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Débats (passionnés) autour d’un projet de parc

On a toujours entendu toutes sortes de rumeurs à propos des calanques: route panoramique goudronnée à travers le massif, mégahôtel tout confort, développement immobilier, etc. Depuis une dizaine d'années, c'est le projet de parc national qui semble occulter tous les autres. Mais cette alternative ne réjouit pas tout le monde.

D'abord il y a ceux qui ont du mal à accepter qu'une autorité – surtout émanant d'une institution locale conjointe avec le ministère à Paris – fasse «la pluie et le beau temps» sur un territoire dans lequel on a toujours fait ce qu'on voulait sans avoir à rendre des comptes… Car il faut bien l'avouer: malgré la convoitise qu'elles suscitent auprès des «développeurs» de toutes sortes, les calanques ont toujours conservé leur caractère sauvage – un miracle en zone périurbaine! Alors, un parc national… pour quoi faire?

Il y a ceux qui y exercent leurs activités traditionnelles, qu'elles soient légales ou pas. Les pêcheurs dont la ressource halieutique se situe dans des zones des calanques, craignent de voir leurs quotas de prélèvement limités par cette nouvelle réalité. Que dire des braconniers – un peu moins nombreux qu'avant, mais toujours actifs! – qui vont avoir un peu plus de difficulté à pêcher le mérou (interdit) ou chasser le petit gibier nourri aux parfums puissants de la garrigue…

Il y a les «protectionnistes» qui savent qu'un parc national nouvellement créé (le 1er créé en France métropolitaine depuis 1979!) amènera un flux important de visiteurs dans un territoire qui souffre déjà, la fin de semaine, d'un problème de surfréquentation sur certains sentiers. Ceux qui y marchent depuis toujours craignent de voir «leurs» calanques leur échapper au profit des touristes «estrangers»… À Marseille, on n'est peu habitués au tourisme et les mentalités restent un peu réfractaires à cette industrie.

Mais la grande question qui taraude les Marseillais est celle des fameuses Aires Optimales d'Adhésion (AOA), ces zones «tampons» qui ceinturent le coeur du parc national, mais qui imposent des restrictions moins sévères qu'un parc national. Certaines AOA, comme celle des Goudes, petit village de pêcheurs où commencent les calanques et intégrée à la municipalité, sont souvent évoqués à titre d'exemple.

Pour l'instant, les Goudes (de même que Port Miou, à Cassis, et le Frioul, île au large de Marseille) ne sont pas inscrits dans les AOA; certains y voient le signe qu'ils pourraient, un jour, faire l'objet de projets peu compatibles avec ceux d'une aire protégée. Car on raconte, à Marseille, que le village des Goudes, d'abord intégré au parc, en a été retiré sur demande du maire; de là à en déduire qu'il pourrait faire l'objet d'un projet hôtelier, il n'y a qu'un pas – vite franchi dans des esprits échauffés par des décennies de corruptions et de malversations politiques! Idem pour la calanque de Port Miou, à Cassis, qui bizarrement ne fait pas partie du coeur du parc… La question des AOA et des frontières du coeur du parc dominent les réserves exprimées dans les 4500 réactions citoyennes de l'enquête publique menée d'octobre à novembre dernier.

D'autres, plus cyniques que pragmatiques, se questionnent sur la pertinence de créer une zone protégée et réglementée à seulement 30 km de la plate-forme pétrolière, qui devrait voir le jour en face des calanques d'ici 2013! Dans le cas d'une mer semi-fermée comme la Méditerranée, une marée noire aurait un impact direct dramatique sur le milieu naturel et, indirectement, sur la pêche et le tourisme. Présentement à l'étude au ministère de l'écologie, ce projet hautement controversé est celui de deux entreprises anglaises: Melrose et Noble Corporations. Même questionnement au sujet de la station d'épuration des eaux, située à l'entrée de la calanque de Sormiou, jugée depuis longtemps insuffisante pour les besoins d'une agglomération de 800 000 personnes. La qualité de l'eau qui se déverse encore et toujours dans la calanque est loin d'être celle qui devrait s'écouler dans un parc national!

Malgré ces limitations, les Marseillais sont 80% à se dire favorables à la création du parc, selon une étude du Groupe d'Intérêt Public des calanques. Mais sous réserve que les mêmes règles s'appliquent à tous. Pas de dérogation pour une auberge rustique dans les calanques (sans toilette ni gestion verte des déchets), par exemple. Pas de passe-droit pour tel ou tel projet… Les conflits d'usage devront être gérés par les collectivités territoriales (et non pas seulement par le ministère à Paris), comme le veut la nouvelle génération de parcs nationaux français. Un élément qui devrait s'avérer crucial dans une région foncièrement indépendante et réfractaire aux lois imposées de loin.