Présenté par Sentier Transcanadien
Destinations | Ski de fond

Se faire du bien sur le Sentier Transcanadien

28 000 km de sentiers, d’un océan aux deux autres, ce n’est pas rien. Le  Sentier Transcanadien, c’est ça et plus encore.

Présenté par le MELCCFP
Actualités

Des espèces en danger au Québec

Abritant plus de 800 espèces fauniques vertébrées, le Québec est riche de sa nature. Cependant, certaines sont actuellement en situation précaire.

Chercher la tempête

À moins de deux heures de route de Montréal, on plonge dans la quiétude de la grande forêt laurentienne en cheminant sur la centaine de kilomètres du Sentier national de la Mauricie. Notre collaboratrice l’a parcouru pendant la saison des couleurs, sous un ciel pas reposant. Récit.

Peu de temps avant de disparaître derrière les collines arrondies qui surplombent la vallée de la rivière aux Écorces, le soleil perce timidement l’épais couvert nuageux et me fait la grâce de ses dernières lueurs diffuses. J’échappe un long soupir en laissant tomber mon sac lourdement chargé de provisions pour les sept prochains jours. Un mélange doux-amer de soulagement et d’accablement. La longue montée pour rejoindre le promontoire rocheux de la falaise Vianney-Guillemette m’a mis pas loin de 800 m de dénivelé dans les jambes, dans un mouvement presque machinal, orchestré par le rythme inlassable de la pluie. J’aurais bien pris une pause pour observer le pâle spectacle du couchant, mais le sentier ruisselle dans mes bottes, mon Gore-Tex est complètement détrempé, le vent se lève et, le temps de sortir ma lampe frontale, les frissons s’emparent de moi.

Ma montre affiche 18 h 20. La nuit s’installe en un clin d’œil sous la canopée des grands conifères qui bordent le sentier du Tonnerre. Il me reste encore 6 km à parcourir avant de rejoindre le lac Saint-Bernard et le refuge du même nom où j’ai prévu de passer la nuit. C’est typiquement moi. Encore une fois, je suis partie trop tard en sous-estimant les 19 km qui m’attendaient. Moi qui connais ce sentier par cœur, pour l’avoir traversé maintes fois en toutes saisons, j’aurais dû me douter qu’une fois gorgé d’eau, le terrain boueux jonché de roches et de racines ralentirait ma progression. J’ai beau envier tous les randonneurs lève-tôt, prêts à fouler les sentiers dès les premiers rayons du jour, je demeure une indomptable adepte des fins de journée à la lampe frontale. J’essaie tant bien que mal de presser le pas pour avaler les dernières bornes, mais à visibilité réduite, mon rythme s’essouffle inévitablement. Au moins, la noirceur m’épargne la scène désolante des coupes forestières à quelques mètres du sentier, préservant l’illusion d’une nature intacte et enveloppante.

Soudainement, le paysage se tait.

Au loin, les quelques éclairs qui déchirent le ciel en silence n’augurent rien de rassurant, mais je m’arrête un instant pour contempler l’accalmie avant la tempête. Cette expérience n’a pour moi rien d’ordinaire. C’est un grand besoin de sortir de moi-même et du chaos de la métropole qui m’a poussée à me rendre ici, seule, pour prendre un bain de forêt et apprécier les vertus de la nature. Pendant de trop brèves minutes, le calme règne. Un silence relatif éclot de la géophonie, et pour la première fois depuis le pas incertain qui a marqué mon départ dans la réserve faunique Mastigouche, j’ai le sentiment d’effleurer ce que je suis venue chercher sur ce sentier.

DCIM100MEDIADJI_0332.JPG

Trouver refuge dans la tempête

Le ciel s’électrise à nouveau. À travers les ombres bouchées de la pinède, j’aperçois enfin la silhouette du refuge Saint-Bernard, lugubrement baigné d’obscurité. Ce n’est pas trop tôt ! À l’intérieur, on se croirait déjà en novembre. Un froid humide ceinture l’atmosphère et mon souffle se condense en une buée opaque à chaque expiration. Je m’empresse d’allumer le poêle à bois avant même de retirer tous mes vêtements mouillés, car je sais d’expérience qu’il faudra alimenter le feu pendant quelques heures avant que le camp se réchauffe. Le réconfort d’une paire de bas secs et d’une tasse de thé brûlant me fera patienter.

Assouvie par le crépitement des escarbilles d’épinette, j’admire la danse hypnotique des flammes avec la satisfaction d’avoir mérité cette part de bonheur. L’esprit détendu, je repense à un reportage vu quelques années plus tôt sur le pétrel-tempête, un petit oiseau marin pas plus gros qu’un moineau, qui parvient à survivre en se réfugiant dans le vaste océan. Plutôt que de se laisser submerger par le caractère hostile de son environnement, cet oiseau fragile suit les chemins de moindre résistance et prospère dans les eaux non protégées de la haute mer. Pour faire face aux éléments qui se déchaînent, il se loge au creux des vagues, utilisant ses pattes délicates pour s’éloigner des parois mouvantes de l’eau qui l’entoure, laissant les vents hurlants cisailler les crêtes des vagues qui le surplombent. Une danse spontanée, chorégraphiée par l’ingéniosité et l’instinct de survie de l’oiseau.

Le grondement du tonnerre vient secouer ma solitude et rompt brusquement l’élan de mes pensées qui s’évadent. Pendant de longues minutes, je me laisse bercer par cette partition de l’orage, les yeux à demi clos, alors que l’endormissement me gagne. Le rugissement de la forêt qui s’ébroue a soudainement quelque chose d’apaisant. Il est bon de se sentir ainsi connecté aux éléments, de vivre à leurs côtés sans trop chercher à les fuir ou à les contrôler. Pour trouver refuge dans la nature, à l’instar du pétrel, peut-être faut-il simplement tendre l’oreille à la musique de la terre et laisser son cœur battre au rythme des tempêtes.

Un bain de couleurs après la pluie

La deuxième journée a été tout aussi maussade que la première, quoique moins tumultueuse. Un crachin tenace, pulvérisé par le vent, a escamoté les paysages lacustres jusqu’à ce que ciel et terre ne fassent plus qu’un. J’ai tenté d’implorer les suffrages de saint Bernard et de solliciter la clémence de dame Nature, pour finalement me heurter à l’indifférence la plus totale. Rien à faire. Tout le gris du ciel m’est tombé sur la tête en une pluie fine, persistante et pénétrante, jusqu’au dernier kilomètre.

Mais voilà qu’au troisième jour, bien avant les premières lueurs de l’aube, les oiseaux entament leur symphonie matinale. Un concert que la forêt accueille sans trop d’émoi, mais qui laisse présager une aurore resplendissante, en plus de m’offrir un réveil tout en douceur. Le lever du corps est quant à lui un peu moins doux. J’ai les gambettes plutôt raides, ankylosées par la journée harassante de l’avant-veille, mais l’appel de la caféine suffit à m’extirper du sac de couchage et la lumière orangée qui inonde l’appentis a de quoi soulager mes courbatures. Enfin le soleil !

Les kilomètres s’enfilent et se suivent sans se ressembler. L’orage a désormais pour seuls vestiges mes bottes encore humides et quelques arbres couchés par le vent. La grisaille a fait place au ciel d’un azur sans borne, contrastant avec les parures cuivrées de l’automne. Aux abords de la rivière du Loup, la Mastigouche s’embrase de mille feux, incendiée par les premiers jours d’octobre. La flambée des couleurs a toujours cette façon de me rappeler que le grand spectacle de la nature se déroule en continu, qu’on y assiste ou non. Et moi, j’ai choisi d’y être pour observer les érables rougir de la cime aux racines, humer le parfum subtil de la flore fanée qui tapisse le sol, écouter le murmure des feuilles qui tombent, et m’émouvoir devant la fulgurance de l’automne.

Éole se lève, emportant une traînée de feuilles mortes dans son sillage. Un bouquet volatile se diffuse dans la forêt éparse qui borde le tronçon Vianney-Guillemette. Les feuillus semblent hâtivement dégarnis. Même les grands hêtres aux branches fortement ramifiées laissent aisément passer les rayons du soleil, à mon plus grand contentement. À l’ombre des collines, au détour de quelques blocs erratiques, l’air humide rehausse les effluves musqués qui se mêlent à l’odeur terreuse du lichen. Je m’efforce de surveiller les balises rouge et blanc pour ne pas trop m’écarter du sentier balayé par l’automne, distraite par le sentiment de légèreté et d’exaltation qui m’habite. Il y aurait pire endroit pour se perdre.

La conscience des derniers kilomètres

Déjà six jours de marche se sont écoulés au moment de franchir la porte d’arche qui marque la limite du parc national de la Mauricie et, de ce fait, le début du dernier segment de mon périple. L’automne aussi tire à sa fin. Dans quelques semaines à peine, le paysage de l’arrière-pays mauricien sera enseveli de blanc, couronné par le calme océanique de l’hiver. La nature offre sans aucun doute la plus grande leçon d’impermanence.

Au bout d’une semaine de solitude, la forêt se révèle à moi comme un espace où je me sens totalement reliée au monde. Je m’y fraye un chemin avec tant d’aisance, le corps détendu et l’esprit ouvert. Les pensées qui accompagnent mes pas suivent avec fluidité les méandres du sentier, le vertige des sommets, la profondeur des vallées. De toute évidence, les préoccupations humaines n’ont pas leur place dans cette nature en symbiose.

Alors que l’horizon se noircit progressivement, le lac à la Pêche apparaît dans les trouées des herbes longues qui frangent le sentier. En un rien de temps, le soleil est occulté par un nuage à la masse colossale qui s’empare du ciel, recouvrant les moindres fissures susceptibles de laisser passer la lumière du jour. Encore l’orage.

Le tonnerre gronde une première fois. J’ai tout juste le temps de sortir mon imper avant qu’une pluie torrentielle se déverse sur moi. Le vent flagelle mes mouvements et une eau froide ruisselle sur mon visage, déposant un goût minéral sur mes lèvres. Je souris avec une exquise ironie. Curieusement, à travers le chaos des éléments, je me sens parfaitement à ma place. « J’aime mieux une vie dans la tempête qu’une vie à me reposer », a dit un jour Enrico Casagrande. Et si parfois on cherchait la tempête, simplement pour mieux s’y réfugier ?

EN BREF

Idéal pour une longue randonnée de sept jours en autonomie, le Sentier national de la Mauricie est composé de sept tronçons linéaires interreliés, totalisant 105 km dans l’arrière-pays lanaudois et mauricien.

Attrait majeur

La quiétude stupéfiante d’une nature sauvage peu fréquentée à seulement deux heures de Montréal.

Coup de cœur

Les points de vue panoramiques depuis la falaise Vianney-Guillemette sur le tronçon du Tonnerre.

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

  • Départ: accueil Catherine, réserve faunique Mastigouche
  • Arrivée: accueil Saint-Jean-des-Piles, parc national de la Mauricie
  • Frais d’accès: gratuit, mais inscription obligatoire aux postes d’accueil Catherine et Pins Rouges dans la réserve faunique Mastigouche
  • Hébergement: camping sauvage (gratuit), appentis (gratuit), refuge (tarifé, réservation requise)
  • Service de transport: com
  • Information et réservation: ca

RESTRICTIONS EN PÉRIODE DE CHASSE
Accès interdit aux randonneurs dans la réserve faunique Mastigouche durant la période de chasse au gros gibier (du 6 septembre au 7 octobre 2022).