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Théorie de l’évolution en altitude

photo : Nathalie Schneider

L’adaptabilité du peuple sherpa : un mythe montagnard ou une évidence scientifique ?
Récemment, alors que je faisais quelques lectures pour en savoir davantage sur le manque d’oxygène chez mes patients très malades ou hospitalisés aux soins intensifs, mes idées à ce sujet se sont envolées dans de hautes sphères. Je voulais savoir si on avait étudié les populations vivant depuis longtemps dans les vallées perchées des Andes ou de l’Himalaya pour orienter certains traitements chez nos grands malades qui éprouvent des difficultés respiratoires.

Au fil des générations, après des années passées en altitude, Sherpas et Tibétains ont vu leur métabolisme évoluer. Voici quelques avantages qui les distinguent considérablement de nous, les lowlanders.

Phénotype remarquable
Généralement, nous nous intéressons d’abord à l’acclimatation en haute altitude. En creusant un peu, nous remarquons que les habitants des régions himalayennes sont de plus petite taille et plus légers comparativement à d’autres populations. Les carences nutritionnelles, dues à la pauvreté des cultures, ne peuvent à elles seules expliquer ce phénomène, car cette stature particulière n’est pas observée chez d’autres peuples soumis à des carences semblables. Cela semble plutôt relié à la génétique. Leur métabolisme basal reste exceptionnellement stable malgré l’augmentation d’altitude.

Pour nous, au contraire, durant une ascension, notre métabolisme s’active, et nous notons invariablement une perte de poids. Les Sherpas et les Tibétains ne sont pas affectés par les symptômes courants de dysfonctionnement, que ceux-ci soient d’ordre psychologique ou neurologique. Voilà un bel exemple de résilience du corps et de l’esprit face à la détérioration des conditions vitales en haute altitude.

De la tête aux pieds
Les peuples vivant en montagne semblent constitués pour affronter les rigueurs de la basse pression atmosphérique. Proportionnellement à leur taille, leur thorax est plus développé, le volume des poumons est plus grand, et la capacité de diffusion de l’oxygène dans les alvéoles pulmonaires est meilleure. Ils sont moins sujets à l’hypertension pulmonaire et, ainsi, moins sujets au redoutable œdème pulmonaire craint par tous les ascensionnistes. Leurs fréquences cardiaques sont généralement plus rapides, et le débit sanguin est plus important que celui observé chez d’autres populations.

En revanche, leur masse musculaire est un peu plus limitée, mais contient davantage de capillaires, c’est-à-dire les vaisseaux nourriciers. Le transport et l’utilisation de l’oxygène dans le muscle sont avantagés par une machinerie cellulaire plus efficace.

Enfin, si une excellente VO2 max ne prédispose pas nécessairement à une bonne capacité d’acclimatation, cette valeur permet toutefois d’estimer en partie la tolérance aux efforts intenses déployés en randonnée ou dans une escalade sur les cimes du monde. Bien que le lien entre VO2 max et tolérance à l’altitude soit parfois remis en question, on remarque une VO2 max généralement supérieure chez les peuples himalayens.

Grossesse dans les hauteurs
Alors que, dans notre cas, les ascensions sont vigoureusement déconseillées aux enfants et, à juste raison, aux femmes enceintes, les femmes tibétaines s’en sortent très bien. On dénombre peu de naissances prématurées et peu de complications liées à la grossesse, et peu de bébés sont affligés d’un retard de croissance. On remarque aussi que le placenta est généralement plus volumineux.

Lumière sur la génétique
Nous sommes encore aux balbutiements de la génétique. L’étude du génome permettra de mieux connaître les mécanismes microscopiques ou moléculaires qui font en sorte que les peuples des hautes montagnes vivent si aisément dans ces lieux où l’oxygène est raréfié. En plus d’en savoir davantage sur leur capacité respiratoire, qui ne s’amenuise pas lorsqu’ils descendent à nos modestes altitudes.
Lors des premières expéditions au mont Everest effectuées dans les années 1920, les alpinistes Norton, Irvine et Mallory décrivaient déjà la tolérance exceptionnelle et les capacités phénoménales des Sherpas. Rapidement, la science est venue étayer leurs récits, qui semblaient alors anecdotiques.