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Course

La machine – J’en suis une…

29-11-2018
Winter Runner - machine

… et toi aussi!

« T’es une machine ! », « Je suis tellement jaloux de ta performance », « Je ne sais pas comment tu fais pour courir comme ça ». Combien de fois vous a-t-on apostrophé avec l’une de ces phrases, à la suite d’une course ou d’un simple entraînement ? Combien de fois l’avez-vous vous-même prononcée ? Je vous rappellerai cette grande vérité : à moins de s’appeler Eliud Kipchoge (vous pouvez aller consulter Google, je vous attends), nous sommes tous envieux des performances d’autrui. À l’opposé, ô grande illumination, nous sommes aussi la « machine » de quelqu’un d’autre.

La plus grande tare du sportif du dimanche est l’impatience. Et c’est encore plus vrai s’il a déjà quelques courses à son actif. L’impatience d’être performant, l’impatience de l’être dans le confort, l’impatience de s’accomplir.

Laissez-moi vous présenter Patrick. Patrick est un chic type. Une tête de cochon, peut-être, un tantinet prompt, d’accord, mais un chic type quand même. Quand Patrick a commencé la course à pied, le 30 mars 2013 (merci, Strava, de compenser ma mémoire déficiente), il pratiquait la nage depuis une quinzaine d’années et le vélo depuis cinq ans. Il se sentait comme un poisson dans l’eau et un résident écolo du Plateau. Normal, car, au fil du temps, Patrick avait buriné ces deux disciplines au plus profond de ses muscles (et dans son derrière, pour le vélo).

Mais la course, yark, non merci, il n’en était pas question. C’est que Patrick était convaincu qu’il détestait courir alors qu’en fait, il n’avait simplement jamais eu l’audace de s’y mettre, se remémorant ses mauvaises performances à l’école secondaire.

Mais un jour, au bout d’un couloir de 50 m (ou peut-être était-ce au sommet d’une montagne quelconque), Patrick s’est mis à rêver à la possibilité de participer à un triathlon. Le but avoué était de devenir un Ironman. Le meilleur des artistes doit commencer au bas de l’échelle, à moins d’être peintre de plafonds. Commençons alors par un petit triathlon sprint, puis faisons-le suivre d’un triathlon olympique, et ainsi de suite jusqu’à la compétition ultime. Le problème avec les triathlons, c’est qu’un des trois sports est justement la course à pied. Maudit, il y a toujours un piège quelque part.

À sa première sortie, Patrick réussit à courir un éprouvant 2 km et des poussières à une allure de 7 min 16 s/km. Deux mille quelques mètres de douleurs et d’inconfort, mais il l’avait fait. Il était parvenu à mettre un pied devant l’autre en joggant sans s’arrêter pendant de longues minutes. À moins d’être unijambiste, le premier pas est toujours le plus difficile.

Depuis cette incroyable journée de mars 2013, Patrick en a franchi des milliers, des millions même. Depuis ce tournant, Patrick a participé à plusieurs courses et triathlons, a bouclé un 5 km en 20 minutes et un demi-Ironman en 5h30. Il était bien fier de lui. Malgré tout, il reste que ce ne sont que des temps, comme n’importe quels autres. Plus rapides que certains, plus lents que d’autres. Mais un jour est arrivé ce qui devait arriver. Patrick a poussé la machine au-delà de ses capacités et s’est blessé. Ça lui apprendra, le sot. Dans ses dents, l’impatient.

Au moment où j’écris ces lignes, l’année 2017 n’est pas terminée que Patrick a déjà plus de 1400km derrière la cravate (oui, je sais, c’est gênant de courir avec une cravate). Tout ce kilométrage, ajouté à plus de quatre ans de course, à raison de trois, quatre et parfois cinq sorties par semaine, lui a permis d’atteindre un certain niveau.

Nous avons tous la graine de l’athlète. À force de discipline et d’entraînement, de détermination et de pénibles levées du corps matinales, il est aussi concevable pour vous que pour lui de courir 5 km sous la barre des 4 min/km, de terminer un marathon ou de participer à un Ironman.

Alors, oui, Patrick est une machine, mais vous l’êtes tout autant.

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