Avant les froids de canard
Nombreux sont les passereaux qui endossent leur frais plumage nuptial au printemps. Les canards, eux, font les choses à l’envers: c’est en automne que les mâles revêtent leurs plus beaux atours afin de séduire les canes et de s’établir en paire. Contemplez-les sur les étangs, les lacs et les cours d’eau lors de vos ultimes sorties automnales, avant que les couples ne convolent vers le sud.
Les canards barboteurs…
Vêtu de son plumage estival, le canard colvert mâle ressemble beaucoup à la femelle, et il est même facile pour l’œil non exercé de le confondre avec le canard noir. Or, dès la fin de septembre, les plumes de sa tête et de son cou adoptent une riche teinte verte qui brille de mille reflets irisés. Le colvert conservera cette livrée jusqu’à la fin du printemps suivant. Ce canard, dont les effectifs sont si abondants qu’on le considère comme une espèce envahissante, fréquente des habitats humides variés et s’adapte fort bien au milieu urbain.
Le canard branchu mâle, dans son plumage nuptial qu’il porte de septembre à juin, est l’un des plus beaux anatidés d’Amérique du Nord. Impossible de se méprendre sur son identité à la vue des différentes teintes iridescentes de son plumage, des lignes blanches sur sa tête, de son bec jaune orangé, de sa huppe verte proéminente et de ses éclatants yeux rouges. Ce canard, qui habite les forêts inondées, les rivières et les étangs, a la particularité de se percher dans les arbres, où il s’agrippe solidement à l’aide de ses pattes munies de griffes.
C’est en raison de son croissant facial blanc, situé entre l’œil et le bec, qu’il est possible de discerner à grande distance le mâle de la sarcelle à ailes bleues dans son plumage nuptial. Tard en automne, il délaisse sa terne livrée brunâtre estivale et se pare sur la tête de plumes couleur bleu acier. Le croissant blanc, relativement discret en été et au début de l’automne, s’accroît alors en longueur, traversant la face du dessus de la tête jusqu’au menton. Cette espèce fréquente les lacs et les cours d’eau à proximité des rives herbeuses.
Dans son plumage nuptial, qu’il arbore dès octobre, le mâle de la sarcelle d’hiver, tout comme son cousin à ailes bleues, se reconnaît aisément à distance : ici, c’est la ligne blanche verticale à l’avant du corps qui facilite l’identification. De l’automne jusqu’à la fin du printemps suivant, sa tête prend une teinte marron, en plus d’être marquée d’une tache courbe de couleur verte qui englobe l’œil. Cette sarcelle, qui habite les étangs et les marais, est le plus petit canard barboteur de tout le nord-est du continent.
… et les canards plongeurs
Il est toujours saisissant d’observer le harle couronné mâle dans son plumage nuptial. Cela tient à son imposante huppe noir et blanc qui, lorsqu’elle est complètement surélevée, donne l’impression que le canard possède une tête aux dimensions disproportionnées. C’est de la fin de l’été jusqu’au mois de juin suivant que le mâle s’habille de cette splendide livrée. Cette espèce, la plus petite des trois espèces de harles présentes au Québec, vit principalement en eau douce, sur les lacs et les étangs.
Tel que son nom l’indique, le petit garrot est un canard fort menu qui ne fait qu’une trentaine de centimètres de long. En plumage nuptial, d’octobre jusqu’à mai, le mâle semble être vêtu d’un smoking de soirée. En raison de sa tache blanche à l’arrière de la tête, on pourrait le confondre avec le harle couronné; or le plumage immaculé de la partie du corps en contact avec la surface de l’eau le différencie de ce dernier. Selon l’angle de la lumière, les plumes foncées de la tête jettent des reflets irisés violets ou verts. Cette espèce vit en forêt, dans les étangs et les lacs peu profonds.
C’est en octobre que l’eider à duvet mâle s’orne de son plumage noir et blanc, si différent de sa livrée estivale presque entièrement foncée et plus terne. L’agencement des zones noires et blanches est unique à cette espèce, ce qui permet de le distinguer des autres canards arborant des plumages pie. C’est tard en automne de même qu’en hiver qu’il est possible d’observer ce canard de mer dans les eaux libres de glace de l’estuaire du fleuve Saint-Laurent, où se forment de larges regroupements composés de centaines d’individus.
Chez le canard kakawi mâle, difficile de savoir quel est le plumage nuptial. En effet, les ornithologues dénombrent jusqu’à quatre plumages distincts tout au long de l’année, et à l’intérieur d’un même groupe, certains individus présentent des livrées différentes. Quoiqu’il en soit, le mâle est spectaculaire en toute saison. À la fin de l’automne, la plupart des mâles revêtent un pennage fait de plumes noires, grises et blanches. Ce canard hiverne dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent ainsi que dans les Grands Lacs.
Pierre Bonneau est rédacteur en chef du magazine Nature sauvage.










