Présenté par le MELCCFP
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Des espèces en danger au Québec

Abritant plus de 800 espèces fauniques vertébrées, le Québec est riche de sa nature. Cependant, certaines sont actuellement en situation précaire.

Mettre La Tuque sur la « mappe »

Paradis de la pêche, de la chasse et du VTT, le chef-lieu de la Haute-Mauricie prend un virage plein air. Plus de 100 km de sentiers pédestres, défrichés par des bénévoles qui carburent à l’eau claire du lac Wayagamac, ouvrent la forêt latuquoise aux randonneurs. La Tuque, nouvelle mecque du plein air ? Certainement.

Voyager à La Tuque, pour quoi faire ? Je n’ai jamais songé à m’y arrêter plus longtemps que la durée d’un plein d’essence. C’était avant d’entrer en contact avec la passionaria de La Tuque, Line Larochelle. Cette ex-coiffeuse de Trois-Rivières, qui a rangé ses ciseaux il y a peu, agit maintenant comme ambassadrice non officielle du plein air latuquois auprès des journalistes.

« J’ai déménagé à La Tuque pour l’amour de la randonnée et du kayak », confesse-t-elle lors de notre premier contact téléphonique. Un aveu aussi surprenant que la confession d’un crime non résolu sur un lit de mort. La Tuque et gros gibier, La Tuque et motoneige, ça ne m’aurait guère surpris. Toutefois, combiner La Tuque et plein air dans la même phrase, je n’y aurais jamais cru.

Line Larochelle sait que son affirmation sonne bizarre dans la tête de bien des gens. Mais ce n’est rien pour la démonter. Elle y croit tellement que cette femme d’affaires de 57 ans a ouvert un gîte dans le centre-ville de La Tuque, La Villa du charme, dans le but d’attirer les amateurs de grands espaces, en plus de posséder deux chalets locatifs en périphérie. « Tu viendras voir », me lance-t-elle en guise de défi. Aussi fasciné par le personnage que par l’exotisme des lieux, j’accepte son invitation. Au pire, j’aurai rencontré tout un personnage et j’aurai peut-être droit à une coupe de cheveux !

 

À mon arrivée à La Tuque, Line Larochelle m’attend avec son petit comité d’accueil, composé de Claude Philibert et d’Yvon Trottier, du Club des 3 raquettes (C3R). Ce trio est en mission : convaincre Géo Plein Air que La Tuque, ce n’est pas juste une ville de moteurs, mais aussi de rando et de sports à pagaie. Et pour me convaincre, nous allons marcher beaucoup, car des sentiers, en veux-tu, en v’là.

La municipalité de 11 000 habitants du Haut-Saint-Maurice compte plus de 100 km de pistes, soit presque autant que le haut lieu de la randonnée qu’est le parc national de la Gaspésie. Fait surprenant, ce réseau qui impose le respect a été presque entièrement défriché et entretenu par des bénévoles : des Latuquois qui ont décidé de sortir les gens du coin de leur maison et de donner une nouvelle image à leur ville.

Une grande partie du réseau de Claude Philibert, président du C3R, et de ses complices se trouve sur la montagne qui jouxte la ville, derrière la station de ski. Ce relief sans toponyme, c’est le mont Royal des Latuquois sans les tam-tams du dimanche, mais avec des lacs de tête qui remplacent avantageusement le lac des Castors. On y accède directement de la ville, donc nul besoin de voitures, ou via les stationnements sur la route 155. Dans les sentiers crapahutant en forêt mature, on se croit à mille lieues de la cité industrielle. L’illusion est parfaite.

La naissance de ce réseau hors normes débute dans les années 1990 quand Claude Philibert, à l’époque technicien à l’usine locale de pâtes et papiers, se met à débroussailler des pistes en catimini en compagnie de quelques copains, sans demander la permission aux propriétaires terriens. Leur but : tracer des pistes de raquette pour leur propre usage. « C’est dans la culture locale de virer en forêt sans demander la permission à personne », dit Claude Philibert, 67 ans, à la retraite depuis 2010.

Claude Philibert

Mais le mot se passe à La Tuque. Un conseiller municipal invite Claude Philibert à officialiser ses sentiers afin de les rendre accessibles à la population générale. Il fonde alors le Club des 3 raquettes (C3R) en 2008 avec deux complices. En quelques années, c’est 80 km de sentiers qui voient le jour, avec les autorisations nécessaires. Deux relais sont érigés en pleine forêt, ainsi qu’une gloriette vitrée sur le cap Pointu, sans compter les 15 km de sentiers au club de golf, qui vise une clientèle appréciant la marche urbaine.

Depuis, Claude Philibert, en solo ou en compagnie d’amis comme Yvon Trottier, arpente les sentiers sans relâche plusieurs fois par semaine à longueur d’année, autant pour le plaisir que pour assurer un entretien constant. Yvon Trottier me décrit une journée typique de son ami Claude, aussi propriétaire d’une école de karaté : « Il se promène en matinée pour faire de l’entretien de sentiers, randonne pour le plaisir en après-midi et donne des cours de karaté en soirée. » Les eaux du lac Wayagamac, source d’eau potable de la municipalité, contiennent-elles une substance miraculeuse donnant de l’énergie à l’infini ?

On marche à La Tuque sans nécessairement faire un sentier de A à Z, car les pistes se croisent et s’entrecroisent sans cesse. Leur balisage extrêmement clair évite de perdre le nord. Malgré l’altitude modeste du relief latuquois, on profite tout de même de nombreux points de vue sur des lacs, des chutes et sur la ville, avec le Saint-Maurice qui coule au loin. Les sentiers portent une signature particulière : les aménagistes ne coupent jamais d’arbres afin d’empêcher le passage des VTT. Ils sont étroits et rustiques. Bye bye autoroute ! Allez-y, vous ne serez pas déçu.

La Tuque, station balnéaire

Line Larochelle et ses crinqués ne se contentent pas de marcher La Tuque. Ces hyperactifs sont aussi de bons pagayeurs. Chaque année, ils partent en expédition sur le réservoir Blanc, en amont du barrage de Rapide-Blanc, plan d’eau aux rives sablonneuses qui se situe à 1 h de chemins forestiers du centre-ville.

Mais leur entraînement se fait dans leur cour arrière, directement sur le Saint-Maurice, où ils m’emmènent un matin pluvieux. Direction les marais de la Fitzpatrick, à la confluence des rivières Saint-Maurice et Croche, à quelques minutes du centre-ville. On met à l’eau son embarcation juste à côté du club nautique local, qui donne sur l’embouchure de la rivière Bostonnais, puis on rejoint le Saint-Maurice en quelques coups de pagaie.

Le décor n’est pas banal. À bâbord se trouve l’usine centenaire de pâtes et papiers de WestRock, poumon économique de la ville. À tribord, les îles et les zones marécageuses des marais de la Fitzpatrick, milieu de vie d’une grande diversité faunique. À la proue, les falaises escarpées de la rive ouest du Saint-Maurice, qui donnent à la rivière un air de fjord. Difficile de ne pas aimer, surtout en compagnie de Line Larochelle, qui a toujours des anecdotes à raconter !

De là, on peut remonter la sinueuse rivière Croche afin de rejoindre les plages de sable, ce qu’on n’a pu faire en raison d’un temps exécrable. « C’est la rivière à pagayer en juillet. C’est tranquille et sauvage, en plus d’être peu accessible aux bateaux à moteur », fait valoir Line Larochelle. Faudra que je revienne pour voir ça. Line, réserve-moi une place !

 

SENTIER HAUTE-MAURICIE

La Tuque possède un sentier de longue randonnée qui sautille de cap en cap sur la rive ouest de la rivière Saint-Maurice, en territoire sauvage où il n’y a aucun accès routier, sauf aux extrémités. C’est le sentier Haute-Mauricie, ouvert à coups de corvées et de subventions dans les années 1990 par le club de marche local Kilomètre Zéro, dont Claude Philbert, encore lui, est aussi président.

À la suite de son inauguration, ce sentier difficile d’accès d’une cinquantaine de kilomètres, qui se traverse entre trois à cinq jours avec nuitées sur des plateformes de camping, demeurera toutefois peu fréquenté puis tombera partiellement à l’abandon. À l’époque, la longue randonnée n’avait guère la cote. Il sera repris en charge par nul autre que Claude Philibert vers 2008, mais les bénévoles ne l’entretiennent plus dans son intégrité depuis 2016 en raison des difficultés d’accès au sentier.

Résultat : le sentier est officiellement fermé, sauf dans la section nord, un circuit de 6 km qui se rend jusqu’au refuge du Lac-en-Cœur (secteur Deveriche). Claude Philibert espérait que la création du parc régional des Trois Sœurs, qui aurait englobé une partie du sentier dans sa partie la plus spectaculaire, aurait facilité son accès, mais ce projet est actuellement au point mort, la municipalité et la Sépaq n’y ayant pas donné suite.

Claude Philibert ne baisse pas les bras. Il veut rouvrir le sentier dans son intégralité en y créant plusieurs accès routiers à travers des chemins de coupe, ce qui permettra de le marcher et de l’entretenir par portion. « Le défi est de convaincre les bailleurs de fonds, comme la municipalité, d’embarquer dans le projet », glisse-t-il. On lui souhaite bonne chance. D’ici là, le sentier reste en dormance.

 

RENDEZ-VOUS MANQUÉ

Il n’y a pas que le plein air qui brasse à La Tuque. La bière aussi. Deux microbrasseries, La Pécheresse et Le Mouton Noir, ont pignon sur rue dans la ville natale de Félix Leclerc, mais lors de ma visite, je n’ai pas pu m’y attabler. Ce n’est pas parce que je n’avais pas de passeport vaccinal, mais à cause de la pénurie de main-d’œuvre. Les deux brasseurs ont dû réduire leurs heures d’ouverture au maximum. Je me suis donc cogné le nez sur la porte. Heureusement, j’ai pu me désaltérer avec leurs bières en canette en vente un peu partout localement.

 

LE TRAIN

Le chemin de fer divise la ville de La Tuque en deux. Chaque passage d’un convoi fait trembler les maisons comme un jeu de cartes. Lors de ma première nuitée, j’ai pensé qu’un tremblement de terre sévissait. Et je n’exagère même pas. Bien sûr, les Latuquois n’y portent plus attention, mais comme visiteurs, attendez-vous à tout un tintamarre !

 

HÉBERGEMENT

Les options d’hébergement de qualité sont peu nombreuses à La Tuque. Comme de raison, j’ai séjourné à La Villa du charme, la propriété de ma guide, Line Larochelle. Dans une grande maison centenaire entièrement rénovée, on y loue six chambres avec salles de bain partagées. Les villégiateurs ont accès à la cuisine, aux espaces extérieurs et à un bain à remous. Info : 819 376-8151. 

En bref

Tournée des attraits plein air de La Tuque avec des Latuquois hyperactifs.

ATTRAIT MAJEUR

Un immense réseau pédestre urbain et sauvage à la fois, sans compter l’attrait du Saint-Maurice.

COUP DE CŒUR

L’accueil des Latuquois.

tourismehautemauricie.com