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Dernière chronique d’une «Ironwoman»

Il y a un an, je me suis inscrite à l’Ironman Mont-Tremblant. J’étais avec ma famille au chalet d’un collègue de mon mari (aujourd’hui mon ex) et je me souviendrai toujours de cet instant où je me suis dirigée vers l’ordinateur pour m’inscrire en ligne.

Je souffrais et je ne savais pas encore le rôle que ce défi jouerait dans ma vie. Je ne savais pas que ces longues heures à venir en vélo et en course à pied seraient des instants méditatifs où je serais confrontée à mon souffle, à mes sensations internes, à mes pensées intimes et à ma réalité. Je ne savais pas que ce serait ma façon de reconnecter avec la personne que je suis, alors que je me perdais, au quotidien, dans les besoins des autres. On ne peut pas faire un Ironman et l’entraînement que cela implique sans se reconnecter à soi.

Un apprentissage colossal
Il y a un an, donc, j’ai dû me remettre à nager, une activité que j’avais mise de côté depuis 25 ans. Mais en tant que marathonienne, je savais que mon plus gros défi serait indéniablement le vélo. Je savais clipper mes souliers à mes pédales depuis un mois seulement, et rouler 20 km m’avait paru une éternité. Je ne savais donc pas du tout si je serais capable d’aller au bout de ce parcours.

Alors que je me remettais d’une grosse grippe, j’ai annoncé sur Facebook, le 1er janvier 2013, que l’Ironman serait mon prochain défi, et j’ai écrit: «On verra si mon corps et mon âme collaborent à mon projet!» J’ai communiqué avec Barthelemy Rolet, un excellent triathlète et entraîneur de triathlon, et j’ai suivi son programme à la lettre, ou presque. Le point à retenir ici, c’est qu’il n’est pas important de savoir si on va atteindre son but ou réaliser son rêve. L’important, c’est d’oser rêver et faire de son mieux pour y arriver, pas à pas, avec constance. Si on n’y arrive pas, on aura la satisfaction d’avoir appris plein de choses et d’avoir vécu non pas dans la peur d’échouer, mais dans l’accomplissement de soi-même.

En cherchant à résumer cette dernière année d’entraînement, je viens de constater qu’en un an, j’ai nagé 130 km, roulé 6224 km et couru 1091 km. Tout ça en grande partie à l’aube pour ne pas trop perturber l’horaire familial. Je suis tellement abasourdie par ces chiffres qu’il m’a fallu les confirmer avec un ami de mon groupe d’entraînement! Clairement, je suis une femme de défis. J’aime l’effort, qu’il soit physique ou intellectuel. J’aime le dépassement de soi sous toutes ses formes.

Au fil de ces heures d’entraînement, j’ai appris les choses suivantes: améliorer ma technique de nage, faire des intervalles en piscine, nager dans un lac, mouliner plus efficacement, lire ma Garmin, utiliser TrainingPeaks, monter le chemin Camillien-Houde sans crever, m’alimenter sur un vélo sans me casser la gueule, faire des bricks (deux entraînements successifs), réparer une crevaison, monter et descendre d’un vélo façon triathlon, faire mes transitions, suivre le règlement de la course…

Mais dans mes entraînements, j’ai surtout réappris à me connecter de l’intérieur, quotidiennement. Je me refaisais confiance, je fonçais vers mes ambitions professionnelles, je reprenais contact avec mes convictions, je réaffirmais mon besoin de rester en vie alors que mon couple devenait de plus en plus toxique. Dans mon journal d’entraînement, j’aurais bien aimé compiler le nombre d’heures passées sur mon vélo où j’ai exprimé tout haut ce que je ressentais en dedans. Cet Ironman, c’était mon défi et ma thérapie. Pour avoir parlé à plusieurs athlètes, je peux dire que chacun d’eux a un motif, une histoire, une cause qui les a poussés à réaliser une telle performance. Ça donne des frissons. Quelles belles âmes j’ai rencontrées!

Un défi peut en cacher un autre
Plus les mois passaient, plus les entraînements devenaient intenses, et plus ma détermination était grande pour réaliser le défi comme tel, mais aussi parce que celui-ci avait pris une signification spirituelle. Il me fallait réussir à augmenter le millage sans me blesser, malgré le nombre d’heures de sommeil qui diminuait et le stress qui augmentait. J’ai utilisé mes outils de psy: pas à pas, compartimenter, reformuler de façon saine, bien manger, me recentrer sur l’essentiel et sur mes convictions, m’assurer que le bien-être de mes enfants était préservé, respirer, etc.

J’ai réussi mes camps d’entraînement, mon demi-Ironman en juin et, à mon grand étonnement, mes trois grosses fin de semaine d’entraînement, essentielles pour envisager faire ma course – et ce au moment même où je terminais une série d’entrevues pour un emploi, que j’ai eu la chance d’obtenir. Tout se mettait en place, et je devais simplement faire confiance au processus dans lequel j’étais engagée, pas à pas, même si je me sentais souvent dépassée.

Au banquet précédant l’Ironman, j’écoutais le discours de la conférencière. Contre toute attente, elle a dit qu’on devrait réaliser ce défi en utilisant l’ancien slogan de Subaru: Drive from within. J’ai pris une grande respiration, j’ai souri et je me suis dit: «Te voilà, Lysanne. Ton Ironman, c’est ça. Tous ces kilomètres à venir, tous ces pas, c’est pour te rappeler que tu dois continuer à avancer de l’intérieur.» Tous mes défis prenaient leur sens et, d’une certaine façon, j’avais déjà franchi le fil d’arrivée. J’étais prête, j’avais hâte. Et s’il avait fallu que je le termine à quatre pattes, je l’aurais fait.

L’Ironman Mont-Tremblant, ça a été mon défi le plus difficile, mais aussi le plus enrichissant de ma vie. Comment expliquer l’excitation, la fierté, la fébrilité et la complicité des athlètes le matin de la course, quand tous attendaient le signal du départ à la plage de Tremblant? Comment expliquer le plaisir que j’avais à nager en sachant que c’était mon moment? Comment expliquer la façon de passer au travers les hauts et les bas de cet événement? Ma famille, mes meilleurs amis, mes confrères et consœurs, tous ceux et celles qui m’ont soutenue durant cette longue journée… oui, c’était un grand moment. Souvent, je remerciais mon corps et mon âme de contribuer à la réalisation de ce but que je m’étais fixé. Et je comprenais pourquoi mon corps me permettait d’avancer encore même si, à mon insu, il se déshydratait de plus en plus.

J’ai terminé mon Ironman avec mon monde, qui m’attendait au fil d’arrivée (un moment à voir dans mon site Web, www.gojicoaching.com), avec la voix emblématique de Mike Reilly qui résonne encore dans mes oreilles: «Lysanne Goyer, you are an Ironman…» Un an d’entraînement, sur tous les plans. J’y suis arrivée parce que je me suis connectée de l’intérieur, que j’ai savouré le processus malgré les hauts et les bas inévitables, malgré les imprévus. Ma vie, je la vivrai et la terminerai de la même façon, et c’est ce que je vous souhaite aussi. Bonne route, à l’intérieur comme à l’extérieur!