Les vieux-jeunes
Nous en connaissons tous un spécimen, mais comment devient-on un athlète à la tête blanche ?
Vieillir, c’est dans la tête, mais aussi – et surtout – dans le corps. Pensez à ces vieux-jeunes, ces personnes que vous savez arrivées au troisième âge, mais dont vous êtes incapable d’estimer le nombre d’années écoulées depuis leur naissance. Monsieur a-t-il 70 ans ? Ou 75 ans ? À moins qu’il n’entame sous peu sa huitième décennie sur Terre ? Impossible à dire. Car, comme l’affirme l’Organisation mondiale de la santé, « la diversité observée à un âge avancé n’est pas le fruit du hasard ». Elle est souvent due à une pratique régulière et assidue d’un exercice physique.
Données probantes
La science le confirme. Des chercheurs américains se sont par exemple intéressés à des individus âgés de 75 ans en moyenne qui avaient bougé toute leur vie. Ces derniers participaient en effet à des exercices cardiovasculaires de quatre à six jours par semaine, pour un total d’environ sept heures par semaine. Les scientifiques ont comparé la condition physique de ce premier groupe à celle d’un second groupe composé de septuagénaires sédentaires ainsi qu’à celle de jeunots de 25 ans physiquement actifs.
Résultat ? Le système cardiovasculaire des personnes ayant fait de l’exercice année après année, sans déroger à cette routine, avait l’air d’avoir 30 ans de moins que leur âge réel, lit-on dans l’étude parue en 2018 dans le Journal of Applied Physiology. Autrement dit, la santé de leur cœur et de leurs vaisseaux sanguins était comparable à celle d’un individu de 40 à 45 ans. La règle du pouce veut pourtant que la capacité à traiter l’oxygène à l’effort diminue de 10 % par décennie après 30 ans ! L’exercice pratiqué de façon assidue préserve en outre la masse maigre, donc la force musculaire, chez les aînés.
Une autre étude, menée en 2022, a déterminé quant à elle la proportion des pertes de condition physique réellement attribuables à l’âge chez les sportifs d’endurance. Réponse : environ 50 % de la baisse des performances peut être imputable au passage du temps, alors que l’autre moitié s’explique par des changements dans les habitudes d’entraînement. Préserver un nombre significatif d’heures d’activité physique à bonne intensité est le meilleur moyen de prévenir une chute accélérée des aptitudes cardiovasculaires liée à l’âge, concluent les auteurs.
Leur secret ?
La suite logique de cette chronique serait de vous fournir des trucs et conseils pour faire partie du club des vieux-jeunes. Priorisez votre sommeil, brassez de la fonte, exécutez des séances d’entraînement par intervalles, maximisez vos apports en protéines pour limiter la sarcopénie, cette perte de masse musculaire liée au vieillissement… Vous voyez le genre. Mais il est illusoire de penser que ces quelques gestes pourraient véritablement changer quelque chose à l’affaire. Après tout, les spécimens de vieux-jeunes sont rares, non sans raison.
Pourquoi ? C’est que maintenir une forme olympique malgré l’avancée en âge suppose de se faire violence. Une fois, dix fois, mille fois, il faut réaliser ce petit miracle qui consiste à vaincre l’inertie du boulot, des marmots, de la gastro. Une fois, dix fois, mille fois, il faut s’arracher à son quotidien pour mieux se confronter à l’absurdité de courir du point A au point B, sans finalité profonde ni dessein secret. Oui, mais le plaisir ?
Je vous en prie : branler dans le manche chaque jour lorsque vient le moment de lacer ses souliers et partir courir, mais le faire quand même est tout sauf plaisant. Derrière cette procrastination du décollage se dissimule une lente, pénible et perpétuelle construction de sens.
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Portez-vous bien votre âge ?
Pour le découvrir, référez-vous à la calculatrice de la condition physique de l’Université norvégienne de sciences et de technologie. Mise en ligne pour la première fois en 2013, elle a été mise à jour et simplifiée à plusieurs reprises. Surtout, de nombreuses études ont utilisé son algorithme pour prouver qu’un âge de forme physique relativement bas est lié à un risque nettement moindre de plusieurs maladies chroniques à long terme. Test en ligne : hvemereldst.no/en/


