Facteur humain: l’explorateur de l’intérieur

Frédérik Potelle s’est un jour rendu compte qu’il ne vivait pas sa vie comme il l’avait imaginé. C’est pourquoi il a mis au rancart sa carrière d’ingénieur pour mieux explorer la planète, mais surtout pour partir à la découverte de lui-même.

« Dans mon emploi, j’étais tout le temps partout dans le monde. Deux mois en Turquie, six mois en Allemagne, puis les États-Unis, ensuite le Brésil… C’était stimulant, ça allait vite, c’était l’fun, mais j’étais perdu. Et quand je l’ai réalisé, j’ai décidé de prendre des mesures », raconte le jeune trentenaire au retour d’une traversée des monts Groulx en ski de fond.

« Prendre des mesures » ? Parlons plutôt de prendre le taureau par les cornes.

Depuis qu’il a remis sa démission en 2022, Frédérik Potelle utilise ses économies pour enchaîner les expéditions de ski, de kayak et d’escalade à un rythme soutenu, voire endiablé. Quand il ne fait pas du ski en des endroits inaccessibles du Nord québécois, il grimpe des parois au Colorado et en Utah ou il se lance dans l’exploration de rivières de l’Équateur nulle part répertoriées.

Aller voir ailleurs

Ce goût de l’aventure sportive, ce fils d’éleveurs de chevaux des Laurentides l’a ressenti très tôt à l’adolescence. Il a fait ses premières armes comme kayakiste dans une compagnie de rafting « à un âge où ce n’était sans doute pas permis », avoue-t-il, sourire en coin.

Rapidement, l’envie s’est fait sentir d’aller pagayer sur des rivières de plus en plus éloignées et de plus en plus sauvages. Avec les descentes de grands cours d’eau comme la Magpie ou la Moisie, sur la Côte-Nord, s’est développé un bonheur de vivre au plus près de la nature… le tout doublé d’une bonne dose d’adrénaline. « J’aime surfer sur la limite de ce qui est possible pour atteindre un objectif », admet-il.

C’est pendant la descente de la rivière Saint-Augustin, qui coule du Labrador jusqu’au golfe du Saint-Laurent, que Frédérik Potelle a véritablement eu la piqûre pour l’expédition au long cours et les contrées inexplorées. Pendant dix jours, à 18 ans, il a descendu cette rivière en kayak à l’invitation de quelques amis. « Ça n’avait jamais été fait par personne. Des canoteurs l’avaient déjà explorée, mais ils avaient contourné un canyon où se trouve un rapide de classe 5, avec une chute de 4 à 6 m. Un autre gars et moi, nous y sommes allés », relate-t-il sans vantardise.

Retour immédiat

Au fil des sorties est apparu le plaisir de monter ses propres expéditions : choisir une destination, former une équipe, assurer la logistique, planifier les transports, faire les provisions et, enfin, entrainer son corps à développer les habiletés et à fournir les efforts nécessaires.

Que va-t-il chercher ? Tout d’abord, une gratification immédiate, répond-il tout de go. « Dans la nature, tous les gestes sont faits pour soi-même. Si on coupe un arbre, c’est pour se chauffer et s’éclairer. Si on pêche, c’est pour se nourrir. Le retour est immédiat. »

Ensuite, de tels périples sont des plongeons « dans le beau ». Il ajoute : « On fait ce qu’on aime avec plein de belles personnes dans un environnement magnifique. »

Mais, surtout, c’est la simplicité la plus pure que Frédérik Potelle va trouver au plus loin de la civilisation. C’est pourquoi, depuis quelques années, il chérit les sorties en solo. « Tout seul, je débloque à un autre niveau. Je n’ai plus de distraction du tout. Tout ce qu’il reste, ce sont les sons, le vent, la température. Seulement l’environnement et moi-même. »

C’est aussi en prenant le large qu’il cherche comment tirer profit de toutes ses aptitudes accumulées. Guide de chasse ou consultant pour des expéditions scientifiques ? se demande-t-il. « Avec un peu de chance, je vais arriver à trouver quelque chose qui me ressemble. »

Pour cet aventurier, partir vers de nouveaux horizons, c’est d’abord et avant tout un voyage intérieur. « Je ne m’en rends pas compte sur le coup. Mais je reviens de là en ayant appris beaucoup sur moi-même. Je deviens juste une meilleure personne. »