un événement qui regroupe des maniaques de ski de fond depuis des décennies, passait autrefois par ici », m’informe Serge-Alexandre Demers Giroux, agent de développement de plein air à Loisir et Sport Lanaudière. Notre but n’est cependant pas de sortir cette piste de ski des boules à mites, mais d’ouvrir un nouveau lien pédestre vers le mont Ouareau.

La piste de ski oubliée pourrait être la clé. Celle-ci, qui a déjà servi aux motoneiges, se connecte aux pistes du parc La Réserve, domaine naturel privé intégré au centre de villégiature Le Grand R, à Saint-Donat, où se développe un vaste réseau de sentiers accessibles à tous. Serge-Alexandre Demers Giroux a fait un peu de recherche au préalable et croit que la piste mène à un ancien refuge. Cette cabane serait accessible par un autre sentier se connectant à celui du mont Ouareau.

« Si la piste de ski mène où je pense, on pourrait créer une véritable boucle qui ferait le tour du mont Ouareau sans devoir dépenser une fortune en aménagement. Les randonneurs n’auraient plus à faire un aller-retour et profiteraient de deux portes d’entrée : le stationnement actuel sur la route 125 et le stationnement au Grand R », avance Serge-Alexandre.

Lors d’une matinée enneigée de novembre, me voilà donc défricheur de sentier en compagnie de Serge-Alexandre, Hervé Gueymard, propriétaire du Grand R, Patrick Auger, un bénévole du Sentier national au Québec (SNQ), France Larrivée, membre du conseil d’administration du parc La Réserve, et André Litzler, un Donatien qui connaît tous les arbres du coin par leur prénom. Notre équipe expérimentée ne devrait pas se perdre dans le bois !

Après quelques kilomètres, nous réalisons que la piste de ski tient ses promesses. Encore assez large, elle deviendra un sentier en quelques coups de sécateur et de tronçonneuse. Cette piste en développement pourrait aussi devenir un tronçon alternatif de bikepacking de la Grande boucle des hauts sommets de Saint-Donat. Ce sentier circulaire de plus de 80 km ceinture Saint-Donat et s’ouvre déjà aux fondeurs et raquetteurs. Et bientôt aux aventuriers à vélo, selon les souhaits d’Anne-Marie Alder, qui pilote ce projet au sein du Club de plein air de Saint-Donat.

Mais notre mission ne se termine pas là. En rejoignant la piste du mont Ouareau, nous grimpons jusqu’à son sommet, à 685 m d’altitude. Chemin faisant, nous constatons les ravages de la fréquentation excessive. L’accès facile et gratuit à ce relief de la municipalité de Notre-Dame-de-la-Merci en serait la cause. La montée ressemble à une autoroute à trois voies. L’eau s’accumule dans le corridor de marche et le transforme en mare de boue. Résultat : le sentier a besoin d’amour et d’une diminution du nombre de marcheurs. D’où la pertinence de la future boucle.

Piquer dans le bois

Peu après le sommet, en direction du refuge Paul-Perreault, notre groupe plonge hors sentier dans la forêt dense pour aller rejoindre notre piste de ski de fond. Sous les parois rocheuses du mont Ouareau pousse une forêt mature qui n’a peut-être jamais vu de tronçonneuse. La circulation hors-piste se fait sans peine sur près d’un kilomètre avant qu’on boucle la boucle en rejoignant la piste de ski. « Ce tronçon alternatif sera facile à aménager », se réjouit Serge-Alexandre Demers Giroux.

Fruit de cette expérience terrain, la boucle du mont Ouareau pourra se concrétiser assez aisément, d’autant plus que Loisir et Sport Lanaudière a une enveloppe budgétaire destinée à ce projet. Reste à obtenir la permission du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN), responsable des terres publiques sur lesquelles circulera le sentier. L’approbation d’Hervé Gueymard, propriétaire du parc La Réserve, ne devrait pas poser problème. « Je suis heureux que les acteurs concernés se coordonnent pour bonifier l’offre de sentiers dans la région », dit Hervé Gueymard. Le stationnement du parc La Réserve pourra accueillir les randonneurs en destination du mont Ouareau, moyennant des frais.

« Ce futur sentier doit aussi se trouver un parrain », ajoute-t-il. Le Club de plein air de Saint-Donat pourrait l’ajouter à son réseau. La Société de développement des parcs régionaux de la Matawinie, qui gère la section lanaudoise du Sentier national au Québec (SNQ), dont fait partie le sentier du Mont-Ouareau, pourrait également le parrainer. À qui la chance ?

Si tout va bien, ce dernier deviendra une boucle en 2024. Il s’agit de l’une des nombreuses améliorations prévues dans les sentiers de Lanaudière au cours des prochaines années. L’objectif : obtenir l’homologation GR (grande randonnée), un label de qualité attribué par la Fédération française de la randonnée pédestre. « Nous ne voulons pas nécessairement augmenter le nombre de kilomètres des sentiers pédestres, mais faire mieux. Par exemple, en connectant le SNQ aux cœurs villageois et en créant de petites boucles pour faciliter l’exploration », illustre Serge-Alexandre Demers Giroux.

La bonification des sentiers mènera aussi à une meilleure protection du territoire. Le Sentier national au Québec pourrait devenir une aire protégée de part et d’autre de son emprise, formant un long corridor écologique de 1843 km. Ce projet est mené actuellement par Rando Québec et la Société pour la nature et les parcs du Québec (SNAP Québec). En cette ère de crise climatique, chaque kilomètre de sentier revêt son importance pour favoriser l’accès à la nature et le déplacement de la faune.

 

En bref

La création d’un sentier en boucle sur le mont Ouareau, lieu très populaire à Notre-Dame-de-la-Merci.

ATTRAIT MAJEUR

De jolis paysages, des forêts invitantes, des panoramas uniques et des vestiges témoignant du passé.

COUP DE CŒUR

Les percées visuelles sur le lac Long et le lac des Îles.

lanaudiere.ca