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Course

Moi, mes souliers…

16-12-2018
Course soulier

Je possède bien plus de paires de souliers de course qu’il n’y a de jours dans la semaine. Et je ne suis pas le seul.

La première chose qui attire l’œil lorsqu’on pénètre dans ma garçonnière limouloise, ce n’est pas la décoration ni la superbe vue sur le Vieux-Québec. Non, ce sont les dix paires de chaussures de course à pied stationnées sagement à l’entrée, prêtes à me propulser vers une prochaine aventure. À tous les coups, mon invité pose un regard oblique sur mon parking à godasses, avec l’air de se demander si une famille éthiopienne habite dans mon trois et demie. Pourtant, j’y réside seul.

Je suis un geek des espadrilles. Je connais chaque modèle par son petit nom, son curriculum vitae et sa filiation au sein de la compagnie qui le fabrique. Déformation d’ex-vendeur de chaussures oblige, aucune des caractéristiques ne m’échappe, du poids à l’inclinaison en passant par la largeur de la cage à orteils et la durabilité de la semelle d’usure. Pire encore, je me souviens sans peine de la paire que je portais lors de telle ou telle course, et des raisons qui ont motivé ce choix. C’est terrible, je sais.

Vous voulez me faire verser une larme? Parlez-moi de mon meilleur temps sur 5 km réalisé avec un Type A5, de Saucony, il y a… plus de six ans. Le trémolo dans la voix, je vous vanterai son faible drop de 4 mm et son poids modeste d’environ 150 g, ce qui fait de ce racer un candidat de choix pour un tel effort. Je peux vous pondre un discours équivalent pour mes records sur 10 km (Kinvara 2), en marathon (Adios), et même pour mes plus sévères déconvenues – un Blazingfast, de Asics, ce n’est pas une bonne idée pour un 21 km.

Chaussure à son pied…

Je ne suis pas le seul à être frappé par la folie des pichous de toile. Contre toute attente, un simple appel à tous lancé sur les réseaux sociaux, l’équivalent virtuel d’une bouteille à la mer, m’a valu de nombreuses confidences de courreurs atteints de la même maladie mentale. Annie Dubé, de Trois-Rivières, possède des chaussures pour chaque utilisation possible (sentier, distance, compétition…) et ne fait rien d’autre avec. « J’ai des chaussures de sport juste pour enseigner. C’est impossible pour moi de courir avec ça », précise-t-elle. Elle considère être moins sévèrement atteinte que son chum, qui tient un registre comptable des kilomètres parcourus avec chaque paire.

Parfois, les images parlent plus que les mots. Maxime Fouquet m’a donc simplement envoyé une photo. Pas de commentaires ni d’introduction, juste des tablettes sur lesquelles s’empilent pêle-mêle des dizaines de paires de souliers. J’y vois un stationnement semblable au mien. « Je cours des marathons et des ultra-trails depuis plusieurs années, finit-il par me dire. Je pars d’ailleurs pour la France bientôt. Je traverserai les Alpes sur 640 km en mode rando-course. » L’histoire ne dit pas combien de paires il a apportées.

 

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Le roi des geeks, c’est néanmoins Mathieu Raymond. Il y a quatre ans, cet ancien spécialiste du 800 m a même décidé de fonder sa propre compagnie de chaussures de course, Math Sport. La particularité de son produit : il est 100 % personnalisable. «Mon but était que chaque coureur soit à l’aise dans ses souliers», se remémore celui qui usait de six à huit paires par saison, à raison de longues semaines d’entraînement pouvant atteindre 25 heures. Manifestement, il peut dire mission accomplie: aujourd’hui, 10000 coureurs chaussent des Math Sport.

À la base de sa passion pour les souliers de course, il y a des sensations : avant tout, celle du confort, « la principale caractéristique qu’on devrait rechercher à l’achat », pense le jeune entrepreneur. Puis il y a le sentiment bien relatif de « voler » grâce à de nouvelles godasses fraîchement sorties de leur boîte. Mathieu Raymond parle carrément d’euphorie. «C’est un réel bonheur de changer de chaussures. C’est comme prendre le volant d’une nouvelle bagnole, mais aux deux mois plutôt que tous les dix ans. »

 

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… et à la fine pointe

Récemment, la compagnie Nike a frappé un grand coup avec la Zoom Vapofy 4%, qui a permis au coureur kényan Eliud Kipchoge de (presque) fracasser la barre mythique de 2 h sur 42,2 km. Selon une étude du New York Times réalisée auprès de milliers de coureurs depuis la commercialisation de la Vapofly, on parle de chronomètres de 3 à 4% plus rapides en moyenne par rapport à toutes les autres chaussures offertes sur le marché.

Le phénomène de course à l’armement, qu’on observe dans des sports comme le vélo, frappera-t-il la course à pied, discipline rudimentaire par excellence ? Mathieu Raymond n’y croit pas vraiment. «Pour courir plus vite, il faut que tu t’entraînes mieux. Ce n’est pas quelques secondes économisées ici et là qui auront un effet décisif», tranche-t-il. Ouf, me voilà rassuré. C’est que mon parking à godasses commence à refouler…

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