Tout sur les hiboux et les chouettes du Québec
Ils sont là, mais il faut un œil attentif pour les repérer: des boulettes de poils au pied d’un arbre et des déjections blanchâtres en coulée sur le tronc sont des signes probants de leur présence. De leur côté, les hiboux observent, en toute quiétude à partir des hautes branches où ils se reposent, les randonneurs et les skieurs de fond qui circulent sous leurs pattes. Avec un peu de chance, il sera possible d’apercevoir au passage des individus de ces différentes espèces de strigidés.
D’abord les hiboux…
Le grand-duc d’Amérique porte bien son nom, puisque sa répartition s’étend de l’Alaska jusqu’à la Terre de Feu. Il n’est dès lors pas surprenant qu’il soit le plus abondant strigidé des Amériques. Redoutable prédateur, cet oiseau de proie se nourrit d’à peu près tout, de l’écrevisse au renardeau. Il est facile à reconnaître en raison de ses longues aigrettes et de sa tache blanche sur la gorge, et il mesure jusqu’à 60 cm. Au Québec, il niche dès le milieu de l’hiver et fait entendre ses hou-hou-hou hou hou. On le rencontre dans des habitats variés: forêt, marais et prairie.
D’une quinzaine de centimètres plus petit que son cousin le grand-duc, le hibou moyen-duc s’en distingue par son disque facial orangé, ses longues aigrettes et son habitude d’adopter une forme verticale allongée qui le dissimule efficacement contre le tronc d’un arbre lorsqu’il est inquiété. De nature discrète et aisément effarouché, ce hibou se laisse toutefois apercevoir en hiver dans les forêts mixtes ou conifériennes de l’extrême sud de la province, perché en compagnie de congénères. Son cri est un hou donné faiblement.
Tel que son nom l’indique, le petit-duc maculé fait à peine 24 cm de hauteur. C’est à l’entrée de la cavité où il niche et s’abrite qu’on l’observe le plus souvent, à condition d’avoir l’œil: son plumage s’harmonise si bien à l’écorce qu’il est fréquent de circuler tout près sans le voir. Deux formes de coloration existent, sans lien avec le sexe: la forme grise et la forme rousse, cette dernière étant plus rare au Québec. Un des cris caractéristiques de l’oiseau est comparable au hennissement d’un cheval et s’entend la nuit dans les forêts feuillues des zones les plus méridionales du Québec.
Espèce rare au Québec, le hibou des marais est néanmoins observé régulièrement dans les espaces ouverts – champs, marais et tourbières – situés le long du fleuve Saint-Laurent, de la rivière Saguenay et du lac Saint-Jean, et ce, même en hiver. Sa tête est pourvue d’aigrettes si minuscules qu’elles sont à peine visibles. Comme c’est un chasseur crépusculaire mais également diurne, on le reconnaît à son vol léger qui consiste en quelques battements d’ailes suivis d’un plané. Sa diète est principalement composée de campagnols et d’autres micromammifères.
… puis les chouettes
Précisons que les chouettes sont bel et bien des hiboux. Cette distinction de nom, basée sur l’absence d’aigrettes sur la tête, est une particularité de quelques langues, dont le français. La chouette lapone est le plus imposant hibou du Québec, atteignant près de 85 cm de haut. C’est durant la période hivernale que cette chouette au plumage grisâtre et aux yeux jaunes visite les milieux ouverts du sud du Québec, en provenance des forêts boréales de l’ouest du pays. Ce sera en vain qu’on tentera de l’entendre hululer, car elle reste coite en hiver.
La chouette rayée, contrairement à sa cousine lapone, s’en tient, durant la saison froide, aux forêts denses feuillues ou mixtes. Si cela rend son repérage malaisé, elle n’en demeure pas moins aisée à identifier en raison de son ventre traversé de rayures brunes et de ses yeux foncés aux pupilles presque indistinguables. Sa diète hiémale se compose surtout de petits rongeurs qu’elle attrape sous la neige. Très loquace en fin d’hiver, son cri est caractéristique, puisqu’elle roule distinctement le r de la dernière syllabe: hou hou, hou hou hourr.
La chouette épervière tient son nom de sa silhouette profilée qui rappelle celle d’un épervier. Même son nom anglais, Northern hawk owl, insiste sur ce trait. La forme de son disque facial lui donne souvent un air renfrogné, comme si elle fronçait les sourcils. En hiver, quand la nourriture se fait rare dans la forêt nordique, elle fait des incursions dans l’extrême sud du Québec, dans la péninsule ontarienne et dans le nord des États-Unis, où il est possible de l’observer le jour, juchée sur un poteau ou dans le haut d’un arbre, à l’affût d’une proie.
Emblème aviaire du Québec, le harfang des neiges est un des strigidés parmi les plus charismatiques. C’est en milieu ouvert, tels des champs et des prairies enneigés, qu’il faut aller pour contempler ce magnifique oiseau de proie qui visite, durant la saison hivernale, la portion méridionale de la province. Le mâle arbore un plumage plus blanc que la femelle, davantage marquée de taches brunâtres. Tout comme la chouette lapone, le harfang est silencieux en hiver, mais on le trouvera facilement en plein jour, perché sur un poteau ou un lampadaire.
Pierre Bonneau est rédacteur en chef du magazine Nature sauvage.









