Gorak Shep, l’avant-poste de l’Everest…


KalaPathar et Pumorie en arrière plan

Drôle d'ambiance, à Gorak Shep. Dans cette cité-dortoir pour trekkeurs et alpinistes, l'humidité suinte de tous bords, tous côtés.

Nos chambres sont glaciales comme les couloirs d'un donjon (nous adoptons tous l'expression de notre guide Manu pour désigner l'endroit) ou, pire, de catacombes… Le sol est en béton; il nous faut déployer des tonnes de courage pour nous extirper hors de notre sac de couchage, la nuit venue, afin d'apporter notre contribution aux latrines débordantes…

Mais du haut de ses 5140 m, Gorak Shep n'a pas besoin d'essayer de nous séduire; elle forme l'avant-poste de l'Everest et, à ce titre, elle mérite le respect.

Ils sont tous passés par là, tous ceux qui s'y sont essayé, ceux qui ont réussi, ceux qui ont flanché, les conquérants, les héros, les acharnés, les décharnés, tous ceux que cette passion dévorante des cimes a conduits à l'extrême. Les couloirs du lodge en témoignent: les murs sont tapissés de t-shirts d'expéditions, d'affiches et de fanions à l'effigie d'alpinistes connus et inconnus, de ceux dont l'histoire n'a guère retenu le nom, de ceux qui ont fini en entrefilet dans les pages sportives d'un quotidien local.

Village artificiel pour les besoins de la cause, Gorak Shep (et les autres bleds depuis Dingboche) est un campement organisé autour de l'essentiel: un lit pour dormir, une table pour manger, quelques toilettes, un lavabo pour les ablutions sommaires. Tout ici tourne autour des besoins primaires; le reste peut attendre plus bas…

D'ici, le trek jusqu'au camp de base de l'Everest n'implique qu'un petit quatre heures aller-retour, entre les yaks qui transportent le tout-venant (bagages, bonbonnes de carburant, matériel de montagne, latrines démontables…).

Autour des campements épars, des drapeaux de prière claquent au vent. Il fait froid; j'imagine que des alpinistes sont là depuis des semaines, pour des semaines encore. Droit devant, le glacier du Khumbu s'étire langoureusement. Deux jours plus tard, nous apprendrons la mort d'un sherpa malade, d'un autre alpiniste…

Gorak Shep a les yeux levés sur le Kala Patthar (5550 m), un rude  sommet qui s'élève au-dessus d'une drôle de mer de sable, et qui est connu pour dévoiler les montagnes mythiques des alentours. Coup pour rien, à l'approche du sommet, notre petite gang est prise d'assaut par des bourrasques à tout casser. Le moindre pas, à cette altitude et dans ces conditions, nous déséquilibre sur les blocs de pierre instables.

Le temps de faire une photo d'équipe (malgré les batteries de caméra qui figent dans le froid glacial) et nous dévalons à toute vitesse le sentier qui pointe vers le campement. Vite! Un hot lemon, au guest house…